Emission n° 61 du 16 octobre 2002

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Ecoutez l'émission dans son intégralité.

 

Playlist :

- Wizards of Ooze : Bustin' loose

Les sujets :

 

Créé en juin 1999, en quelques semaines seulement, le Journal du Mardi répondait à une "anémie de la presse" face aux enjeux électoraux des législatives de l'époque, selon Laurent Arnauts, cofondateur du JDM avec Michel Bouffioux. Lancé avec le capital ridicule de 2,5 mio de FB, il atteignait en un an un lectorat de 30.000 personnes (15.000 ventes), mais l'absence quasi-totale de pub (en raison du contenu pas toujours "sympa" et léger) a sonné le glas du jeune hebdo. En septembre 2000, c'est le premier redémarrage, sous une autre forme et un autre nom : le Journal du Samedi est imprimé sur papier journal en 2 couleurs, sans pub, et il est relancé avec 2,5 mio de FB de la Communauté française (sur 5 mio demandés). Situation forcément temporaire, qui dure jusqu'à la fin 2000. Pour mieux revenir, les fondateurs du JDM mettent sur pied un plan de relance pour convaincre la Communauté françasie de leur octroyer l'aide à la presse à laquelle ils estiment avoir droit. Ce plan inclut de nouveaux apports financiers d'investisseurs privés à concurrence de 23 millions. Les rebondissements sont innombrables, et tout est consigné dans les archives d'AlterEcho : émissions numéro 6, 7, 30 et 31. Finalement, l'aide à la presse est promise pour septembre 2001, et elle arrive effectivement en juillet 2002, un an après l'argent des investisseurs privés… et là, Laurent Arnauts poursuit le récit.

écouter l'interview de Laurent Arnauts, 18'30

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Nous poursuivons avec l'attentat de Bali. La RTBF s'est logiquement penchée sur la question, en faisant les choses un peu à l'envers. Lundi, Christian Dupont nous gratifiait d'un excellent billet, qui relatait toutes les accusations immédiates et nombreuses à l'encontre d'Al-Qaida. Une fois de plus les certitudes n'ont pas mis longtemps à s'établit: tant le ministre indonésien de la Défense que l'expert en terrorisme exhibé par la RTBF sont à peu près sûrs que Ben Laden a trempé dans l'affaire. Mais la conclusion de Christian Dupont est vraiment nuancée, et il pose une bonne question, sans néanmoins y répondre. Voici comment il concluait son sujet dans le JT :

"Mais, selon d'autres experts, souvent plus au fait des réalités locales, il n'y aucune raison de voir la main d'Al-Qaïda derrière tous les attentats. En Indonésie, par exemple, ces images de groupes islamistes à l'entrainement le prouvent, la violence est endémique. Une violence alimentée par un rejet de l'Occident. Ces groupes n'ont pas besoin du soutien ou des ordres du réseau Ben Laden pour agir.

Rendre Al-Qaïda responsable de tout, ce serait ainsi faire l'économie d'une question fondamentale : pourquoi tous ces gens haïssent-ils si fort les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux, que faut-il faire pour que ce sentiment disparaisse ?"

La veille, Hadja Lahbib avait déjà fait un petit billet historique qui aurait répondu à cette question lancinante s'il avait été bien fait. Mais hélas, voici la clef des enjeux vue par Hadja Lahbib :

écouter le reportage JT de Hadja Lahbib, 2'33

Pourquoi la présentatrice annonce-t-elle Hadja Lahbib ET Chantal Lemaire comme auteurs de ce reportage ? Tout simplement parce qu'au JT de 19h30, Hadja Lahbib s'était plantée dans son commentaire, en disant que Suharto avait "dirigé les Philippines d'une main de fer pendant trois décennies". Cette bourde en dit sans doute long sur l'application qu'a mis la journaliste à ficeler son sujet. La présentatrice du journal a rapidement rectifié, et le commentaire a été réénregistré correctement avec la voix de Chantal Lemaire pour le JT de la nuit.

Que nous explique donc Hadja Lahbib sur les raisons de la haine envers les occidentaux ? La seule chose qu'on apprend, c'est : "répression sanglante d'un putsch communiste". Face à ce raccourci scandaleux, un rectificatif s'impose.

Ce qui s'est passé en Indonésie en 1965 est exemplaire pour de nombreux autres pays. Après l'indépendance, c'est Sukarno, un leader nationaliste, qui dirige le pays. Les deux grands centres de pouvoir en Indonésie à l'époque sont l'armée et le PKI, le parti communiste, seule force politique qui bénéficie d'un soutien de masse au sein de la population. En parvenant à équilibrer ces deux forces, Sukarno se montre l'homme de la situation. Dès son accession au pouvoir en 1948, il donne des gages de "modération" au monde occidental : il fait anéantir une réforme agraire soutenue par le PKI, dévaste sa direction politique et fait emprisonner 36.000 personnes. Seulement, après ça, il maintient un cap nationaliste et non-aligné, et son régime ne se montre pas un allié assez fiable pour l'occident.

Pourquoi l'occident, et les Américains en particulier, s'intéressent-ils tant à l'Indonésie ? D'une part, il y a les ressources naturelles : pas seulement le pétrole, mais aussi, notamment, le bois exotique. D'autre part, l'Asie du sud-est connaît à l'époque une tentation communiste, et plusieurs régimes communistes menacent de voir le jour à l'issue d'élections démocratiques. La guerre du Vietnam, avec ses extensions au Cambodge et au Laos illustre très bien le problème. Dès les années 50, les Etats-Unis organisent donc la subversion en soutenant les partis de droite et en fomentant une insurrection armée contre Sukarno. Après l'échec de l'insurrection, les Américains coupent les aides économiques à l'Indonésie pour consacrer les budgets à une aide militaire et un entraînement des forces armées. Ce genre de scénario n'annonce en général rien de bon, puisque c'est exactement ce qui s'est passé au Chili avant le coup d'Etat contre Allende.

Et effectivement, fin septembre 1965, un coup d'Etat a lieu en Indonésie et le général Suharto prend le pouvoir. Jusqu'à ce jour, on ne sait pas très bien ce qui s'est passé, mais l'histoire des vainqueurs attribue le coup d'Etat au PKI. Pourtant, des études historiques mettent fortement en doute cette version officielle. Ce ne serait pas la première fois qu'un coup d'Etat serait mis en scène pour justifier une soi-disant "réaction" violente. Pour ce qui est de l'implication des Etats-Unis dans ces événements, on ne saura jamais, puisque les documents internes américains datés entre juillet et septembre 1965 n'ont jamais été rendus publics. L'ambassadeur américain de l'époque, dans un rapport, admet qu'il n'a pu établir aucun rôle du PKI dans le coup d'Etat, mais il recommande néanmoins de clamer que ce sont les communistes qui ont fait le coup.

Quoi qu'il en soit, Suharto prend donc le pouvoir et entame une répression sanglante des "communistes", c'est-à-dire tout ce qui flaire un peu l'opposition. On ne saura jamais non plus combien de personnes trouvent la mort dans les premiers mois de son régime, et les estimations du bilan de ce gigantesque massacre varient entre 500.000 morts (les services de sécurité indonésiens eux-mêmes) et "beaucoup plus d'un million" (Amnesty). 750.000 personnes sont jetées en prison, et certains de ces prisonniers politiques croupissent encore aujourd'hui dans les geôles indonésiennes. Quelle que soit l'implication des Américains, ils savent très bien ce qui se passe et ils applaudissent l'avènement de Suharto. L'aide économique se met à couler à flots, le pays "s'ouvre aux investissements", c'est-à-dire au pillage de ses ressources par des multinationales occidentales. Les livraisons d'armes augmentent pour soutenir l'effort de cette démocratie naissante. La Banque mondiale redécouvre l'Indonésie, qui devient très vite son troisième bénéficiaire. La presse américaine, de son côté, applaudit des deux mains le succès des "modérés" (comprendre : ceux qui ne se mettent pas en travers de nos intérêts). Avec le temps, les massacres sont attribués aux communistes, et tout le monde est content. Sauf peut-être les Indonésiens, qui se voient pillés à la fois par leur dictateur et par ses alliés occidentaux. N'oublions pas non plus le génocide commis à Timor-Est avec l'aval et le soutien logistique des Occidentaux, et le pillage notamment de la Papouasie occidentale (voir AlterEcho . A la lumière de ces précisions, on entrevoit peut-être une réponse à la question de Christian Dupont : pourquoi tous ces gens haïssent-ils si fort les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux, que faut-il faire pour que ce sentiment disparaisse?

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Autres sujets :

- Un coup d'oeil sur la presse économique et financière.

Tout d'abord, Nico nous raconte l'histoire édifiante de Jean-Marc Sylvestre, chroniqueur boursier notamment à TF1 et ultralibéral béat et invétéré. Récemment, il est tombé gravement malade, et il a été amené à profiter de cette sécurité sociale qu'il avait toujours tellement fustigée. Du coup, il a fait un mea culpa, en déclarant qu'il a découvert un autre monde, etc.

Ensuite, traduction d'une interview diffusée sur Kanaal Z, une chaîne de télé économico-financière flamande. Un analyste financier de la BBL répondait à des questions sur la guerre imminente en Irak avec une telle franchise qu'on se demande si c'est de la candeur ou du cynisme. En clair, il faut que la guerre éclate très vite pour faire baisser à nouveau le prix du pétrole, et il faut acheter des actions de marchands de canons, mais les revendre dès que la guerre se décante pour acheter ensuite des actions dans la construction etc., bref, les secteurs "liés à la croissance".

- L'émotion au JT : pourquoi à Wahsington et pas au Népal ?

Nico nous cite un très long sujet du JT de la RTBF, empreint d'émotion, sur la dernière victime du sniper de Washington. Ensuite, il applique la même recette à un sujet de sa composition sur les droits de l'homme au Népal. Le résultat est surprenant.

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