Emission n° 28 du 6 juin 2001

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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.

 

Playlist :

- Butthole Surfers: Goofy's concern (Independent worm saloon)

 

Textes et sons:

Cette semaine, les suites de deux sujets qui avaient déjà été abordés dans le cadre de cette émission. Tout d'abord, l'uranium appauvri, qui finira peut-être par avoir la peau d'un de ses principaux détracteurs, le journaliste Michel Collon. Michel Collon a un cancer qui semble avoir des causes tout à fait radioactives. Nous écouterons des explications détaillées.

Nous allons aussi reparler de 'Révélation$', un livre choc sur le blanchiment institutionnalisé de l'argent noir des mafias. Ses auteurs étaient à Bruxelles la semaine dernière, l'occasion rêvée de faire le point sur l'évolution du scandale du clearing.

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Au tout début de cette année, j'avais interviewé le journaliste Michel Collon à l'occasion du dixième anniversaire de l'embargo en Irak. A cette occasion, il avait notamment parlé des ravages qu'avait fait dans ce pays, mais aussi en Yougoslavie, l'uranium appauvri contenu dans certaines munitions utilisées par les armées occidentales. Début mars, j'avais également consacré un large dossier au grand colloque sur l'uranium appauvri qui avait eu lieu à Bruxelles à l'initiative du même Michel Collon.

Aujourd'hui, l'uranium semble avoir décidé de prendre sa revanche. Comme l'écrivait De Morgen la semaine dernière, l'homme qui rassemblait des preuves contre l'uranium appauvri est sans doute devenu lui-même une pièce à conviction. Il y a quelques semaines, les médecins constataient chez Michel Collon un cancer du rein et décidaient de l'opérer et de procéder à des analyses approfondies. Les résultats sont étonnants : il s'avère que le corps de Michel Collon contient des traces de trois substances fortement radioactives.

écouter l'interview de Michel Collon, 11'01

Michel Collon a la ferme intention de traîner rapidement les responsables occidentaux des dernières guerres de l'Otan devant un tribunal afin que leur responsabilité soit reconnue et qu'ils payent les soins médicaux de toutes les personnes contaminées.

On le voit, Michel Collon est sous le coup de l'émotion, et il est donc bien compréhensible qu'il attribue avec certitude sa maladie à l'uranium appauvri. Cette hypothèse est d'ailleurs tout à fait plausible, mais elle n'est pas la seule. Frédéric Loore est l'auteur du seul article qui ait paru dans la presse sur la maladie suspecte de Michel Collon, dans De Morgen en l'occurrence ; c'est aussi un des seuls journalistes belges à être spécialisés dans tout ce qui concerne l'uranium appauvri. Il nous explique ce qu'il faut penser des causes du cancer de Michel Collon.

écouter l'interview de Frédéric Loore, 12'28

Je rappelle le titre du livre de Frédéric Loore: "Uranium appauvri - la guerre invisible", cosigné avec Martin Meissonnier et Roger Trilling, et paru en février dernier aux éditions Robert Laffont. Et enfin, merci à Han Soete, d'Indymedia Belgique, qui a réalisé ces deux interviews.

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Il y a quelques semaines, je vous parlais du livre 'Révélation$', de Denis Robert et Ernest Backes. L'un est un journaliste français, spécialisé dans les affaires de fraude financière, l'autre est un ancien cadre de Cedel, une société de clearing luxembourgeoise, qui s'appelle aujourd'hui Clearstream. Une société de clearing, en deux mots, c'est une institution financière qui a pour clients d'autres institutions financières internationales, et qui solde pour ces clients les comptes qu'ils ont entre eux. Chaque transaction financière internationale est donc enregistrée, et la société de clearing se charge de déterminer qui doit combien à qui au terme des millions de transactions financières internationales qui sont effectuées chaque jour. Avant l'ère des ordinateurs et de la communication instantanée, ces compensations internationales prenaient beaucoup de temps et freinaient les circuits monétaires internationaux ; aujourd'hui, tout cela se fait en un clin d'œil. Il n'existe que trois sociétés de clearing : Clearstream à Luxembourg, Euroclear à Bruxelles, et Swift, également à Bruxelles, mais cette dernière est plutôt une société de 'routage financier' pour les transactions de particuliers.

Ce que révèlent Denis Robert et Ernest Backes dans leur livre, c'est que depuis 1990, soit depuis l'accession au pouvoir d'André Lussi, l'actuel patron de Clearstream, la société luxembourgeoise gère des comptes non publiés plutôt suspects. Normalement, chaque compte non publié est relié à un compte officiel, publié, mais actuellement, ce ne serait plus le cas, et même des multinationales non financières en posséderaient, ce qui est interdit. Les comptes non publiés sont légaux à la base, puisqu'ils servent à solutionner certains problèmes techniques ; seulement, depuis 1990, leur nombre a explosé, et ils ont servi de plus en plus à des opérations aussi discrètes qu'illégales, liées au blanchiment d'argent d'organisations mafieuses. Au passage, les auteurs constatent à quel point l'économie légale est infiltrée jusqu'à la moelle par les organisations mafieuses, et ils soupçonnent des institutions légales et réputées respectables de complicité active ou passive.

Dans la foulée, on s'est rendu compte aussi que toutes les transactions financières internationales transitent par un nombre de points très limités, et qu'elles sont donc facilement contrôlables. Cette constatation intéresse au plus haut point l'organisation Attac, qui milite pour une taxation des transactions financières afin de limiter la spéculation et de constituer un fonds mondial de lutte contre la pauvreté. Tous les experts 'sérieux' affirmaient qu'une telle taxe serait impraticable en raison du nombre et de la disparité des transactions financières, et on s'aperçoit qu'il n'en est rien : tout est enregistré, consigné et centralisé, et la taxe serait donc très facile à lever. Ce n'est donc pas étonnant que ce soit Attac qui ait fait venir, la semaine dernière, Denis Robert et Ernest Backes à Bruxelles pour parler de leur livre.

Parlons-en, de ce livre. Au départ, la presse l'a accueilli de façon plutôt froide et sceptique. Quand on en parlait, c'était du bout des lèvres. Le Monde, notamment, a consacré pas mal d'énergie à le discréditer au moment de sa sortie. Côté politique, l'enthousiasme était plus grand. Robert et Backes ont été entendus par une commission de l'Assemblée nationale française et par un groupe de travail du Parlement européen. C'est finalement le monde judiciaire qui a sonné le branle-bas de combat : le parquet luxembourgeois a officiellement ouvert une enquête sur les activités de Clearstream, et André Lussi, le patron mis en cause, et deux de ses proches collaborateurs, ont été écartés de leurs fonctions par le conseil d'administration le 15 mai dernier.

Tout doucement, l'opinion commence à se rendre compte de l'ampleur que pourrait prendre cette affaire. A titre indicatif, Clearstream traite chaque jour un montant de 8.000 milliards de francs belges. On comprend dès lors que si affaire il y a, le scandale de la KBLux fera figure de petite incartade de gamin à côté de l'affaire Clearstream.

Jeudi dernier, les deux auteurs de 'Révélation$' étaient donc à Bruxelles. Excepté la bonne couverture faite par le JT de la RTBF, la grande presse en a parlé de façon plutôt elliptique, lorsqu'elle en parlait. Devant cette carence de l'information officielle, je suis allé interviewer les deux auteurs, mais manque de bol, Denis Robert avait dû quitter Bruxelles au pas de course pour aller faire face à une plainte contre son livre à Paris. Il ne restait donc qu'Ernest Backes, le banquier luxembourgeois, qui a heureusement la langue bien pendue. J'ai commencé par une question sur le clearing.

écouter l'interview d'Ernest Backes, 24'09

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