Emission n° 26 du 16 mai 2001
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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.
Playlist :
- Les Elles : Les pauvres (Les Elles)
- dEUS : Opening night (In a bar, under the sea)
- Ween: Waving my dick in the wind (The Mollusk)
Textes et sons:
Cette semaine, nous parlerons longuement des pays les moins avancés, qui font l'objet d'une conférence des Nations Unies à Bruxelles. Nous verrons pourquoi ils ne risquent pas d'avancer davantage. Toujours dans le Sud, je vous donnerai quelques nouvelles du mouvement zapatiste, qui se retrouve à la case départ ou presque. Un peu plus au nord, les Etats-Unis sont de plus en plus isolés, ils se sont fait virer de deux importantes commissions des Nations Unies. Et puis pour terminer, nous reviendrons en Belgique pour parler d'un débat entre Paul Germain, de l'Ecran témoin, et Anne Morelli, à propos de la propagande de guerre.
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Je vous l'annonçais la semaine dernière, Bruxelles est pour une semaine le centre mondial de la réflexion sur les pays pauvres, ou pays les moins avancés (PMA) en langage politiquement correct. Toute cette semaine, les Nations Unies tiennent chez nous leur troisième conférence sur les PMA, avec en parallèle un forum des ONG sur la même question, qui représente un millier d'ONG du monde entier, et qui a pour la première fois été associé aux travaux officiels.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'optimisme n'est pas de mise, puisque ces 30 dernières années, les pays les moins avancés n'ont fait que reculer. Tout d'abord, les pays les moins avancés, c'est quoi ? En fait, pour bénéficier de l'honneur douteux de faire partie de ce club pas si fermé que ça, il faut avoir un PIB par habitant de moins de 900 dollars, en d'autres mots, une production annuelle de richesses par habitant de moins de 40.000 francs belges. Cela dit, 900 dollars, c'est déjà beaucoup, puisque la moyenne du PIB par habitant de ces pays n'est que de 235 dollars, soit une production de moins de 1000 francs par mois et par habitant. A l'aune de ce critère de 900 dollars, 49 pays se retrouvent affublés du qualificatif 'moins avancé'. Comme on l'imagine facilement, les trois quarts de ces pays se situent en Afrique. L'immense majorité des pays d'Afrique subsaharienne en font partie. Le seul PMA de tout le continent américain est Haïti. En Asie, il y a l'Afghanistan, le Népal, le Bhoutan, le Bangladesh, la Birmanie, le Laos, le Cambodge et le Yémen, et pour le reste, ce sont des petites îles ou archipels qu'on ne s'attendait pas à retrouver dans cette liste parce que leur noms évoquent pour nous des plages de sable blanc sous les tropiques : avouez que vous n'imaginiez pas que les Maldives, les îles Solomon, Vanuatu, Kiribati ou Tuvalu figuraient parmi les pays les plus pauvres au monde.
Depuis que le concept des PMA existe, le club s'est fortement élargi. En 1971, les PMA étaient 25. Aujourd'hui, leur nombre a doublé, puisqu'ils sont 49. Le seul pays à avoir réussi à s'en sortir est le Botswana, mais ça ne l'empêche pas d'être le pays le plus avancé en ce qui concerne l'évolution de l'épidémie du sida. Pour les membres restants du club des pauvres, la situation n'est pas brillante, et elle ne s'améliore pas. Alors que ces 49 pays rassemblent plus de 10% de la population mondiale, ils se partagent moins d'un pour cent du revenu mondial. L'espérance de vie moyenne y est de 51 ans, et un enfant sur six n'atteindra jamais l'âge de 5 ans. La moitié de la population est analphabète.
Avec de tels résultats, on peut se demander à quoi servent les conférences des Nations Unies sur les PMA, et surtout si ces pays continuent de reculer en dépit des mesures prises par les pays du Nord, ou plutôt à cause de ces mesures. Il n'est d'ailleurs pas étonnant de retrouver dans ce genre de conférences les présidents de la Banque mondiale ou de l'OMC, des institutions qui prétendent agir dans l'intérêt général et pour les pays les plus pauvres, alors qu'en réalité elles ne font que leur sucer le peu de moelle qui leur restait encore.
Au sein de la conférence des Nations Unies, on parle de trois lignes directrices dans l'action à mener en faveur des PMA : allègement de la dette, accès aux marchés mondiaux pour les produits d'exportation, et augmentation de l'aide au développement. En tant que tels, ces trois axes sont évidemment nécessaires et salutaires, le seul problème, c'est l'incommensurable hypocrisie qui entoure le discours. Sur l'accès aux marchés par exemple, on apprend dans La Libre Belgique que l'Union Européenne a montré l'exemple en février en annonçant l'ouverture de ses marchés aux produits des PMA. Plus de barrières commerciales pour les pays pauvres sur le marché européen, le début de l'âge d'or du commerce équitable. Mais ce qu'on n'apprend pas dans La Libre, il faut aller le chercher dans un rapport publié par Oxfam ce week-end. Comme par hasard, les produits d'exportation des pays pauvres sont des produits qui sont également fabriqués chez nous, d'où concurrence, d'où protectionnisme. Les raffineries de Tirlemont, par exemple, ont demandé et obtenu une exception pour le sucre. Comme le dit un responsable d'Oxfam, on voit clairement que le lobby industriel passe avant la lutte contre la pauvreté. Autre lobby, les paysans. L'abolition des tarifs douaniers a été repoussée jusqu'en 2006 pour les bananes et jusqu'en 2009 pour le riz.
Pendant ce temps, les paysans du Nord pourront continuer à vendre dans les pays pauvres leurs produits bon marché parce que grassement subventionnés. Les pays de l'OCDE consacrent 1 milliard de dollars par jour aux subventions agricoles, soit le montant total du PIB de tous les PMA, qui n'ont pas d'autre choix que d'importer ces produits bon marché. Le résultat est catastrophique, puisque selon Oxfam, Haïti meurt à petit feu en raison de la libéralisation du marché du riz et de l'afflux de riz américain subventionné. Des milliers de personnes perdent leur revenu sur ce marché cassé, et l'approvisionnement en nourriture, paradoxalement, devient précaire. On le voit, lorsqu'il s'agit d'aide aux pays pauvres, il vaut mieux lire entre les lignes des grandes déclarations humanistes et chercher des sources d'information critiques.
Même chose en ce qui concerne l'aide au développement. Comme le souligne très justement Rachel Crivellaro dans LLB, l'évolution en matière d'aide au développement 'a démontré ces dernières années un désintérêt des pays riches'. C'est même le moins qu'on puisse dire. L'ONU avait fixé l'objectif à 0,7% du PNB. C'est-à-dire que tous les pays doivent augmenter graduellement leur budget de coopération au développement jusqu'à ce qu'il atteigne 0,7% du PNB. Si on fait le compte pour les 29 pays riches de l'OCDE, on arrive à un budget réel de 0,05 %, soit un retour au niveau de 1970. La Belgique, qui est un des bons élèves en la matière, arrive à peine à la moitié de l'objectif de l'ONU.
De toute façon, tout dépend de la façon dont cet argent est dépensé. Dans ce domaine, la Belgique a un passé très lourd, puisqu'elle pratiquait l'aide liée. Chaque franc investi dans un pays pauvre au titre de la coopération au développement devait impérativement être dépensé auprès d'une société belge. Autant de millions pour une pompe à eau, mais à condition que vous la commandiez chez XY. La seule chose que la Belgique ait réussi à exporter de façon durable grâce à l'aide liée, ce sont ses grands travaux inutiles. Evidemment, les populations locales n'en profitaient pas, mais les bénéfices n'étaient pas perdus pour tout le monde et l'économie belge ne s'en portait que mieux. Heureusement, l'aide liée a été abandonnée, mais cela démontre tout de même que les discours sont parfois très loin de la réalité.
Une autre perspective intéressante est de comparer, comme le fait le rapport d'Oxfam, les montants de l'aide au développement et ceux des tarifs douaniers. Ainsi, on apprend que par exemple le Bangladesh paye sept fois plus de droits d'importation pour ses produits aux Etats-Unis qu'il ne reçoit d'aide au développement de ce même pays. Le Canada engrange chaque année plus de 70 milliards de francs en droits de douane prélevé sur les importations en provenance des PMA, soit 5 fois plus que le budget canadien de la coopération au développement. Les droits d'importation sont d'ailleurs souvent plus chers pour les pays pauvres que pour les pays industrialisés, et ça peut aller du simple au triple. Pour certains produits vitaux en provenance du tiers monde, les droits sont exorbitants. Les cacahuètes, par exemple, subissent une taxe d'entrée de 300% en Europe et de 100% aux Etats-Unis. L'ouverture des marchés occidentaux n'est donc pas pour demain, et on comprend mieux aussi que le libéralisme n'est appliqué que lorsqu'il arrange les libéraux.
Pour ce qui est de la dette, les initiatives déployées pour l'instant sont aussi pauvres qu'hypocrites. Le FMI et la Banque mondiale ont lancé un programme de réduction de la dette des 'pays pauvres lourdement endettés'. Seulement, pour mériter cet allègement de leur dette, ces pays doivent d'abord se plier pendant trois ans à un programme de réformes économiques très strict, dont les grandes lignes sont tracées par le FMI et la Banque mondiale. Ensuite, leur dette est allégée en deux phases, mais ils doivent continuer à respecter les diktats économiques des institutions financières mondiales. Selon l'analyse d'Oxfam, au moins 13 des PMA continueront, après cet allègement, à consacrer 10% de leur budget au remboursement de la dette, de l'argent qui serait évidemment mieux dépensé en éducation et en infrastructures de santé. Les autres initiatives font tout aussi pâle figure par rapport à l'annulation pure et simple de la dette, qui est une option tout à fait réaliste. Si pour les PMA, la dette paraît insurmontable (ce qui reste à payer correspond à 101% du total de leurs PNB), la somme est beaucoup moins impressionnante pour les pays industrialisés. Le montant total de la dette des PMA était évalué en 1998 à 150 milliards de dollars, à peine plus que le budget estimé du bouclier antimissiles de George Bush, dont je vous disais la semaine dernière qu'il ne fonctionne même pas.
Toutes ces initiatives en demi-teinte font dire aux ONG qui participent au Forum cette semaine que 'les initiatives d'allègement de la dette ont été réduites à un niveau tel qu'elle sont devenues un instrument pour maintenir les pays endettés à un niveau viable de remboursement'. En d'autres termes, on allège juste assez pour que les pays endettés puissent continuer à nous rembourser et pour garder un levier pour les manipuler. C'est d'ailleurs exactement ce qu'en pense Eric Toussaint, le président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM). Samedi dernier, il participait à la fête qui se déroulait au pied du Cinquantenaire en marge du Forum des ONG, pour exiger notamment un commerce équitable, la suppression de la dette, ou encore l'application d'une taxe sur la spéculation pour alimenter un fonds pour le développement, la fameuse taxe Tobin.
écouter l'interview d'Eric Toussaint, 12'44
La lecture de la presse de la semaine à propos de cette conférence de l'ONU sur les PMA est instructive. Je vous avoue tout de suite que je n'ai pu mettre la main que sur un seul numéro du Soir, celui d'hier, et que c'est donc sur LLB que s'est concentrée cette lecture.
Globalement, la journaliste qui couvre le sujet, Rachel Crivellaro, ne s'en tire pas trop mal. Elle reflète fidèlement les enjeux de cette conférence, et elle donne la parole à un partisan de l'annulation de la dette. L'espace accordé au sujet est assez large, et il y a même un compte rendu de la fête au Cinquantenaire. Pourtant, quelques remarques s'imposent, notamment sur le vocabulaire utilisé, en particulier dans les titres. Je vous en cite quelques-uns : 'Casser le cercle vicieux de la misère', 'Le cancer de la pauvreté pour cible', 'Comment aider les déshérités', ou encore, pour décrire la fête au Cinquantenaire : 'Prière pour un autre monde'. A la lecture de ces titres, on se dit que la Libre n'a pas tout pigé en matière de pauvreté. A en croire ces titres, la pauvreté serait une fatalité, un manque de bol, voire un cercle vicieux, plutôt que le résultat et le moteur d'une domination économique. Les pauvres seraient des 'déshérités', alors que le mot 'exploités' serait plus à sa place. On le constate aussi en lisant certaines déclarations ou propositions que relaye la Libre sans aucune mise en perspective. Il y a par exemple la généreuse proposition de Jacques Chirac, qui propose de faire des 'dons' aux pays les plus pauvres pour 'financer partiellement leurs dépenses sociales et les prémunir contre le fléau du surendettement'. Ca revient donc à leur donner une aumône pour construire un hôpital et une école pour s'assurer qu'ils puissent continuer à rembourser. Il y a aussi la très cynique déclaration du président nigérian Obasanjo, dont le pays ne fait pas partie des PMA. Il a rappelé que la pauvreté est le 'manque de tout' - de nourriture, de maison et de droits de l'homme. Il a ajouté que 'la bonne gouvernance doit faire partie intégrante du gouvernement. Plus de 50% des PMA ont connu des conflits armés ces dernières années.' Là, par exemple, La Libre aurait pu rappeler que le monsieur qui prononce ces belles paroles est le même qui avait fait pendre des malotrus qui se révoltaient contre l'exploitation et la pollution de leurs terres par la société pétrolière Shell. Lorsqu'il évoque le manque de droits de l'homme, il sait donc de quoi il parle. Pour lui, la bonne gouvernance, c'est de réprimer les conflits dans le sang avant qu'ils n'éclatent et qu'ils fassent obstacle à l'avancement du pays. Il y a encore James Wolfensohn, le président de la Banque mondiale, qui déclarait qu'il faut impliquer les communautés locales dans le développement, en disant : 'Il n'y a pas de développement avec un fusil sur la tempe'. Là aussi, un bon journal ajouterait qu'il le sait bien, puisque c'est précisément avec un fusil sur la tempe que la Banque mondiale accorde des prêts. Ca ne s'appelle évidemment pas 'fusil sur la tempe' mais 'ajustements structurels'. Le nom a changé depuis peu, mais la pratique reste la même. Ce n'est pas tout. Le même James Wolfensohn a appelé de ses vœux des réformes en matière d'infrastructure pour soutenir le développement : 'Il n'y a aucun sens à vouloir une ouverture au commerce si vous n'avez pas de port, de routes, d'entrepôts frigorifiques, pas de capacité d'exporter.' Et qui c'est qui va se charger de construire tout ça, à votre avis ? Des investisseurs occidentaux, évidemment, avec de l'argent prêté aux pays pauvres, dans le pire des cas. Par conséquent, il faut libéraliser l'investissement, en particulier dans le tiers monde, comme le prévoyait l'AMI, qui était un instrument d'exploitation du tiers monde. Bruxelles est pour une semaine le royaume du paradoxe qui tue.
Pour terminer, une déclaration passablement déprimante de Koffi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, lors de l'ouverture de cette conférence. Pour lui, ces réunions 'doivent être différentes de celles qui les ont précédées', et elles sont 'une dernière chance pour les populations qui ne veulent pas vivre de la charité'. Il me semble déjà avoir entendu ce genre d'imprécations, et je crains que ce ne soit lors du dernier sommet de La Haye sur le climat.
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Les zapatistes sont rentrés au Chiapas. Je vous avais parlé de la marche sur Mexico pour la dignité indigène, une marche de trois semaines qui avait mené des représentants de l'armée zapatiste de libération nationale (EZLN) sur la plus grande place de la capitale pour demander la restauration du dialogue avec le gouvernement. Pour cette reprise du dialogue, les zapatistes exigeaient trois gestes préalables de bonne volonté de la part du gouvernement et du nouveau président Vincente Fox. Ils demandaient la libération des prisonniers zapatistes, l'évacuation de 7 camps militaires au Chiapas - sur plus de 250 - et enfin, surtout, l'adoption par le parlement de la loi dite Cocopa. La Cocopa, c'est la commission de concorde et de pacification, qui avait négocié en 1996 un projet de loi avec le mouvement zapatiste. Cette loi, qui n'avait jamais été adoptée, reconnaissait notamment les peuples indigènes en tant que sujets de droit public, leur donnait une certaine autodétermination et reconnaissait leur droit à jouir de leurs terres et de leurs ressources naturelles. Cinq ans plus tard, cette loi n'était toujours pas votée, et sa revendication était l'un des principaux buts de la marche sur Mexico.
Après la marche, les zapatistes sont donc rentrés chez eux au Chiapas, et c'est un peu dans leur dos qu'une loi a finalement été votée. Je dis 'une' loi, puisque selon le président Fox, le fameux projet Cocopa est désormais voté, et par conséquent, le conflit armé est terminé. Par contre, les zapatistes ne voient pas du tout les choses de la même façon. Pour eux, le projet de loi original a été tellement amendé qu'il s'en est retrouvé mutilé, sans aucune concertation avec le mouvement indigène ou l'armée zapatiste. Ces derniers ne sont d'ailleurs pas les seuls à réagir avec indignation, puisque la direction de l'Institut national indigéniste, des membres de l'ancienne Cocopa et de nombreux universitaires et associations se joignent à eux pour crier leur désaccord. Il semble donc bien que la méfiance vis-à-vis de Fox était justifiée. Pour les zapatistes, la loi qui a été votée fin avril ne reflète en rien l'esprit des accords de San Andres qui avaient accouché de projet de loi Cocopa, et elle sabote le processus de rapprochement entre le gouvernement fédéral et l'armée zapatiste. Le sous-commandant Marcos parle même d'un divorce total, bref, les zapatistes ne sont pas contents du tout.
Ils ont décidé par conséquent d'interrompre tous les contacts avec le gouvernement et de ne les reprendre qu'après le vote de la loi telle que l'avait écrite la Cocopa. En attendant, ils restent en résistance et en rébellion. En clair, si rien ne bouge rapidement, on se retrouvera dans la situation qui a prévalu entre 1997 et 2000, sans paix ni dialogue, et avec une militarisation croissante des territoires indigènes. Bref, le retour à ce qu'on a appelé la 'guerre de basse intensité'. La seule différence, c'est que le président Fox a maintenant donné tous les gages de sa bonne volonté - c'est en tout cas comme ça qu'il présente les choses - et les zapatistes craignent par conséquent qu'il va lancer contre eux une campagne médiatique avant de passer à d'éventuelles provocations et agressions plus directes.
Bref, après une brève lueur d'espoir, les choses semblent de nouveau se détériorer. Par conséquent, les zapatistes appellent entre autres la communauté internationale à se mobiliser pour exiger que le gouvernement tienne ses engagements et reconnaisse constitutionnellement les droits des indiens et de la culture indienne. Donc, je compte sur vous pour vous mobiliser, et je vous tiendrai au courant des résultats.
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La nouvelle n'est plus toute fraîche, mais je n'avais trouvé la semaine dernière ni le temps ni l'espace pour vous en parler. Coup sur coup, les Etats-Unis viennent de se prendre deux claques bien senties sur la scène internationale. En un seul jour, ils ont été exclus de deux commissions très importantes : la commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève et le Conseil international de contrôle des drogues du Conseil économique et social des Nations Unies. Comme par hasard, il s'agit là de deux domaines dans lesquels les Etats-Unis se permettent de faire la leçon au reste du monde alors qu'ils induisent eux-mêmes des catastrophes.
L'exclusion du conseil de contrôle des drogues a fait peu de bruit parce qu'elle a été tenue secrète pendant une semaine. Notons juste que les Pays-Bas font partie de ce même conseil et risquent d'utiliser leur siège à meilleur escient que les Etats-Unis.
Par contre, tous les journaux ont parlé de l'exclusion américaine de la commission des droits de l'homme. Pour Philippe Paquet, dans La Libre Belgique, il s'agit là d'une cruelle ironie, puisque c'est justement cette année que les Américains avaient décidé de verser à l'ONU leurs arriérés de cotisation qui s'élèvent à plus d'un milliard de dollars. Une fois de plus, on constate que les Américains rechignent moins à claquer leur sous pour un jouet technologique inefficace et hors de prix que pour un dû à la communauté internationale qui leur coûte cent fois moins cher.
Ce qui s'est passé au sein de la commission des droits de l'homme, c'est que les autres pays en ont eu marre de l'arrogance américaine. Comme le vote était secret, des pays traditionnellement alliés des Etats-Unis ont osé voter contre leur présence dans le club. Il y avait trois places à occuper pour les pays occidentaux, et d'autres pays ont obtenu plus de voix que les Etats-Unis, qui avaient pourtant toujours siégé dans cette commission depuis sa création en 1947.
Evidemment, il ne faut pas voir dans ce vote un grand retournement vertueux. D'une part, il y a les ennemis traditionnels, comme la Chine ou la Libye, qui ont évidemment voté contre et qui ne sont pas tellement plus nets en matière de droits de l'homme. Les autres, les alliés traditionnels, se sont sans doute sentis irrités, selon Philippe Paquet, par quelques récentes décisions du nouveau président américain. On pense évidemment à la construction du bouclier antimissiles ou au refus de ratifier le traité de Kyoto sur le réchauffement climatique. Pour Philippe Paquet, il y a aussi le refus d'interdire les mines antipersonnel, de ratifier le traité instituant un tribunal pénal international et de signer la charte sur les droits de l'enfant. Des affaires plus anciennes donc, mais qui ont sans doute contribué à ce revirement.
Paquet a interrogé à ce sujet le président et le vice-président de la commission des Affaires étrangères du parlement chinois. En une phrase, le président de cette commission formule parfaitement ce qui dérange dans l'attitude des Etats-Unis en matière de droits de l'homme : 'A travers ce vote, on peut démontrer que l'exploitation des droits de l'homme par les Etats-Unis à des fins politiques, pour s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays et jouer le rôle d'un gendarme international, n'est pas acceptée par les pays du monde entier.' C'est bien de ça qu'il s'agit, donner une leçon aux donneurs de leçon. Il ne faut évidemment pas en conclure que la Chine est plus recommandable en matière de droits de l'homme que les Etats-Unis, mais c'est vrai qu'on n'a jamais entendu un dirigeant chinois se servir des droits de l'homme pour motiver ses politiques douteuses.
En conclusion de son article, Philippe Paquet remarque insidieusement que les Etats-Unis ont été virés au profit de la France, qui prend conscience ces jours-ci de son passé tortionnaire en Algérie, et de l'Autriche, dirigée par l'extrême droite. Philippe Paquet a l'air de le regretter, mais c'est sans doute parce qu'il choisit d'oublier toutes les violations des droits de l'homme dont se sont rendus responsables dans le monde les Etats-Unis depuis le début de la guerre du Vietnam. La France et l'Autriche ensemble ne leur arrivent même pas à la cheville…
Dans Le Soir, Pol Mathil fait la même analyse que son confrère de la Libre sur les raisons de l'éviction des Etats-Unis. Mais lui, il n'est pas content du tout. Tellement pas content qu'il consacre même un éditorial à cette affaire. Pour lui, il s'agit là d'un record du monde d'hypocrisie, puisque lors du même vote, le Soudan a obtenu un siège dans la commission des droits de l'homme. Rien à dire, le Soudan n'est pas un enfant de chœur. Pour Pol Mathil, le 'front du refus' se divise en deux camps : les bons et les mauvais. 'Les uns, animés par de bonnes intentions, croyaient pouvoir par ce geste lancer à l'adresse de la diplomatie américaine le signal de leur grande frustration provoquée par l'opposition systématique de Washington aux grandes idées de notre époque.' Et Pol Mathil de citer Kyoto, le bouclier antimissiles, et la cour de justice internationale. 'Les autres,' poursuit-il, 'comme la Chine, Cuba, le Sierra Leone, l'Algérie, la Libye ou la Russie, violeurs notoires des droits de l'homme, […] voulaient tout simplement se débarrasser d'un Etat qui […] essayait de les clouer régulièrement au pilori de l'opinion mondiale.' A lire Pol Mathil, les Etats-Unis ne seraient donc pas des violeurs notoires des droits de l'homme, mais plutôt l'ange gardien des opprimés dans les autres pays. Qu'il aille donc expliquer ça à des jeunes Américains qui se retrouvent en prison à vie pour avoir vendu un peu de shit ou avoir volé un morceau de pizza, ou alors à un paysan colombien empoisonné par la pulvérisation d'herbicide sur son champ de coca, ou alors à une Irakienne dont l'enfant est mort de faim, ou alors à un Serbe cancéreux suite aux bombardements à l'uranium appauvri, ou alors à bien d'autres encore. Cette vision manichéenne des bons et des mauvais est tout à fait indigne d'une analyse journalistique. Cela dit, c'est d'un éditorial du Soir que je suis en train de vous parler. Pol Mathil poursuit en imaginant que certains des pays qui ont voté contre les Etats-Unis l'ont fait par anti-américanisme primaire. 'On n'aime pas ceux auxquels on doit beaucoup,' explique Mathil, et 'on pardonne difficilement, surtout quand on est incapable de la payer en retour, une assistance comme celle que les USA ont apportée à l'Europe : le sacrifice lors de deux guerres mondiales, le Plan Marshall, le parapluie contre l'expansionnisme soviétique, l'aide incontournable lors de l'opération en principe européenne dans les Balkans.' Bref, si on n'aime pas les Américains pour tout ce qu'ils nous ont donné, on est ingrat. En conclusion, Pol Mathil estime que la commission des droits de l'homme s'est tiré une balle dans le pied, puisqu'elle ne risque pas, d'après lui, de fonctionner mieux sans les Etats-Unis qu'avec eux.
De mon côté, je suis prêt à prendre le pari qu'elle ne fonctionnera pas moins bien.
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Pol Mathil est apparemment très sensible à la propagande. D'après son éditorial, il semble qu'il croie au rôle noble que les Etats-Unis affirment jouer dans le monde. A mon avis, il n'a pas dû lire le livre d'Anne Morelli dont je vous parlais il y a quelques semaines, 'Principes élémentaires de propagande de guerre'. Dans ce petit livre, Anne Morelli énumère les principes d'hypocrisie que les nations en guerre ne manquent pas d'utiliser pour rallier l'opinion publique à leur funeste cause. Pour vous rafraîchir la mémoire, un tout petit extrait de son interview, dans lequel elle énumère quelques-uns de ces principes.
écouter l'extrait de l'interview d'Anne Morelli, 51'
Hier, mardi, l'Association des Téléspectateurs actifs recevait dans le cadre des midis de l'audiovisuel à la Fnac, Anne Morelli pour son livre, et Paul Germain, le présentateur de l'Ecran témoin à la RTBF. A l'époque de la guerre du Golfe, Germain était journaliste au JT et il avait couvert la guerre. Aujourd'hui, il avoue s'être fait manipuler, mais il hésite encore à adhérer pleinement à l'analyse de la propagande de guerre d'Anne Morelli.