Emission n° 59 du 26 juin 2002
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Playlist :
- Noir Désir : Le Grand Incendie
- NTM : Odeurs de soufre
- Remedios Silva Pisa: Naci en el alamo
- Noir Désir : A ton étoile (Yan Tiersen mix)
Les sujets :
[Exceptionnellement, pour la dernière émission de la saison, et pour rattraper le vide de la semaine dernière, l'émission dure deux heures.]
On n'a décidément pas fini de parler du 11 septembre 2001, date où le diable a fait une irruption brutale au paradis américain. Et le principal, apparemment, c'est bien d'en parler, à tout prix, peu importe ce qu'on en dit. On se souvient par exemple que les médias avaient docilement répercuté l'information selon laquelle on aurait retrouvé, dans les décombres des tours jumelles, aux côtés de cadavres impossibles à identifier, de gravats et d'acier fondu, le passeport intact de Mohammed Atta, un Egyptien présenté comme le cerveau opérationnel des attentats du 11 septembre. Décidément, il semble que Mohammed Atta fasse l'objet de bien des fantasmes et d'une masse de désinformation. Voici par exemple ce que rapportait à son sujet la RTBF, le 7 juin dernier dans le JT de 20 heures :
"De nouvelles révélations sur les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. En mai 2002 [c'est en fait en mai 2000, mais nous citons la RTBF mot à mot], le chef présumé du groupe terroriste avait sollicité un prêt pour l'achat d'un petit avion destiné, initialement, à attaquer les cibles. Mohammed Atta s'était adressé au département américain de l'Agriculture. La fonctionnaire contactée a été interrogée par ABC. Johnelle Bryant a compris quand elle a vu sa photo dans les médias après le 11 septembre. Cette homme-là était venu la voir au département américain de l'Agriculture en mai 2000.
Johnelle Bryant : D'abord, il a refusé de me parler, parce que, disait-il, je n'étais qu'une femme. Mohammed Atta voulait un prêt de 650.000 dollars pour acheter un petit avion. Il voulait le transformer pour faire des épandages sur les champs. Il voulait financer un bimoteur à 6 places, et enlever les sièges. Il disait qu'il était ingénieur et il voulait installer un réservoir chimique qui aurait occupé toute la place disponible, excepté le siège du pilote.
La fonctionnaire a passé une heure avec Mohammed Atta. Il lui a parlé de Ben Laden et d'Al Qaïda. Elle n'a pas bien compris. Ensuite, il lui a proposé d'acheter une photo aérienne de Washington, qui se trouvait dans le bureau.
Johnelle Bryant : Il a sorti une liasse de billets grosse comme ça. Il voulait vraiment cette mauvaise photo. Il m'a demandé où était le Pentagone et la Maison Blanche, et je lui ai montré.
Mohammed Atta n'a pas obtenu son prêt. Voyant cela, Ben Laden a décidé qu'il faudrait utiliser des avions de ligne détournés. Cela a été confirmé aux enquêteurs américains par un des lieutenants du terroriste."
Déjà, livrée telle quelle, l'information paraît délirante, et on ne comprend pas très bien. En cherchant l'interview d'ABC sur Internet, on se rend compte que la vraie interview est encore pire. Atta entre en effet en refusant de parler à Johnelle Bryant, et pendant toute la conversation, il lui rappellera qu'elle n'est qu'une femme. D'après cette "femme", Atta s'attendait en fait à recevoir ses 650.000 billets verts en cash, le jour même, sans avoir de papiers à remplir. Quand il comprend que ce n'est pas si simple, et pire, que c'est impossible parce qu'il n'a pas la nationalité américaine, il se fâche. Il signale à Johnelle Bryant que, vu l'absence de mesures de sécurité dans l'immeuble, rien ne l'empêcherait a priori de lui trancher la gorge et de vider le gros coffre-fort qui se trouve derrière elle. Elle lui répond que le coffre ne contient pas d'argent et qu'elle fait du karaté. Ensuite, non seulement Atta se met à lui parler avec attendrissement d'Al-Qaeda et de Ben Laden, en précisant qu'un jour le monde reconnaîtra Ousama comme un grand leader, mais il ajoute qu'avec les qualifications qu'elle a, Johnelle Bryant ferait une très bonne recrue pour Al-Qaeda… elle qui quelques minutes avant n'était même pas digne de traiter son affaire pour cause de féminité. Puis Atta aperçoit la photo aérienne de Washington. Il la trouve très belle, il demande où se trouvent la Maison-Blanche, le Pentagone, le Capitole… Non seulement il insiste pour acheter la photo à un prix absurde, alors qu'on peut trouver ce genre de photos un peu partout pour trois fois rien, mais lorsque Johnelle refuse, il se fâche de nouveau, et il lui demande ce que ça lui ferait si une puissance étrangère attaquait les Etats-Unis et détruisait tous ces symboles américains. Bref, exactement le comportement qu'on attendrait de la part d'un terroriste diplômé en architecture et étudiant en urbanisme, qui prépare dans le plus grand secret l'attentat le plus sanglant de tous les temps.
Personnellement, cette info me paraît archi-fausse, et en tout cas délirante. Il n'y a pas des masses d'hypothèses : soit Johnelle Bryant est folle à lier et elle a tout inventé. Hypothèse tout à fait plausible. Soit elle dit la vérité, et Atta est bel et bien venu dans son bureau en lui balançant tous les indices imaginables. Ca me paraît très improbable, mais dans ce cas, il s'agirait d'une manipulation pour l'instant incompréhensible de la part des membres d'Al-Qaeda, et c'est étonnant que personne ne contextualise cette info. C'est d'ailleurs une constante frappante dans les grands médias qui relayent ça : tous ont l'air de trouver tout ce scénario parfaitement plausible, en tout cas, il ne nécessite aucun commentaire spécial. Ce qui choque surtout les Américains, c'est que la fonctionnaire en question ait laissé passer ça sans donner l'alerte, et pas le fait qu'un terroriste de tout premier plan vienne exposer ses projets à un service gouvernemental du pays ciblé. Dans l'imaginaire américain, les musulmans ont beau être redoutables, ils n'en sont pas moins bêtes à bouffer du foin. Dernière hypothèse enfin, ce témoignage serait un faux, destiné à étayer a posteriori la version officielle américaine selon laquelle les terroristes étaient des brutes islamistes et les attentats n'ont réussi qu'à cause de l'incompétence des fonctionnaires, que ce soient ceux de l'Agriculture, ceux du FBI ou ceux de la surveillance et de la défense de l'espace aérien. L'hypothèse du faux est en tout cas étayée par le fait que Mohammed Atta n'était pas encore arrivé aux Etats-Unis à la date où Bryant affirme l'avoir vu dans son bureau. Une simple recherche d'un quart d'heure sur Internet permet de s'en rendre compte, et aussi de trouver le numéro de téléphone de cette madame Bryant. Manque de bol, il fallait s'y attendre, elle a refusé tout net de me prendre au téléphone, puisqu'elle ne fait aucun commentaire sur cette affaire.
Je me suis donc rabattu sur Marianne Klaric, qui était responsable de cette info dans le JT de la RTBF, et elle, elle a accepté d'écouter mes questions, et même d'y répondre. Je lui ai donc demandé ce qu'elle pensait, elle, de tout ce délire.
écouter l'interview de Marianne Klaric, 10'49
Donc, on laisse le téléspectateur juger d'une info dont il ne détient pas toutes les clés, loin s'en faut, et on la lui livre telle quelle, brute, à lui de juger.
Comme je le disais dans l'interview, un qui n'a pas eu cette chance, c'est Thierry Meyssan, dont on a déjà beaucoup parlé dans cette émission. Pour ceux qui ne se souviennent plus du prénom d'Alzheimer, je résume brièvement l'affaire. Tout avait commencé par une interview de Thierry Meyssan dans l'émission de Thierry Ardisson, interview qu'on vous avait largement répercutée ici. Thierry Meyssan affirmait qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre, les dégâts ne correspondraient pas du tout à l'impact d'un gros Boeing. Il émettait l'hypothèse d'un camion ou d'un hélicoptère piégé, et pour lui, le 11 septembre aurait au moins en partie été perpétré par une faction du haut commandement militaire américain pour forcer une politique plus belliqueuse de la part des Etats-Unis. Ses thèses sont sorties dans un livre intitulé "L'effroyable imposture", qui n'était vraiment pas terrible, malgré certaines observations très pertinentes et des révélations troublantes. Mais l'ensemble était faiblement argumenté et peu étayé. Tout de suite, la presse s'est jetée sur l'affaire, réfutant le fond des affirmations de Meyssan avec des arguments souvent encore plus faibles. Mais surtout, les médias ont tiré sur le messager : Meyssan serait un type trouble, sympathisant de l'extrême droite - qu'il a pourtant toujours combattue avec virulence -, il ferait tout ça pour le fric, puisque son bouquin s'est bien vendu, etc. Une vraie chasse à l'homme. La seule réfutation un peu intelligente, mais néanmoins partielle, était celle de Tom Goldschmidt, journaliste radio à la RTBF, que nous avions interviewé à ce sujet.
Mais aujourd'hui, Thierry Meyssan revient avec un nouveau livre intitulé "Pentagate" [texte intégral ici], et là, il se concentre uniquement sur l'attentat du Pentagone, qui n'occupait que le premier chapitre de son premier livre. Cette fois, rien à dire, c'est convaincant, surtout le chapitre écrit par un militaire français expert en destructions et en incendies en tous genres. Pour éclairer tout ça, rien de tel que d'en parler au principal intéressé, à savoir Thierry Meyssan lui-même, que nous n'avions pas encore interviewé dans cette affaire.
écouter l'interview de Thierry Meyssan, 27'20
Faisons donc comme la RTBF, laissons juger l'auditeur par lui-même. Allez donc voir sur le site www.effroyable-imposture.net, où vous trouverez facilement le lien qui mène au texte intégral de Pentagate. C'est vite lu et c'est limpide, mais je ne suis pas sûr qu'en en parlera de si tôt à la RTBF.
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Le sommet du G8 se tient cette année à Kananaskis (Calgary), avec trois priorités : renforcement de l'économie mondiale, création d'un nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), et la lutte contre le terrorisme. Une fois de plus, le sommet se déroule dans des conditions ultra-sécuritaires. On a du mal aussi à voir le rapport entre les recettes préconisées par le G8 et les problèmes mondiaux réels. Nicolas introduit le sujet et le reportage sur place d'André-Michel Essungu, correspondant d'AlterEcho pour l'occasion, qui évoque notamment le côté sécuritaire du sommet.
écouter la correspondance d'André-Michel Essungu, 9'48
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L'autre sommet ultra-sécuritaire du moment a eu lieu à Séville, et il clôturait la présidence espagnole de l'Union européenne. Son thème était l'immigration, qui a exigé toute l'attention des participants, au détriment des autres dossiers en cours. Nos invités en studio sont Florence, Fabien et Adrian, du Collectif contre les expulsions. Ils étaient sur place, et ils nous livrent leurs impressions.
Nous avons également réalisé diverses interviews au sujet du sommet de Séville :
écouter l'interview du professeur Andrea Rea (ULB), 9'13
écouter l'interview d'Emmanuelle Bribosia (Institut des Etudes Européennes, ULB), 4'17
écouter l'interview de Denis Grégoire (Amnesty International), 7'12
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