Emission n° 3 du 18 octobre 2000
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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.
Playlist du 18 octobre 2000:
- Peter Hammill : Summer song (in the autumn) (Fools mate)
- Ry Cooder : Paris, Texas (B.O. du film Paris, Texas)
- Ween : Buckingham green (The mollusk)
- Daniel Hélin : Gendarmerie blues (Fait main à Borlon)
Textes et sons:
Cette semaine encore, nous allons décortiquer le discours médiatique en Belgique francophone. Nous allons parler longuement des troubles entre Israéliens et Palestiniens, de la mort d'un réfugié albanais dans un centre fermé pour sans-papiers chez nous en Belgique, et enfin, pour la première fois dans cette émission, nous accueillerons des invités, il s'agit de Helmut, Robert et Martin, représentants de médias indépendants autrichiens, qui nous expliqueront ce qui les amène à Bruxelles, et au Parlement européen en particulier.
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Le grand sujet d'actualité qui a dominé toute la semaine, c'est bien évidemment l'évolution des violences en Israël et en Palestine suite au lynchage des soldats israéliens, dont on ne sait d'ailleurs toujours pas s'ils étaient deux ou trois, tant les circonstances de ce lynchage sont restées floues. Les Palestiniens ont affirmé qu'il s'agissait d'infiltrants, déguisés en Arabes et chargés des basses besognes de l'armée israélienne. Pour les Israéliens, c'étaient au contraire des réservistes, en uniforme, qui rejoignaient tranquillement leur campement et qui se sont perdus. Il semblerait finalement que ce sont les Israéliens qui ont raison, mais peu importe : il était évident que seuls face à une foule déchaînée, leur sort était joué d'avance, quelle que soit la raison de leur présence au mauvais endroit au mauvais moment.
Bref, ce lynchage a eu un retentissement énorme, et ce pour deux raisons. Premièrement, les victimes étaient israéliennes et les bourreaux palestiniens. Pour une fois que les positions sont inversées, forcément ça se remarque plus, surtout que les Israéliens disposent des outils de propagande pour battre le rappel si le besoin s'en fait ressentir. Mais la raison principale de ce tintamarre est évidemment le fait qu'une équipe de télévision se trouvait sur place et qu'elle a filmé toute la scène. Les images qu'on a pu voir sur nos chaînes de télévision ont beau être extrêmement choquantes, elles étaient montées de façon à épargner à nos yeux sensibles les scènes les plus riches en hémoglobine. De toute façon, on imagine bien qu'un lynchage n'est pas une partie de plaisir, et les images qu'ont montré les télévisions suffisaient amplement à l'illustrer.
Ce qui a choqué tout autant que le sort des malheureux soldats, c'est l'attitude de la foule, assoiffée de sang, ravie de leur faire la peau, bref, cruelle et bestiale. Ces images étaient si fortes que les Israéliens ont estimé que la mort de deux ou trois personnes justifiait une vague d'attaques de missiles sur divers bâtiments officiels palestiniens. Ces attaques ont été ressenties à juste titre comme une déclaration de guerre, alors que d'après Israël elles étaient "symboliques et limitées". Le jour où ils se mettront vraiment à faire la guerre, je ne voudrais pas être dans les parages.
Donc, le monde entier a vu la cruauté, le diabolisme des Palestiniens, et l'étalage de cette violence a servi à justifier non seulement de nouvelles violences, bien plus amples, mais aussi des commentaires déchaînés du côté israélien. Voici, relevé par Le Soir, ce qu'écrivait le lendemain du lynchage un grand éditorialiste israélien : "Hier, nous avons vu des créatures habillées en êtres humains, des animaux à deux jambes. […] Le fossé culturel et psychologique est devenu hier une faille profonde, et peut-être éternelle." Dans le même article du Soir est cité un passage d'un édito de la page web du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat : "Même si les deux agents israéliens étaient ce qu'ils semblaient être, le lynchage est inacceptable. Cela nous fait descendre littéralement au niveau des oppresseurs de notre peuple, et c'est une honte." Le mot "littéralement" ne se trouve pas là par hasard. En effet, quelques jours avant cet épisode sanglant, j'ai lu dans la presse belge un petit passage de deux ou trois lignes qui constitue la principale leçon de toute cette affaire. En deux ou trois lignes donc, on y relatait un incident survenu, je pense, dans les environs de Nazareth. Une bande de colons juifs était tombée par hasard sur deux Palestiniens qui n'avaient, selon eux, rien à faire à cet endroit. Tout de suite, cette bande de pieux cultivateurs et de bons pères de famille s'est jetée sur ces deux "animaux à deux jambes", et ils les ont lynchés avant de brûler leurs corps.
En clair, il s'est passé trait pour trait la même chose qu'à Ramallah, à deux différences près. Les bourreaux étaient israéliens et les victimes palestiniennes, et ça, on en a tellement l'habitude qu'on n'en parle plus aux infos et à peine dans le journal. Et puis surtout, il n'y avait pas de caméra dans les environs, et le pouvoir de l'image, hein… on n'a jamais fait mieux. Tous les journalistes qui couvrent les troubles au Proche-Orient sont au courant de cet épisode. Mais j'ai eu beau lire la presse cette semaine, personne n'a rappelé que le grand lynchage médiatisé de Ramallah n'était qu'une réplique de ce qui s'était passé de l'autre côté quelques jours avant. Pour une fois qu'ils pouvaient légitimement renvoyer dos à dos les deux camps, comme certains ont l'habitude de le faire, les commentateurs se sont bizarrement abstenus. En tout cas, tout ça souligne une fois de plus l'impitoyable pouvoir de l'image dans l'information, et la mémoire sélective de ceux qui nous informent. La seule petite phrase qui souligne, en passant, l'impact purement médiatique de ce lynchage se trouve cette semaine sous la plume de Renée-Anne Gutter, la correspondante de La Libre Belgique à Jérusalem. Pour elle, la colère palestinienne est causée par "l'importance donnée dans les médias et l'opinion internationale au lynchage des soldats israéliens, alors que les Palestiniens comptent déjà près de cent morts".
Comme nous le constations déjà la semaine dernière, la presse belge reste en général extrêmement prudente, pour ne pas dire frileuse, dans son approche du problème du Proche-Orient. Souvent, les articles factuels contiennent une analyse implicite, mais il est très rare qu'on trouve une vraie prise de position dans un éditorial, alors que c'est quand même à ça qu'est censé servir un édito. On le constate très bien par exemple dans LLB du vendredi 13, lendemain du lynchage. En page 2, on trouve un rappel de toute la chronologie des troubles depuis deux semaines. Tout commence par la visite d'Ariel Sharon à l'esplanade des mosquées. Tout le monde s'accorde aujourd'hui à y voir l'étincelle qui a mis le feu aux poudres, mais personne ne semble très choqué lorsque les Israéliens rendent les Palestiniens responsables des violences. Enfin bref. La chronologie de LLB montre bien quel est le rapport de forces. Ca commence donc par l'étincelle de Sharon, et c'est suivi d'une litanie d'émeutes et de morts palestiniens. Entre deux bilans, on trouve les échanges entre chefs, Arafat qui demande une commission d'enquête, Barak qui refuse tout net et qui rend Arafat responsable des violences, tout ça pendant que les morts palestiniens s'entassent. Une phrase rigolote en fin de chronologie : "M. Barak donne 48 heures à M. Arafat pour mettre fin à la violence, faute de quoi l'armée israélienne le fera par tous les moyens." Cette phrase implique donc que toute violence est palestinienne, et que si l'armée sort les grands moyens, c'est-à-dire redouble de violence, c'est justement pour mettre fin à la violence. Subtile réthorique israélienne.
En page 3, même alignement de faits et de chiffres qui en dit très long. Sous le titre "face-à-face inégal", ce sont les forces militaires qui sont passées en revue de part et d'autre. Juste pour citer quelques chiffres, les Israéliens disposent de 600.000 hommes contre 35.000 de l'autre côté, ils ont des milliers de chars et de blindés, presque 500 avions de chasse, 130 hélicos, 50 navires, et une centaine d'ogives nucléaires. En face, des armes légères, des véhicules de transport, et 2 hélicoptères… de transport eux aussi. Ce rapport de forces, tout le monde le connaît ou du moins l'imagine. Mais LLB tenait à le rappeler - tout comme la chronologie des faits - comme pour montrer subtilement que quand même, c'est pas juste. Par conséquent, on est d'autant plus étonné de lire l'édito du même jour. Gérald Papy, déjà champion du "ni oui ni non" dans son article d'analyse du même jour, fait dans son édito l'éloge funèbre du processus de paix, et il exprime son espoir de le voir renaître dans un avenir meilleur, porté par des hommes nouveaux. En attendant, les séquelles de la violence sont profondes, et, conclut-il, "il faudra laisser beaucoup de temps au temps pour qu'elles guérissent". Laisser du temps au temps ; vraiment, quel punch renversant ! Papy réussit même à retracer le processus de paix sans rappeler que ce dernier était complètement à l'arrêt depuis l'arrivée de Netanyahou, et que Barak n'a jamais eu la volonté ou la force de le raviver, éléments qui expliquent pourtant la violence et la haine. Non, franchement, la Libre devrait prendre exemple sur Le Soir : eux au moins, quand ils ne trouvent rien à dire, ils ne font pas d'édito.
Justement, sur ce coup-là, Le Soir s'en tire un peu mieux. Dans son édito du même jour, Baudouin Loos pose la question qui s'impose par rapport au lynchage. "La répulsion qu'inspire cette scène, écrit-il, oblige à se demander pourquoi et comment des Palestiniens peuvent en arriver à ce genre d'expression suprême de la haine." Il retrace lui aussi le déroulement du processus de paix, en prenant toutefois bien soin de faire comprendre comment l'humiliation a pu être ressentie du côté palestinien pendant tout ce temps. Il prend bien soin aussi de ne pas trop égratigner les Israéliens, sauf lorsqu'il parle de la situation des Arabes qui vivent en Israël même. Là, il met en garde contre le risque des "pires dérives racistes" au sein de l'opinion israélienne.
Un qui n'a pas peur des mots, par contre, c'est Le Matin. Pour Alain Narinx, Barak est une méprise. On attendait un homme d'Etat, alors que le petit général n'est qu'un politicien malhabile. Pour Alain Narinx, Barak était prêt à faire la paix pour peu qu'elle consiste à donner des 'peanuts' à ses adversaires. Et puisque ça ne marche pas, il utilise la violence d'Etat et tente de sauver sa carrière politique en s'alliant avec la droite extrême. Voilà qui est clairement énoncé.
Je vous le disais tout à l'heure, une image en dit plus qu'une longue explication, et Le Matin l'a bien compris. Le samedi 14, il publie une carte des territoires que certains appellent déjà palestiniens. Sur cette carte, il y a une petite étoile de David par implantation juive. C'est là qu'on comprend que ces territoires sont très loin d'être palestiniens. Si avec un peu d'imagination on peut voir dans la Cisjordanie un visage humain et dans chaque colonie juive un bouton d'acné, la situation est très grave. Il y en a même dans les cheveux. En gros, la Cisjordanie est constellée jusque dans ses recoins de colonies juives. A Gaza, ce n'est pas mal non plus, mais là c'est dans Le Soir qu'il faut aller regarder pour prendre toute la mesure de l'horreur imposée aux Palestiniens. Serge Dumont, envoyé spécial à Gaza, a rassemblé des chiffres hallucinants. Déjà, Gaza, ce n'est pas grand. 30% du territoire sont occupés par 5000 colons juifs. 10% sont inoccupés, c'est une zone tampon entre Gaza et Israël, parce qu'avec ces animaux de Palestiniens, on ne sait jamais. Reste 60%, soit 300 km², environ un centième de la Belgique. Sur cette petite surface s'entassent 1,2 million de Palestiniens ! Ils n'ont même pas le droit de circuler librement, et ils manquent d'eau, parce que les colons pompent à eux seuls deux tiers de la consommation d'eau à Gaza pour arroser leurs bégonias. Voilà des chiffres qui en disent presque aussi long qu'une image. Donc, Le Soir peut à la fois révéler des choses pareilles ET continuer à parler d'Israël comme d'un pays respectable. Pourtant, on en a connu qui se sont fait traiter de dictature pour moins que ça.
Beaucoup d'analyses politiques aussi sur ces événements dans la presse de cette semaine, et notamment sur la responsabilité des violences. On lit dans la bouche des protagonistes des déclarations parfois incongrues et contradictoires, qui ne sont pas toujours relevées par les journalistes. Ainsi, on apprend dans Le Soir qu'un rapport israélien reproche aux forces de l'ordre d'avoir immédiatement tiré à balles réelles sur les manifestants, et même que Barak reconnaît que cette attitude a pesé dans l'embrasement des territoires. Quelques lignes plus bas, Barak accuse l'Autorité palestinienne de porter une lourde responsabilité dans les violences. De même, la responsabilité des Palestiniens paraît évidente aux Israéliens, mais ils refusent en bloc une commission d'enquête sur l'enchaînement des événements. Ils ont finalement été forcés d'en accepter le principe, mais elle sera menée sous l'égide des Etats-Unis, ce qui laisse tout de même une grande marge de manœuvre.
Justement, parlons-en des Etats-Unis. On connaît leur rôle d'allié traditionnel et indéfectible d'Israël. Toujours dans Le Soir, un diplomate américain spécialiste du Proche-Orient confie : "Nous avons toujours vendu le dernier modèle d'armement aux Israéliens, et le modèle en-dessous aux Egyptiens. C'est triste, mais c'est comme ça." Après ça, qui peut encore croire que les Etats-Unis ont réellement intérêt à ce que la tension s'apaise dans la région ? Dans LLB, Gérald Papy se montre aussi prudent envers les Américains qu'envers les Israéliens. Il parle du climat délétère qui préside aux relations entre Israéliens et Palestiniens, et écrit très prudemment : "Les facilitateurs du dialogue sont désormais perçus comme partiaux. Les Etats-Unis sont jugés pro-israéliens…". Tout cela est donc du domaine de la perception et du jugement. Ironiquement, juste en-dessous de cet article, il y en a un autre sur la perception du conflit aux Etats-Unis. On y apprend que les éditorialistes incendient Clinton pour ne pas avoir opposé son veto à la résolution des Nations Unies qui condamnait la semaine dernière la violence israélienne contre les Palestiniens, et que l'opinion est scandalisée par le fait qu'Arafat ne stoppe pas immédiatement les émeutes. En privé et anonymement, apprend-on toujours dans le même article, les experts avouent qu'Arafat n'a pas un interrupteur pour allumer ou éteindre les émeutes. Mais dans l'arène officielle, les politiciens appellent le même Arafat à stopper la violence de toute urgence, et ils rappellent leur attachement indéfectible à Israël. On a même pu apercevoir Hillary Clinton, en campagne électorale pour un siège au Sénat, haranguer la foule à une manifestation de soutien et de solidarité au peuple durement éprouvé… d'Israël, et non de la Palestine, comme on aurait pu le croire. Mais donc, les Etats-Unis sont jugés pro-israéliens. LLB ne devra pas s'étonner après ça d'être à son tour jugée poule mouillée. Le terme exact pour la position des Etats-Unis dans cette affaire est celui de Robert Falony dans Le Matin, qui qualifie les Etats-Unis de "faux arbitre" paralysé par la campagne présidentielle.
Il ne se trouve bizarrement aucun commentateur pour désigner le vrai vainqueur politique de ces deux dernières semaines au Proche-Orient, j'ai nommé Ariel Sharon. Ce qui s'est passé apparemment, même si personne ne le souligne, c'est que Barak est allé un pont trop loin à son goût. Dans les jours qui ont précédé le 28 septembre, jour de la visite fatidique de Sharon sur l'esplanade des mosquées, Ehud Barak avait évoqué la possibilité de laisser, de façon restreinte et sous conditions, une souveraineté partielle sur Jérusalem-Est aux Palestiniens. Ca, Sharon ne l'a pas supporté, et jugeant le moment propice, il a donc lancé sa provocation le 28. Et propice, le moment l'était. Les Etats-Unis sont aux abonnés absents, ou à peu près, pour cause de campagne électorale. En plus, les candidats se disputent pour savoir lequel des deux sera le meilleur ami d'Israël. En Israël, la position de Barak est des plus faibles. Même chose pour Arafat, qui a du mal à justifier que le processus de paix n'ait pas bougé d'un pouce depuis plusieurs années. Trois semaines plus tard, on s'aperçoit que Sharon a gagné sur tous les tableaux. Barak est affaibli au point de menacer son pays d'un gouvernement d'urgence, qui inclurait Sharon, l'homme par qui tout est arrivé. Cela montre d'ailleurs combien la position de Barak était précaire. Sharon a provoqué à l'extérieur, pour des raisons de politique intérieure, et Barak s'est retrouvé contraint d'entrer dans sa spirale de violence et de faire alliance avec l'instigateur même de ces violences. Même s'il semble aujourd'hui que cette alliance n'était qu'une menace de Barak pour faire venir Arafat au sommet de Sharm-el-Cheikh, cela présente Sharon comme un partenaire gouvernemental crédible, lui qui pour beaucoup d'Israéliens n'était plus que le boucher de Sabra et Chatila. Il en sort donc personnellement renforcé. Il y a eu le lynchage aussi, qui a convaincu bon nombre d'Israéliens du fait que les Palestiniens ne sont plus des partenaires sérieux pour une paix durable, ce que Sharon se tue à leur dire depuis Oslo. De ce côté-là, les dégâts seront durables, et c'est la plus grande victoire de Sharon. Beaucoup de commentateurs notent en effet que la gauche, et même l'extrême-gauche israélienne ne sait plus comment défendre ceux qui étaient encore leurs partenaires quelques jours avant. On l'a constaté aussi d'après les commentaires des grands représentants du camp de la paix, qui semblent avoir retourné leur veste. Shimon Peres, notamment, qui se demandait d'un air éploré, à la BBC, pourquoi, pourquoi les Palestiniens jetaient des pierres sur les Israéliens. Il y a aussi l'écrivain Amos Oz, qui estimait cette semaine dans De Morgen que c'est la rhétorique de la presse et des intellectuels palestiniens, qui sont dans la poche d'Arafat, qui ont mené au lynchage de Ramallah. Il oublie d'expliquer pourquoi il a tant hâte de plonger, lui, dans la poche de Sharon, qu'il ne doit pourtant pas porter dans son cœur.
On le voit donc, contre l'émotion et l'idéologie, l'information correcte est un remède rare mais efficace. La correspondante de LLB en Israël le signale d'ailleurs. Elle a interrogé à Haïfa un jeune Belge qui travaille dans un centre de jeunes judéo-palestiniens au rapprochement entre les deux peuples. Ce qu'il a appris lors des récents événements, dit-il, "c'est combien les médias sont importants et combien il est difficile d'avoir des informations correctes". A fortiori, comment en avoir en Belgique ? Pour cela, heureusement, il y a la fée Internet. Evidemment, on ne peut jamais être sûr d'une information parfaite, qui est d'ailleurs un concept illusoire. Mais il y a moyen, sur Internet, de trouver des sites de contre-information sur ce conflit. Il s'agit premièrement de sites israéliens indépendants, comme le centre Indymedia Israël. Il y a également des sites palestiniens. L'objectivité n'est évidemment pas garantie, mais elle ne l'est pas plus dans nos médias, et ça fait un contrepoids agréable. Enfin, il existe des sites d'information gérés conjointement par des Israéliens et des Palestiniens qui croient encore en la coexistence et qui montent ensemble des projets de contre-information.
Pour terminer, j'aimerais décerner, sans aucune ironie, la palme de la semaine à Françoise Berlaimont, l'envoyée spéciale de la RTBF, qui a parfaitement résumé ce lundi, dans Matin Première, la situation qui prévaut en Israël et dans les territoires. En moins de deux minutes, elle est parvenue à camper tous les aspects de la situation, prouvant en même temps qu'un journaliste peut parfaitement avoir des opinions tout en restant objectif. Je vous propose de l'écouter, elle est interrogée par Africa Gordillo, qui lui demande quelles sont les raisons de la colère des Palestiniens.
écoutez les explications de Françoise Berlaimont
Pour vraiment clore le sujet, je ne résiste pas à l'envie de vous décrire le dessin qui se trouvait jeudi dernier en couverture de Charlie Hebdo. C'est un dessin de Cabu, sur lequel on voit s'entretuer un soldat israélien et un lanceur de pierres palestinien. Au-dessus, Cabu a écrit en grand : "Arrêtez tout ! Dieu n'existe pas !"
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Pas besoin de traverser la Méditerranée pour trouver de la tragédie et de l'oppression. Jeudi dernier, tout près de Bruxelles, un jeune Albanais est mort en tentant de s'évader du centre fermé pour sans-papiers de Steenokkerzeel, le fameux 127bis. Les circonstances de cette tentative d'évasion et de ce décès sont fort troubles, et ça pue le mensonge à plein nez du côté des autorités. Juste un exemple, Ferri Xhevdet, le réfugié en question, devait se faire expulser le lendemain de sa tentative d'évasion. Selon Antoine Duquesne, le ministre de l'Intérieur, il était volontaire pour partir. Sans doute aura-t-il brutalement changé d'avis. Pour le reste, Antoine Duquesne se retranche derrière l'enquête en cours ; il ne fera aucun commentaire tant que l'enquête n'aura pas fait la lumière sur cette affaire. Dès le lendemain, plusieurs députés se sont rendus sur place pour se rendre compte de la situation. La télévision a évidemment relaté cette visite, mais à comparer les reportages de la RTBF et de la VRT, les francophones ont dû rester quelque peu sur leur faim. Ce n'est pas que Philippe Carlot ait mal fait son boulot à la RTBF, c'est tout simplement que le cadre du JT ne lui a pas laissé le temps de le faire complètement. En une minute et demie, pas moyen de dépasser le stade des simples faits. A la VRT par contre, avec 5 JT par jour plus une demi-heure quotidienne d'actualité approfondie, on a le temps de laisser la parole aux intervenants. C'est donc l'émission TerZake qu'il fallait regarder vendredi soir, et pour ceux qui n'en ont pas eu l'occasion, j'ai fait un petit digest des interventions des députés. D'abord Vincent Decroly, puis Georges Dallemagne, puis à nouveau Vincent Decroly.
écoutez Vincent Decroly et Georges Dallemagne
Donc, récapitulons. Neuf personnes tentent une évasion. L'une d'entre elles fait une mauvaise chute, à tel point que certains de ses compagnons d'évasion retournent chercher de l'aide et renoncent à se faire la malle. Le type ne devait donc pas aller bien. Le gardien arrive et juge le blessé intransportable. Pourtant, d'après Antoine Duquesne, qui devait sans doute se trouver sur les lieux, " il ne semblait pas grièvement blessé ". Arrivent les gendarmes, qui menottent le blessé, le traînent par un pied pour le déplacer selon certains témoignages, et l'emmènent en cellule d'isolement. Là, très vite, son état de santé se dégrade et on tente une réanimation, mais trop tard évidemment, il meurt. Même certains membres du personnel du centre fermé se sont plaints de l'attitude de la gendarmerie, tant à leur propre égard qu'envers les détenus. Mais Duquesne ne veut pas se substituer au juge d'instruction, et il attend les résultats de l'autopsie et de l'enquête. Etrange autopsie, justement. Elle ne révèle aucune anomalie qui aurait pu causer la mort : ni fractures, ni lésions internes ou externes, ni traces de chute. Seul Le Soir croit savoir qu'il s'agit en fait d'une autopsie externe, et que l'autopsie interne doit encore être pratiquée. Près d'une semaine après les faits, on attend toujours. Duquesne, lui, sur base de ces premières constatations, estime le décès accidentel et ne reproche rien à personne.
Mais cessons donc de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas et de nous substituer au juge d'instruction. L'affaire suit son cours, ayons confiance.
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Ecoutez l'entretien (23'17") avec les représentants autrichiens de médias indépendants qui viennent demander du soutien au Parlement européen pour faire face à la situation politique dans leur pays.