Emission n° 24 du 2 mai 2001

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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.

Playlist :

- dEUS : A shocking lack thereof (In a bar, under the sea)

- Peter Hammill: Modern (The silent corner and the empty stage)

- Nina Hagen: African reggae (Unbehagen)

- Les Brochettes: Dans mon lit (Disco novo)

Textes et sons:

Cette semaine, nous examinerons, à travers quelques dossiers d'actualité, comment la presse francophone se comporte vis-à-vis de la famille royale. Que cela vous rassure ou que cela vous inquiète, nous constaterons qu'elle est, parfois à tort, plutôt polie et bienveillante. Nous verrons aussi comment La Libre Belgique parle des homos, non pas de l'homosexualité en général, mais des homos concrets et même célèbres, puisque Elio Di Rupo a discrètement fait son coming-out ces jours-ci. La morale chrétienne n'est jamais très loin, mais on s'y attendait. Nous tirerons aussi un petit coup de chapeau un peu inattendu au magazine anglais The Economist, qui a parlé la semaine dernière de Silvio Berlusconi de façon objective mais sans langue de bois, un fait suffisamment inhabituel pour être souligné. Et puis nous passerons en revue le n°4 de Pour Lire pas lu, le petit journal de critique des médias de Pierre Carles, qui s'acharne cette fois-ci sur Libération. Ce sera d'ailleurs l'occasion de vous donner des nouvelles de Pierre Carles, qui sort un film et qui en prépare d'autres.

* * *

L'actualité de la famille royale est très chargée ces dernières semaines. Pour commencer, la visite à Turnhout, il y a deux semaines, du prince Philippe et de la princesse Mathilde a failli tourner au drame, puisqu'ils ont échappé de justesse à un attentat. On voyait très bien, sur les images au ralenti diffusées au JT de la RTBF, les deux œufs, lancés simultanément, et qui ont manqué leurs cibles de moins de deux mètres. On a eu chaud, mais l'ange gardien du couple princier veillait. A noter que la police n'a pas laissé passer. Tout d'abord, elle a visionné toutes les images vidéo qu'elle a pu trouver, et elle a fini par identifier un suspect, un élu local du Vlaams Blok, qui a nié avoir lancé les projectiles dioxinés. Pour confondre le suspect, tout le quartier qui entoure les lieux du crime a été passé au peigne fin, et avec succès, puisque les limiers ont retrouvé une boîte d'œufs qui contenait encore quelques œufs. Immédiatement, la boîte a été envoyée à l'Institut national de criminalistique afin d'y relever les empreintes digitales et de les comparer à celle du suspect. En attendant les résultats de l'enquête, toute une nation retient son souffle.

Plus sérieusement, il y a eu également ces dernières semaines quelques affaires dans lesquelles la maison royale a joué un rôle, volontairement ou non. Il y a eu tout d'abord l'affaire du cloître d'Opgrimbie, qui a surtout fait des remous du côté flamand. Ensuite, une intervention de la Cour dans le procès des génocidaires du Rwanda, et enfin, la perquisition chez la princesse Liliane, au château d'Argenteuil, dans le cadre des travaux de la commission d'enquête sur l'assassinat de Patrice Lumumba.

L'histoire du cloître d'Opgrimbie est un micmac procédurier à peu près inextricable que je vais tenter de vous expliquer en vous épargnant les détails juridiques, ce qui n'est pas une mince affaire. En résumé, Baudouin et Fabiola possédaient à Opgrimbie, dans le Limbourg, un domaine avec villa d'environ 25 hectares, tout cela dans une zone classée verte à l'urbanisme. Dans sa très grande piété, feu le roi Baudouin a rédigé en 1992, soit l'année avant sa mort, un testament par lequel il donnait 14 de ces 25 hectares à l'évêché de Hasselt, à condition que ce dernier y construise un cloître pour les moniales de l'ordre de Bethléem, un ordre contemplatif. Evidemment, le brave Baudouin n'avait pas réfléchi au fait qu'il est interdit de construire en zone verte, et il n'avait pas prévu que quelques années après son trépas, un nouveau gouvernement flamand ferait appliquer au bulldozer les dispositions urbanistiques en vigueur. Les petites maisons de campagne détruites par les autorités flamandes ont fourni des images choc aux télévisions et ont laissé quelques traces dans l'opinion publique.

Après la mort de Baudouin, l'évêché a donc pris possession de son nouveau bien et a demandé, directement au ministre CVP Theo Kelchtermans, un permis de bâtir pour le fameux cloître. Pas de chichis, Kelchtermans, contre l'avis de l'administration de l'urbanisme, a accordé le permis et les travaux ont commencé, en toute illégalité, puisque la procédure adéquate n'avait pas été suivie et que le cloître n'avait rien à faire en zone verte. Des recours sont introduits par les habitants du coin, mais le Conseil d'Etat refuse de suspendre les travaux avant de statuer sur le fond, et les travaux peuvent donc se poursuivre pendant des années. En 1999, le Conseil d'Etat finit par rendre son avis sur le fond, négatif, et il fait donc arrêter les travaux d'un couvent qui est déjà à moitié achevé. Il revenait donc au ministre flamand de l'aménagement du territoire, le libéral Dirk Van Mechelen, de prendre une décision finale. Le vendredi 13 avril dernier, il a fini par accorder le permis de bâtir, alors qu'aucun parti du gouvernement flamand n'y était favorable. Je ne vais pas m'étendre ici sur tous les arguments de forme avancés par les uns et les autres pour contester ou soutenir la validité de cette décision. Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est l'attitude du monde politique, et aussi de la presse, vis-à-vis de la famille royale.

Dans la presse francophone, l'affaire n'a pas fait grand bruit, et c'est assez logique, puisqu'il s'agit d'une question purement flamande, et on sait à quel point ce qui se passe au-delà de la frontière linguistique indiffère les journalistes. Le Soir et La Libre Belgique ont donc chacun consacré un ou deux articles à cette affaire, mais ni l'un ni l'autre n'ont mentionné le rôle de la Cour dans l'évolution du dossier. C'est donc la presse flamande qu'il fallait lire pour mesurer tout le respect que porte la famille royale à l'état de droit et toute la servilité que lui témoigne le monde politique.

Comme je vous l'ai dit, tous les partis de la majorité flamande étaient contre la construction de ce couvent, même le parti libéral du ministre Van Mechelen. Jusque quelques semaines avant d'accorder le fameux permis de bâtir, ce dernier n'a même jamais caché à ses collègues du gouvernement flamand qu'il n'avait aucune envie de donner un avis favorable. Finalement, il a pris sa décision tout seul, mais en précisant que son avis positif laissait toute latitude à une nouvelle procédure devant le Conseil d'Etat. Entre les lignes, ça voulait donc dire : moi, je dis oui, mais de grâce, portez l'affaire devant un organe de décision plus indépendant que moi.

Comment se fait-il donc qu'un gouvernement et qu'un ministre qui sont opposés à une décision finissent par prendre cette décision ? Vous l'aurez deviné, dans toute l'évolution de ce dossier, le palais royal n'a pas chômé. Une enquête publiée la semaine dernière dans l'hebdomadaire Humo le confirme par la bouche d'un 'politicien de premier plan' resté anonyme pour les besoins de la cause. Pour ce politicien, la décision de Van Mechelen a été prise sous une pression constante du palais royal. La Cour a commencé par contacter directement, à deux reprises, des collaborateurs du ministre Van Mechelen pour discuter du dossier, mais sans succès. Les fonctionnaires étaient scrupuleux. Du coup, on est passé à la vitesse supérieure. Le palais a contacté personnellement le ministre-président flamand Patrick Dewael et le ministre Van Mechelen lui-même. Le message était clair : c'était une des dernières volontés de Baudouin, il fallait donc absolument qu'elle soit respectée, même si elle était totalement illégale. Finalement, celui qui a subi la pression la plus forte, c'est le premier ministre Guy Verhofstadt, et en loyal exécutant du VLD, Van Mechelen lui a obéi et a même accepté de prendre sur ses épaules le tollé qui ne manquerait pas de s'ensuivre. Pour le politicien anonyme cité par Humo, les motivations de Verhofstadt sont évidentes : c'est toujours le roi qui désigne les formateurs après les élections, et Verhofstadt n'avait pas l'intention de compromettre sa carrière future par un dossier aussi futile à ses yeux. Voilà donc comment fonctionne une monarchie moderne avec un roi qui a un rôle purement symbolique. Visiblement, les symboles sont parfois plus puissants que le suffrage universel.

Pour De Morgen, cette affaire ne fait aucun bien à la monarchie belge. 'Même si la famille royale a fini par obtenir son couvent,' écrit Yves Desmet, 'c'est la seconde fois que la Cour fait passer sa foi avant sa fonction,' une allusion à l'abdication temporaire de Baudouin pour éviter de signer la loi sur l'avortement. Pour Desmet, même le beau sourire de Mathilde ne pourra pas éviter que la popularité de la famille royale en prenne un coup. Une hypothèse optimiste, puisque ni le très catholique De Standaard ni la presse francophone n'ont mentionné les pressions de la famille royale, qui sont pourtant un secret de Polichinelle du côté de la rue de la Loi. Il n'y a donc pas que le monde politique qui s'incline devant la royauté et qui lui sacrifie tous ses principes. On finira par regretter le Matin et son irrévérence vis-à-vis de nos têtes couronnées.

Mais il n'y a pas que dans cette affaire-là que la Cour a exercé des pressions récemment. La construction d'un couvent en zone verte, ce n'est pas très bien, mais ça ne choque pas nécessairement dans un pays qui fait du contournement des lois et des petites fraudes en tous genres un sport national. A la limite, certains se diront que si Albert a pris son téléphone pour faire arranger ses bidons par ses copains en haut lieu, ça prouve bien qu'il est vraiment le roi des Belges. Par contre, lorsqu'il s'agit de génocide, on ne rigole plus. Selon un communiqué du Cercle républicain, la Cour verrait d'un très mauvais œil le fait que deux religieuses se retrouvent devant une cour d'Assises belge pour complicité de génocide. La famille royale a beaucoup de sympathie, on le sait, pour les religieuses en général, mais elle entretenait également des relations cordiales avec l'ancien régime hutu qui est responsable du génocide rwandais de 1994. Voici ce que dit le communiqué :

'Le procès de quatre suspects de participation au génocide rwandais qui vient de s'ouvrir à Bruxelles n'est, semble-t-il, pas du goût de tout le monde. Et particulièrement, le fait que puisse être mise en cause l'irréprochabilité de deux religieuses paraît irriter le Palais, lequel n'aurait pas hésité, selon un magistrat qui souhaite conserver l'anonymat, à téléphoner au Parquet pour tenter d'empêcher ce procès. Si ces informations sont exactes - et nous n'avons aucune raison de douter de la crédibilité de la personne qui nous les a transmises -, notre famille royale montre ainsi une fois encore, après l'interruption volontaire de règne de Baudouin et le scandale encore frais du couvent d'Opgrimbie, sa conception très particulière du rôle et des pouvoirs du chef de l'Etat. Faut-il le préciser, tenter d'intervenir dans le cours d'un procès, et a fortiori tenter de l'empêcher, cela se nomme "faire pression sur la justice" et c'est habituellement - et à juste titre - très, très mal vu. Qu'une monarchie qui se prétend moderne et dépourvue de tout pouvoir autre que symbolique croie pouvoir s'autoriser de tels agissements témoigne une fois encore du pouvoir d'influence que tente d'exercer le Roi à l'occasion, dans le secret des coulisses, hors de tout contrôle démocratique et au mépris des règles élémentaires d'un Etat de droit.'

Selon d'autres sources, c'est l'Opus Dei, qui a de bonnes relations au palais royal, qui aurait soufflé l'idée d'un coup de fil au parquet. Tout cela n'est évidemment pas confirmé, et pour cause. Le communiqué du Cercle républicain était adressé à la presse francophone, mais on voit mal qui pourrait se mettre à enquêter sur cette affaire après la disparition du Matin et du Journal du samedi. Gageons donc que vous n'en entendrez plus parler, à moins d'un ricochet en provenance de la presse flamande.

Pour conclure sur une note plus optimiste, on a aussi vu ces derniers jours que parfois, par mégarde, à l'initiative d'un individu, le parlement peut parfois faire preuve d'une certaine autonomie face aux prérogatives royales. La semaine dernière, la commission d'enquête parlementaire chargée de 'déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci', autrement dit la commission Lumumba, a repris ses travaux de plus belle. Comme on le sait, les commissions d'enquête parlementaires ont à peu près les mêmes prérogatives qu'un juge d'instruction, et la commission Lumumba ne s'est pas privée d'en faire bon usage. Elle avait déjà auditionné certains témoins, et elle soupçonnait quelques-uns d'entre eux de faire de la rétention de documents. Le président de cette commission, le député libéral flamand Geert Versnick, n'a donc pas hésité à mettre un magistrat sur le coup pour rédiger des mandats de perquisition afin de mettre la main sur ces précieux documents.

L'une des personnes perquisitionnées était l'historien Jo Gérard. Si vous regardez Télé-Bruxelles, vous le connaissez peut-être, c'est le vieux monsieur avec un nœud papillon qui racontait des anecdotes de l'histoire de Bruxelles. Une fois de plus, c'est De Morgen qu'il fallait lire pour apprendre les détails qui fâchent à son sujet. Dans La Libre Belgique, Jo Gérard se plaint amèrement de s'être fait traiter d'historien amateur, alors qu'il est tout de même titulaire d'un diplôme, mais c'est tout ce qu'on apprend à son sujet. De Morgen, pour sa part, révèle non seulement qu'il fut le confident politique de VDB pendant des décennies, mais aussi qu'il était, à l'époque de l'assassinat de Lumumba le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Europe Magazine, une publication d'extrême droite qui publiait régulièrement des articles ouvertement racistes. Il avait également mis sur pied, au Congo-Brazzaville, une radio qui émettait une propagande hostile à Lumumba.

Mais la perquisition qui a fait le plus de bruit, c'est celle qui visait Guy Weber. Guy Weber est un militaire en retraite, qui a joué un rôle primordial dans les événements qui ont suivi l'indépendance du Congo en 1960. Lorsque la Belgique a compris que Lumumba n'avait pas l'intention de filer doux, elle a organisé la sécession de la riche province minière du Katanga, pour être sûre de garder un accès aux richesses de son ancienne colonie. A la tête du Katanga, les Belges ont installé un gouvernement fantoche sous la présidence de Moïse Tshombé, dont le conseiller principal était précisément Guy Weber. Weber possède donc des documents qui intéressent au plus haut point la commission Lumumba ; seulement, il refusait de les remettre, et il a donc été perquisitionné. Le mandat portait sur son domicile et sur son bureau, et c'est là que les choses se corsent. Actuellement, et depuis de longues années, Weber est officier d'ordonnance auprès de la princesse Liliane, la seconde épouse du roi Léopold II. Il est en fait son bras droit et son plus proche conseiller. A ce titre, son bureau se trouve au château d'Argenteuil, qui est la demeure de la princesse Liliane. Le mandat de perquisition portait donc sur le domicile d'un membre de la famille royale.

Forcément, pour que les perquisitions soient efficaces, il fallait qu'un minimum de gens soient au courant. Geert Versnick, le président de la commission Lumumba, a joué le jeu comme il fallait et a fait preuve de la plus grande discrétion. Même les membres de sa commission n'ont été mis au courant qu'après les perquisitions. Finalement, il ne s'est pas passé grand-chose au château d'Argenteuil, puisque Weber a conduit de son plein gré les enquêteurs à son domicile, où il gardait ses documents, puis a montré son bureau d'Argenteuil à un inspecteur, qui s'est assuré qu'il n'y conservait rien d'intéressant. Il n'a donc pas été question d'une vraie perquisition, mais l'impudence de Geert Versnick a tout de même donné lieu à une tempête dans un verre d'eau dans les milieux politiques. Herman De Croo, par exemple, le président de la Chambre, n'était pas content du tout de ne pas avoir été mis au courant à l'avance.

Au risque de me répéter, c'est sans doute Yves Desmet, dans De Morgen, qui saisit le mieux l'ambiance, dans un édito dont je vous cite quelques passages. Il commence par faire allusion à l'affaire d'Opgrimbie. 'La famille libérale venait de courber l'échine et de mettre de côté tous ses principes sur l'égalité juridique de tous les citoyens, elle venait de sortir de sa manche des raisonnements juridiques tordus pour rendre service à la maison royale. Dirk Van Mechelen venait de s'exposer courageusement à une vindicte populaire justifiée pour une affaire indéfendable, uniquement pour rendre un peu plus cordiales les relations entre la Cour et le premier ministre. Et juste à ce moment-là, un gamin libéral gantois vient semer la zizanie en envoyant la justice fourrer son nez dans les palais.' Pour Yves Desmet, cette bravoure politique est 'une constatation rafraîchissante et une leçon plus que nécessaire pour une monarchie qui ne peut pas s'empêcher de temps à autre de montrer ses petits côtés ancien régime'. Cela dit, en fait de bravoure politique, Desmet relativise quelque peu le courage de Versnick en affirmant qu'on entendait dans sa voix, à la radio, qu'il était soudain douloureusement conscient du guêpier dans lequel il s'était fourré. Desmet conclut en postulant que la prochaine audience hebdomadaire de Verhofstadt au palais royal serait plus que probablement fichue. Quant à la presse francophone, comme elle n'avait pas révélé les pressions royales dans l'affaire du couvent d'Opgrimbie, elle ne pouvait évidemment pas souligner le contraste avec les perquisitions chez Liliane. Chez nous, le quatrième pouvoir n'égratigne jamais le pouvoir symbolique.

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Le scoop de la semaine, c'est une affaire de mœurs. Figurez-vous, chers auditeurs, qu'Elio Di Rupo, le président du parti socialiste, est homosexuel. Oui, vous avez bien entendu, ho-mo-sexuel ! Evidemment, comme le souligne Le Soir, ce scoop 'a l'allure d'un trompe-couillon', et le brouhaha médiatique qu'il a suscité en Flandre 'est d'autant plus ridicule qu'il s'agit là d'un secret de Polichinelle'. On se souvient de la diversion qui avait été créée de toutes pièces lors de l'affaire Dutroux et qui avait été pompeusement baptisée 'l'affaire Di Rupo'. Le brave Elio, au cours de ses sorties nocturnes dans le milieu homosexuel, aurait eu des relations sexuelles avec des mineurs, une accusation qui s'était dégonflée aussi vite qu'elle avait été lancée dans l'opinion publique par Herman De Croo, l'actuel président de la Chambre. Au passage, tous ceux qui ne le savaient pas encore avaient appris que Di Rupo était de la jaquette, mais Elio lui-même ne l'avait pas confirmé pour autant.

C'est désormais chose faite, puisqu'il a accordé une interview à ZiZo, un petit magazine homosexuel flamand, dans laquelle il révèle, même si c'est très discrètement, et par la bande, ce que tout le monde savait déjà. Comme le souligne tant De Morgen que Le Soir, Di Rupo reste très réservé et ne livre aucun détail sur sa vie privée. Son homosexualité n'est en fait que le filigrane d'une interview dans laquelle il s'épanche plus sur la situation politique des homosexuels, notamment sur le Pacs 'à la belge', le mariage et l'adoption. Tout cela est donc très serein et tout sauf sensationnel, et le Soir en conclut très justement : 'M. Di Rupo est homosexuel, un point c'est tout'. Le sujet n'est d'ailleurs traité que dans un petit article d'humeur en bas de l'une des pages intérieures du journal.

Pour La Libre Belgique, par contre, il fallait s'y attendre, les choses sont bien moins simples. En bon journal catholique, La Libre se doit à la fois d'être moderne et surtout tolérante, mais elle ne peut pas non plus heurter son lectorat conservateur et vieillissant, et il en résulte un malaise clairement perceptible. Jeudi dernier, la Libre consacrait à 'l'affaire' non seulement un article mais également son éditorial en page 2. Pour ce qui est de l'article, ça se gâte dès le départ. Le petit surtitre, 'Confession publique', annonce clairement la couleur. L'homosexualité est donc un 'péché' qu'il faudrait 'confesser'. Tout au long de l'article, c'est d'ailleurs une terminologie culpabilisante qui fustige en douce les mœurs si légères du pauvre Elio : il s'était jusqu'à présent bien gardé de 'reconnaître' explicitement son homosexualité en public, c'est la première fois qu'un homme politique belge de haut rang 'avoue' aussi ouvertement son homosexualité, etc. Heureusement, La Libre est allé nous chercher à l'UCL un spécialiste des médias qui nous rassure en expliquant que 'les tabous se lèvent' et que la tolérance 'par rapport à des comportements qui ne cadrent pas avec la norme généralement admise' est plus grande qu'il y a quelques années. S'il le dit, même les lecteurs de La Libre peuvent dormir tranquilles, il ne faut pas lyncher Elio.

Néanmoins, les ouailles de la Libre ne s'en tirent pas sans un petit sermon maison, pour bien montrer que la tolérance, c'est bien, mais attention quand même. En apparence, Francis Van de Woestyne, le prédicateur de service qui signe l'éditorial, se réjouit de cette ouverture. 'C'est à la fois un signe d'une certaine décrispation des mentalités,' écrit-il. 'Il faut s'en réjouir.' Mais, poursuit-il en guise d'avertissement, 'cela peut aussi être une manière d'utiliser sa vie privée à des fins politiques. C'est plus inquiétant.' Ensuite, Van de Woestyne va démontrer avec brio qu'il ne connaît rien à l'homosexualité, il en a tout au plus vaguement entendu parler. Pour lui, Di Rupo a le bon goût, dans cette interview, de se poser 'non pas en exemple, mais en homme libre qui a choisi un style de vie parce qu'il correspondait à ses aspirations personnelles'. Et il développe dans la foulée l'inquiétude qu'il exprimait en préambule : 'même si ses propos sont posés, on ne peut se départir de l'impression qu'il utilise ainsi sa vie privée pour influencer les débats en cours dans deux dossiers éthiques particulièrement délicats : le mariage des homosexuels et l'adoption d'enfants par les homosexuels. Nous avons déjà dit ici les innombrables réticences que ces deux propositions nous inspiraient. Si un homme politique se déclare partisan de telle ou telle modification dans l'organisation de la société, ce doit être pour des raisons politiques et non pour mettre la loi en concordance avec ses choix personnels.' J'aurais cherché à vous illustrer l'esprit jésuite, je n'aurais jamais pu faire aussi bien.

Donc, primo, l'homosexualité serait un choix. Pourtant, dans le même édito, on apprend que les homos cachent souvent leur orientation sexuelle 'de peur d'être jugés hâtivement', et que des familles peuvent parfois s'en trouver 'bloquées par des années de secret'. Pourquoi ces gens qui ont librement choisi de préférer un partenaire de même sexe auraient-ils honte de ce choix, si ce choix en était réellement un ? L'édito ne fournit aucune explication.

Deuxio, quand un politicien doublé d'un pédé fait des déclarations, ça doit forcément être pour vicieusement en tirer quelque avantage. Dans le cas d'Elio, c'est pour influencer le débat public 'pour mettre la loi en concordance avec ses choix personnels'. D'accord, c'est tout à fait scandaleux. On attend donc la Libre Belgique au tournant la prochaine fois. Imaginons qu'un homme politique, hétéro celui-là, et de préférence issu de l'opposition PSC, parle incidemment de ses enfants dans Le Ligueur, le petit journal de la Ligue des Familles. Ce jour-là, si La Libre veut garder sa crédibilité, il faudra qu'elle sorte le grand arsenal : au moins un article plus un édito. Il faudra parler de 'confession publique' et d'aveux. Et malheur à lui s'il 'avoue' également être en faveur d'une augmentation des allocations familiales. La Libre se parera alors de toute sa vertu pour lui seriner que 'Si un homme politique se déclare partisan de telle ou telle modification dans l'organisation de la société, ce doit être pour des raisons politiques et non pour mettre la loi en concordance avec ses choix personnels'. Par extension, si vous êtes humains, ne vous mêlez pas d'écrire des lois pour les humains, vous seriez partie prenante et ça ferait mauvais genre.

Pour terminer, et pour ne pas lâcher Elio sans lui administrer un dernier coup sous la ceinture, Francis Van de Woestyne le met en garde : 'En expliquant ouvertement son style de vie, Elio Di Rupo autorise implicitement les observateurs à s'intéresser à sa vie privée. Il lui sera bien difficile à l'avenir de regretter l'une ou l'autre intrusion dans sa sphère personnelle dès lors qu'il en a ouvert la porte.' Même chose que précédemment, on attend le même commentaire la prochaine fois qu'un politicien 'avouerait' être hétéro, voire même avoir des enfants. Dans le cas précis de Di Rupo, on notera encore que certains observateurs mal intentionnés n'avaient pas du tout attendu sa 'confession' pour s'intéresser à sa vie privée et faire intrusion dans sa sphère personnelle. Dans son cas, le mal est déjà fait.

La conclusion de l'édito reste dans le même ton : 'C'est une question de choix. Ici encore, Elio Di Rupo a choisi.' Ce grand essai moraliste s'intitulait d'ailleurs : 'Le choix d'Elio Di Rupo'. Pas grand-chose à ajouter à tant de sagesse. Allez dans la paix, croissez et multipliez-vous. Ite missa est.

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Le coup de chapeau de la semaine va à l'hebdomadaire anglais The Economist. Cette publication très respectable, comme disent les gens respectables, n'a rien d'un pamphlet, mais il écrit tout haut, dans son dernier numéro, ce que beaucoup de publications respectables pensent tout bas. En couverture, cette phrase : 'Pourquoi Silvio Berlusconi est indigne de gouverner l'Italie'. Ca a le mérite d'être clair.

Parce qu'en effet, vous le savez sans doute, Silvio Berlusconi est de retour, enfin il risque d'être de retour dès le 13 mai, date des prochaines élections législatives italiennes. Il revient, et il est plus Berlusconi que jamais. Encore plus bronzé qu'avant, encore plus riche qu'avant, avec un programme politique encore moins épais qu'avant, et des alliés encore plus fachos qu'avant. Cette fois-ci, il a passé, notamment en Sicile, un accord électoral avec le parti fasciste MSI-Fiamma tricolore. Sa coalition, la 'Maison des libertés', comprend d'ailleurs aussi la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, qui n'a pas arrêter de régresser ces dernières années vers une droite encore plus à droite et une xénophobie encore plus xénophobe. Et le pire, c'est que ça marche. Même si son avance dans les sondages a eu tendance à s'amenuiser, la 'Maison des libertés' a fait toute la course en tête, et Berlusconi a donc de bonnes chances d'être élu le 13 mai.

Toutes les raisons donc de s'inquiéter, comme le fait The Economist dans son dossier de 5 pages couronné d'un éditorial qui a le mérite d'être clair. Quelques citations :

'Sans même prendre en compte les questions sans réponse, les fait connus sur Silvio Berlusconi l'excluent d'un mandat politique national. […] Dans n'importe quelle démocratie qui se respecte, il serait impensable que l'homme sur le point d'être élu premier ministre ait été récemment l'objet d'une enquête pour, entre autres choses, blanchiment d'argent, complicité de meurtre, liens avec la mafia, évasion fiscale, et corruption de politiciens, de juges et d'agents du fisc. […] Berlusconi n'est pas digne de diriger le gouvernement de quelque pays que ce soit, ni a fortiori de l'une des démocraties les plus riches du monde. […] Pesant probablement 14 milliards de dollars [soit 630 milliards de FB], il est étroitement lié à de vastes pans de la finance, du commerce et de la télévision en Italie, avec des ramifications vers la quasi-totalité des domaines des affaires et de la vie publique ; son empire englobe les banques, les assurances, l'immobilier, l'édition, la publicité, les médias et le football. […] S'il gagne à nouveau le 13 mai, il contrôlera un bon 90% de toutes les chaînes de télévision nationales. Il n'a pas fait le moindre effort pour résoudre ce conflit évident. […] Quoi qu'il en soit, l'élection de M. Berlusconi au poste de premier ministre serait un jour noir pour la démocratie et l'état de droit en Italie.'

Voilà un éditorial bien tranché, même s'il reste tout à fait objectif sur le fond. On peut évidemment spéculer sur la question de savoir ce qui pousse une publication plutôt portée sur l'économie et les affaires, et qui a une sympathie évidente pour le capitalisme et la réussite en affaires, à prendre des positions si nettes contre un homme qui est l'incarnation même de la réussite en affaires. Sans doute est-il trop proche de la caricature, il pourrait nuire à l'image du monde des affaires… Quelles que soient les motivations de l'Economist, on ne peut qu'être d'accord avec lui sur ce coup-là, et saluer sa vision du journalisme sans langue de bois. On a du mal à imaginer un langage aussi clair dans, par exemple, La Libre Belgique ou le Vif/l'Express, qui pourraient certainement en prendre de la graine.

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Le numéro 4 de Pour lire pas lu est sorti depuis un petit temps déjà. Cette fois-ci, la cible principale du petit journal teigneux de Pierre Carles, c'est Libération. Comme toujours, la prose de PLPL est virulente voire haineuse, mais bien torchée, jugez-en vous-mêmes d'après ces petits extraits de l'introduction au dossier : 'Libération est un miracle : mal fait, mal écrit et malfaisant, il conserverait quelques acheteurs au moment où PLPL est mis sous presse. Mais les miracles n'ont qu'un temps : ses vieux lecteurs trépassent et la diffusion coule. […] Libération expire. […] Une équipe héroïque de PLPL a néanmoins décidé, avant qu'il ne soit trop tard, d'autopsier, pour l'histoire, les lambeaux de papier putréfiés de Libé.'

L'autopsie de Libé est éclairante, il faut bien l'avouer. Comme toute bonne critique de la presse, le dossier de PLPL juxtapose des citations de Libération et de son principal inspirateur, Serge July. On sait que les médias, éphémères par nature, trouvent dans le temps qui passe un précieux allié pour faire oublier ce qu'ils disaient hier afin de mieux faire passer le fait qu'ils racontent souvent le contraire aujourd'hui. Impitoyablement, PLPL a replongé aux sources de Libé et dans son histoire, et l'alignement est révélateur. Voici ce que disait le Manifeste de Libération lors de sa création, fin 1972 : 'Peuple, prends la parole et garde-la ! Aujourd'hui, la presse quotidienne donne la parole au patronat, aux politiciens, aux puissants, qui d'ailleurs financent cette presse, et elle se contente, quand elle ne peut pas faire autrement, de citer des bouts de phrases d'ouvriers et de paysans. Le quotidien Libération donnera la parole au peuple et citera des bouts de phrases de puissants. Quand un rédacteur servile de la presse quotidienne, pour prendre l'air du temps, ira discuter avec un député ou avec un directeur de cabinet, le journaliste de Libération, lui, ira discuter avec les gens, jeunes et vieux, avec des membres de comités de lutte d'atelier, de mal-logés…' Dès 1978, Libé se proclame 'libéral-libertaire', mais garde néanmoins des principes d'autogestion, énoncés comme suit par Serge July : 'Pas de hiérarchie des salaires, l'assemblée générale est souveraine pour les grandes décisions, Libération vit exclusivement de ses ventes. Si Libération fonctionnait autrement, je ne donnerais pas cher de son point de vue "libertaire".' En 1981, July vire la moitié de l'équipe et s'accorde les pleins pouvoirs. L'année suivante, c'est l'apparition de la pub et de la hiérarchie des salaires. Un an plus tard encore, le quotidien ouvre son capital. En cinq ans, July a donc renié tout ce qu'il proclamait en 1978. Comme l'écrit PLPL, la ligne est désormais libérale-libérale, et July ne vend plus un journal à des lecteurs, il vend, comme les autres médias, un lectorat à des annonceurs. De plus en plus aussi, Libé se met à travailler avec la télévision et comme la télévision. D'après un collaborateur de July, à partir d'une certaine époque, 'dans le bureau de Serge, on ne faisait la une qu'à huit heures et demie', c'est-à-dire après le journal télévisé. Serge July devient un des chouchous du tout-Paris médiatique, une star de cette connivence journalistique que dénonce si bien Serge Halimi.

Sur le fond de l'info, les reniements se situent sur tous les plans. Sur le plan économique, parti d'un point de vue alternatif, Libé prend dans les années 80 résolument la voie libérale, qui est d'ailleurs celle du reste de la presse. A tel point qu'en 1993, Laurent Joffrin, ancien directeur de la rédaction pouvait dire, rétrospectivement : 'On a été les instruments de la victoire du capitalisme dans la gauche.' Sur le plan politique, Libé avait commencé anti-impérialiste et pacifiste, il est aujourd'hui plus va-t-en-guerre et plus américanophile que les autres. C'est avec enthousiasme que le quotidien de July a soutenu la guerre au Kosovo, comme le reste de la presse. Dès les années 80, Libé s'était très mal tiré d'une étude comparative sur la ligne politique et l'esprit critique de la presse européenne. Il s'agissait d'une comparaison de la couverture réservée aux élections au Salvador d'une part, et au Nicaragua de l'autre, des élections qui comportaient de grands enjeux idéologiques. De tous les journaux européens examinés, Libé s'en est le plus mal tiré. Pour Noam Chomsky, sur ce coup-là, Libé était 'super-reaganien, allant au-delà des pires journaux des Etats-Unis dans son adhésion à la propagande du gouvernement américain'.

Structurellement, le reniement est encore plus cruel. Parti d'un système d'autogestion, Libé fait passer entre 1983 et 1996 80% de son capital des mains des salariés au portefeuille de gros actionnaires industriels. Ce qui est rigolo surtout, c'est la rhétorique sur l'indépendance qui accompagne cette évolution. A chaque prise de participation d'un industriel, Libération affirme que son indépendance s'en trouve renforcée. Exemple : lorsque Jérôme Seydoux, l'un des grands capitaines d'industrie française, acquiert 65% du capital de Libé, et donc un contrôle total, Serge July parle sans rire de la signature d'un 'pacte d'indépendance visant à préserver l'intégrité rédactionnelle de Libération'. Quand on connaît sa conception de l'indépendance journalistique, on ne peut d'ailleurs que lui donner raison. Pour lui, 'l'indépendance, c'est très simple : il faut que ça marche, il faut gagner de l'argent'. Encore une ou deux citations de Serge July pour peaufiner le portrait, et vous l'aurez cerné. En 1987, par exemple, il disait : 'si vous me dites que je suis un journaliste de gauche, je vous réponds non ! et je suis scandalisé quand vous me dites ça.' En 2000, il estimait que 'les héros récurrents de ces vingt dernières années sont dans le réel des entrepreneurs privés'. Quand on se souvient des grandes résolutions des débuts de Libé, auxquels July avait d'ailleurs lui-même participé, on mesure tout le chemin parcouru.

Si vous voulez connaître les détails des reniements de Libé et lire d'autres critiques des médias tout aussi virulentes, courez acheter PLPL qui est en vente au cinéma Nova au 3, rue d'Arenberg à Bruxelles.

Toujours à propos de Pierre Carles, signalons la sortie, en France pour l'instant, de son nouveau film, intitulé 'La sociologie est un sport de combat'. Il s'agit d'un portrait de Pierre Bourdieu, et Pierre Carles l'avait évoqué lors de l'entretien que j'avais eu avec lui à la fin de l'année dernière.

écouter l'extrait de l'interview de Pierre Carles, 31"

Carles a donc suivi Bourdieu dans son travail pendant trois ans, et il en a distillé un film de près de deux heures et demie. Une fois de plus, vous ne verrez pas ce film à la télévision, puisque toutes les chaînes, y compris Arte, l'ont refusé tout net. Pourtant, on ne peut pas dire qu'on voit trop souvent Pierre Bourdieu à la télévision. D'une part, il a écrit un petit livre intitulé 'Sur la télévision' qui n'est évidemment pas tendre pour la télé et le monde qui gravite autour. Mais d'autre part, lorsqu'il est invité à la télé, par extraordinaire, il reste conséquent et il refuse s'il n'est pas d'accord avec les conditions de l'émission, ce qui est généralement le cas. Résultat, Bourdieu est un grand sociologue reconnu dans sa discipline dans le monde entier, mais presque totalement inconnu du public francophone. Quand les médias parlent de lui, c'est pour dire du mal. Par exemple, un hebdo français a publié un jour un dossier sur lui pour l'attaquer, et il l'avait mis en couverture avec le titre : 'Bourdieu, l'intellectuel le plus puissant de France'. Un peu comme si on disait que BHL est l'intellectuel le plus irrévérencieux de France. Par contre, quand il y aurait des fleurs à lui lancer, la presse est aux abonnés absents. Quand Bourdieu a obtenu à Londres la médaille Huxley, qui est l'équivalent en anthropologie du prix Nobel, le Monde n'y a pas consacré la moindre ligne. Son titre à la une saluait une victoire française au SuperGéant de Val d'Isère.

Cette cruelle absence valait donc bien un film sur Pierre Bourdieu, qui a été rendu possible grâce au succès de 'Pas vu pas pris', le précédent film de Carles, qui avait fait 170.000 entrées en dépit du boycott médiatique. Si son nouveau film connaît lui aussi le succès, cela permettra l'auto-production de ses deux prochains films qui sont déjà en chantier, dont 'Volem rien foutre al pays', un film sur le refus du travail, dont Pierre Carles avait également parlé en décembre.

écouter l'extrait de l'interview de Pierre Carles, 1'20"

'La sociologie est un sport de combat' bénéficie dès le départ d'une sortie nationale en France via un réseau de distribution indépendant. Par contre, en Belgique, il faudra faire preuve de patience. Chez nous, c'est une fois de plus le cinéma Nova qui se fera l'allié de Pierre Carles, mais il faudra attendre le mois de septembre pour que le film sorte à Bruxelles.

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