Emission n° 23 du 25 avril 2001

Les sons de l'émission sont en RealAudio. Si vous n'avez pas encore le plug-in RealAudio, téléchargez-le (la version 8 basic, en bas de page au milieu, est gratuite).

Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.

 

Playlist :

- Mano Solo : Y'a maldonne (Les années sombres)

 

Textes et sons:

Dans l'émission d'aujourd'hui, c'est surtout l'actualité du Collectif contre les expulsions qui retiendra notre attention. Entre une action mouvementée au cabinet du ministre Vande Lanotte, une série de procès à venir et la création d'un comité de soutien aux inculpés, il y a pas mal de choses à en dire, et nous y consacrerons tout l'espace nécessaire.

Pour le reste, nous examinerons encore le discours sur la mondialisation de nos deux grands quotidiens, à travers la fin du procès des médicaments génériques en Afrique du Sud d'une part, et le sommet des Amériques à Québec de l'autre. Désolé de vous décevoir d'avance, mais le Soir et la Libre ne nous réservent pas de grandes surprises.

* * *

Le Collectif contre les expulsions, j'ai déjà eu l'occasion de vous en parler dans cette émission, notamment lors de l'incarcération de Pascal Marchand. Pour des faits mineurs lors d'une manifestation de protestation contre l'expulsion collective de 74 Tziganes, il avait été jeté en prison et avait subi les mauvais traitements des flics et des matons pendant une dizaine de jours, avant d'être libéré lors d'une audience suivie au palais de justice par plusieurs centaines de sympathisants. Il avait été relâché, mais son procès sur le fond doit encore avoir lieu, et la date est fixée au 4 mai prochain. 17 autres militants du collectif sont également poursuivis pour des faits semblables, commis lors de diverses manifestations contre la politique gouvernementale en matière de réfugiés et de centres fermés, et leurs procès aussi auront lieu prochainement.

Mais pour prendre les choses dans l'ordre chronologique, les premiers à comparaître, hier mardi, c'étaient les gendarmes qui avaient étouffé Sémira Adamu, une réfugiée nigériane de 20 ans, lors d'une tentative de déportation. Ils comparaissaient hier devant la chambre du conseil, qui a reporté l'affaire au 18 mai. Mais d'ores et déjà, on a appris que le parquet ne demande plus la poursuite des trois gendarmes pour infraction à la loi sur le racisme, au grand dam de la Ligue des droits de l'homme, qui s'était constituée partie civile dans cette affaire. Le seul chef d'accusation qui reste, c'est 'coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner'. Tout indique donc que la justice saura se montrer indulgente avec les gardiens de la paix, ou les représentants de l'ordre, comme vous préférez. Il faut dire que, tout comme de nombreux bourreaux nazis, les trois agents ne faisaient qu'appliquer - avec un excès de zèle, il est vrai - des directives, des procédures et des ordres qui venaient d'un échelon supérieur. La procédure du coussin, par exemple, qui est la cause directe de la mort de Sémira Adamu. Cette procédure stipule que si un candidat réfugié débouté tente de résister à sa déportation, les gendarmes qui le tiennent en respect ont le droit de lui appliquer un coussin sur la figure pour le calmer. Il n'a qu'à respirer par les oreilles. Cette fameuse procédure du coussin avait été rétablie par Johan Vande Lanotte lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, et ce dernier est donc politiquement responsable de la mort de Sémira Adamu. Au départ de la procédure, d'ailleurs, le parquet avait envisagé de poursuivre les responsables des échelons supérieurs, à savoir Johan Vande Lanotte, mais aussi Louis Tobback, qui était à l'époque des faits ministre de l'Intérieur. Finalement, le parquet à renoncé à ce projet un peu trop audacieux pour lui.

En vue du passage des gendarmes devant la chambre du conseil, le Collectif contre les expulsions a tenu à protester, vendredi dernier, contre l'abandon des poursuites contre les autres responsables. Pour le collectif, il faut non seulement poursuivre les deux ministres, mais aussi le pilote de l'avion Sabena à bord duquel Sémira avait trouvé la mort. Le pilote est seul maître à bord de son avion, et il a le droit de refuser de transporter un réfugié qui se fait déporter, a fortiori s'il estime que la violence qui est déployée à cette occasion peut mettre en danger la sécurité du vol. Plusieurs pilotes l'ont déjà fait, et plusieurs pilotes refusent même systématiquement de prendre le départ avec à bord un réfugié expulsé contre sa volonté. Ils estiment, à juste titre, que leur métier ne consiste pas à se rendre complices de déportations de réfugiés vers des pays qui ne leur veulent pas que du bien.

Pour protester contre le fait que ce soient une fois de plus les lampistes qui se retrouvent devant la justice, une petite vingtaine de membres du Collectif contre les expulsions sont allés occuper, vendredi dernier, le cabinet du ministre Vande Lanotte, qui est aujourd'hui ministre du Budget et de l'intégration sociale. Arrivés tôt le matin, ils ont occupé les locaux du ministère pendant toute la matinée, après avoir déroulé sur la façade un calicot qui demandait justice pour Sémira. Comme ils n'avaient pas l'air décidés à bouger de là, le procureur du Roi Benoît Dejemeppe s'est rendu sur place pour négocier avec eux la levée de l'occupation. En échange d'une arrestation purement administrative et limitée dans le temps, ils ont accepté de lever le siège un peu après midi.

Sur place, il y avait également Raf Custers, journaliste professionnel, qui était là avec une caméra vidéo pour couvrir l'événement pour Indymedia. Pour lui, les choses ne se sont pas trop bien déroulées.

écouter le récit de Raf Custers, 11'18

Manque de bol pour les autorités, Raf Custers est non seulement journaliste professionnel, mais il est également membre du conseil d'administration de la branche flamande de l'AGJPB, l'association des journalistes professionnels. Son communiqué, dont parlait Raf, a été publié ce mardi dans De Standaard. Dans ce communiqué, l'association proteste contre le traitement brutal réservé à un journaliste dans l'exercice de ses fonctions et contre la confiscation de son matériel, qui n'a d'ailleurs toujours pas été restitué. De plus, le communiqué souligne que la question de la carte de presse ne change strictement rien à l'affaire.

Dans la presse, cette action a connu un traitement très divers. De Morgen, pour une fois, est complètement à côté de la plaque, et reproduit fidèlement la version de la porte-parole de Vande Lanotte, qui reproduisait sans doute elle-même la version de la gendarmerie. Selon De Morgen, à l'ouverture des bureaux du ministère, l'un des activistes s'est présenté à la réception, carte de presse et caméra à la main, en se faisant passer pour un journaliste. C'est dans son sillage que les membres du collectif se sont frayé un passage vers les bureaux du ministère. L'allusion à Raf Custers est évidente, mais tout à fait fantaisiste, puisque Raf n'est arrivé sur les lieux qu'après le début de l'action. Du coup, on a du mal à croire le reste du récit, qui fait état de comportements violents, d'armoires et de bureaux détruits, etc. A en croire la version de la porte-parole de Vande Lanotte, on aurait l'impression qu'il s'agissait d'un commando terroriste.

La Libre Belgique, pour sa part, est tout à fait lapidaire : juste une petite brève. Alors que De Morgen avait au moins pris la peine de citer un membre du collectif, la seule citation qu'on retrouve dans la Libre est du procureur du Roi, qui a déclaré : 'La justice ne se rend pas dans la rue, ni le procès du Rwanda, ni celui de Sémira Adamu.' La brève de la Libre se conclut en précisant que les manifestants 'ont été entendus par la police', un euphémisme pour dire qu'ils ont été emmenés au poste pour interrogatoire pendant plusieurs heures.

Pour une fois, c'est Le Soir qu'il fallait lire pour obtenir une information équilibrée, dans un article signé Martine Vandemeulebroucke. Outre tout ce que je vous ai déjà expliqué, l'article souligne le contraste entre la légèreté des poursuites contre les responsables de la mort de Sémira Adamu et le traitement que subissent ceux qui osent s'insurger contre les expulsions et les centres fermés : 18 membres du collectif sont poursuivis sous 22 chefs d'inculpation, rappelle Martine Vandemeulebroucke.

Justement, devant cette situation délicate pour les membres du collectif, et devant ce contraste choquant, un comité de soutien aux inculpés du collectif contre les expulsions a été mis en place et présenté à la presse ce lundi. Une pétition de soutien circule déjà sur Internet. Un bon millier de personnes de tous horizons l'ont déjà signée, et les signatures continuent d'affluer. Apparemment, la mobilisation est forte, et notamment dans le monde académique, puisque deux des initiateurs de ce comité sont Mateo Alaluf, professeur de sociologie à l'ULB, et Isabelle Stengers, philosophe des sciences. Mateo Alaluf, que j'ai interviewé hier, nous explique les raisons d'être de ce comité de soutien.

écouter l'interview de Mateo Alaluf, 5'53

A l'occasion de la conférence de presse, j'ai également pu rencontrer les inculpés du collectif. Nous allons écouter Justine, qui parle notamment des conséquences d'une telle inculpation et d'une éventuelle condamnation, mais la parole est d'abord à Daniel Liebmann.

écouter les interviews de Daniel Liebmann et de Justine, 20'03

Vous l'avez entendu, les militants du collectif sont inculpés de choses parfois originales comme 'entrave méchante à la circulation' ou 'menace par geste', chefs d'inculpation qui reflètent des futilités mais qui sont poursuivis très promptement et sévèrement. Certains de ces chefs d'inculpation datent d'ailleurs de la répression du mouvement ouvrier du 19ème siècle. Sans vouloir préjuger de leur affaire, on espère que les gendarmes responsables de la mort de Sémira Adamu seront jugés avec la même sévérité. Pour les militants du collectif, les preuves concrètes sont extrêmement ténues, mais toutes les accusations sont alourdies 'par la circonstance que l'action a été commise en bande et par suite d'un concert préalable'. Evidemment, les inculpés revendiquent ces actions, et ils ne les regrettent en rien, ce qui ne fait qu'aggraver leur cas aux yeux des autorités. Ils estiment que le procès qu'on leur fait est politique, et ils comptent donc opposer une défense politique, dans la logique du procès de rupture, qui consiste à contester le bien-fondé des lois qui sont invoquées pour intenter le procès. En l'occurrence, les militants du collectif tenteront de dénoncer devant le tribunal la politique de détention et d'expulsion des sans-papiers plutôt que de chercher à se disculper de ce qu'on leur reproche. Dans cette logique-là, il est évidemment capital que le procès connaisse un retentissement suffisant dans l'opinion, et ce sera l'un des soucis du comité de soutien qui s'est constitué.

A ce propos, même constat dans la presse que pour l'action de vendredi dernier chez Vande Lanotte, sauf que La Libre Belgique fait encore mieux. Cette fois-ci, elle parvient même à ne pas dire un mot de la constitution du comité de soutien. Juste 3 lignes en page 2, mardi, pour dire que c'était ce jour-là que les gendarmes responsables passaient en chambre du conseil. Comité de soutien, connais pas. Une fois de plus, c'était beaucoup mieux dans le Soir, même si Bénédicte Vaes, qui n'était pas présente à la conférence de presse, s'est contentée de reproduire des extraits du dossier de presse, avec une petite erreur factuelle ici ou là. Mais au moins, Le Soir n'a pas choisi d'ignorer le sujet comme LLB.

Le prochain rendez-vous du Collectif contre les expulsions aura donc lieu le 4 mai, soit vendredi en huit, pour le procès de Pascal Marchand. On apprendra à cette occasion si cette affaire sera jugée conjointement avec les autres, comme le demandent les avocats de la défense, et je vous tiendrai bien entendu au courant du déroulement de tous ces procès.

* * *

Une fois n'est pas coutume, on a appris cette semaine une bonne nouvelle. Les sociétés pharmaceutiques ont retiré leur plainte contre l'Etat sud-africain. Je vous avais parlé de cette affaire il y a environ deux mois, et elle a été largement commentée dans les médias. En résumé, une coalition de multinationales pharmaceutiques attaquait en justice l'Etat sud-africain pour s'opposer à une loi de 1997 qui permettait à ce pays, qui est le plus durement touché par le sida, d'importer des médicaments génériques pour prolonger de 10 ou 20 ans la vie de ses 4 millions de séropositifs, soit une personne sur neuf. Les médicaments génériques, ce sont ces copies de médicaments de marque qui ne coûtent qu'une fraction du prix des originaux, puisque les originaux incluent dans leur prix l'amortissement du coût de la recherche, tandis que les génériques ne coûtent que le prix de leur fabrication. Seulement, les médicaments de marque sont protégés par des brevets pendant 20 ans, et il est interdit d'en faire des copies génériques. C'était donc un peu un combat entre l'argent des multinationales et la santé publique en Afrique du Sud. Seulement, l'annonce de ce procès a tellement indigné l'opinion publique mondiale, qui s'est mobilisée de façon massive, que les laboratoires pharmaceutiques ont cédé à la pression et ont retiré leur plainte. Le monde entier, ou presque, a jubilé. Seuls les marchés financiers ont fait la moue, et le cours des actions des sociétés concernées a connu une baisse. On s'en serait douté.

Ce qui est intéressant, c'est de voir comment nos journaux ont parlé de ce retournement. La Libre Belgique ménage la chèvre et le chou, comme à son habitude. Dans son édito consacré à ce sujet, Laurence Dardenne affirme que 'Tout le monde a gagné'. Le gouvernement de Pretoria, bien entendu, les séropositifs et les malades du sida, à terme seulement, mais aussi les multinationales. D'une part, parce qu'elles ont redoré leur blason qui était en passe d'être terni. A mon avis, elles mettront encore longtemps à le redorer pour de bon, et elles n'ont rien gagné de ce côté-là, mais passons. Mais les multinationales ont gagné aussi et surtout, d'après la Libre, parce qu'elles se sont bien assurées auprès du gouvernement sud-africain que la loi sur les médicaments génériques ne contreviendrait pas aux règles internationales sur les brevets. Ce qui est curieux, c'est que dans l'article qu'elle signe à l'intérieur du journal, la même Laurence Dardenne dit exactement le contraire : elle écrit que l'industrie pharmaceutique 'a dû battre en retraite sans gloire', et essaye simplement de sauver les pots cassés en tentant 'de présenter l'abandon des poursuites sous le meilleur jour possible'. En effet, explique Laurence Dardenne, la promesse du gouvernement de respecter les règles internationales était une évidence, puisque même les lois de l'OMC autorisent de transgresser les règles de la propriété intellectuelle en cas d'urgence nationale, et l'épidémie de sida en est incontestablement une. Donc dans l'article, les laboratoires ont perdu, et dans l'édito, tout le monde a gagné. La Libre n'aime décidément pas prendre position.

Dans Le Soir, c'est plus tranché. Véronique Kiesel estime que les grands laboratoires 'avaient fait preuve d'une arrogance choquante', et que le résultat avait été 'un désastre absolu en termes de relations publiques'. Elle nous livre ensuite une petite réflexion intéressante sur la mondialisation : 'Au-delà de ce cas précis, cette affaire fait la preuve qu'il existe une double mondialisation. La première favorise les échanges économiques, mais aussi l'imposition d'un modèle qui vise avant tout à rendre les actionnaires heureux, bien plus que les consommateurs ou les travailleurs. L'autre mondialisation, c'est celle qui prône le respect humain.' Pour Véronique Kiesel, cette autre mondialisation est une utopie qui a pris un petit parfum de réalité avec la défaite des sociétés pharmaceutiques. Un discours correct et relativement tranché pour un quotidien frileux comme le Soir, mais un discours qu'on ne retrouve pas, hélas, à propos de sujets similaires mais beaucoup plus vastes, comme le sommet des Amériques, qui a eu lieu le week-end dernier dans la ville de Québec.

Pour être bref, le sommet des Amériques avait pour but de prendre des engagements fermes en vue de l'institution de la Zone de Libre Echange des Amériques, une espèce de grand marché commun qui engloberait tous les pays du continent américain, de l'Alaska à la Terre de Feu, mais sans passer par Cuba, le seul exclu du club. Le sommet des Amériques s'est déroulé en gros comme tous les grands sommets mondialisants depuis Seattle, à savoir un sommet officiel complètement barricadé et sous haute surveillance policière, un contre-sommet de contestation haut en couleurs, José Bové entouré d'une meute de journalistes, un cortège de 30.000 manifestants pacifiques, plus de 400 arrestations, et quelques dizaines de blessés. Bref, un sommet, quoi.

La fameuse Zone de Libre Echange, qui doit voir le jour au plus tard fin 2005, a de quoi inquiéter. D'abord, c'est l'alliance d'un géant avec une bande de nains, puisque l'accord concerne 34 pays, et que les Etats-Unis produisent à eux seuls les trois quarts des richesses de tout cet ensemble. Les trente plus petits pays ne représentent que 8% du PIB total de la zone. Les nains ont donc de quoi être inquiets.

Ensuite, tout comme en Europe, c'est la libre circulation des biens qui est visée. Comme le note euphémiquement Philippe Régnier dans le Soir, 'la circulation des personnes devrait être moins libre que celle des marchandises'.

On retrouve aussi des clauses qui rappellent feu l'AMI, l'Accord Multilatéral sur les Investissements, qui avait été négocié en secret, puis découvert par hasard par l'opinion publique et enfin retiré devant le tollé mondial que cela avait occasionné. En gros, l'AMI donnait aux multinationales un pouvoir équivalent, et parfois même supérieur, à celui des états en matière d'investissements.

Enfin, on nous présente cette ZLEA comme un laboratoire pour une future zone de libre échange mondiale sous l'égide de l'OMC. Bref, on nage en plein dans la mondialisation inquiétante.

Pourtant, sur ce coup-là, Le Soir ne dénonce soudain plus rien. Plus de réflexion sur la double mondialisation, plus d'éditorial, même. Juste un petit commentaire éditorialisant de Nathalie Matthéiem, qui parle principalement de George W. Bush et de son attitude par rapport au sommet des Amériques et à la ZLEA. Apparemment, Bush aurait même fait une concession sur la protection des travailleurs et de l'environnement. Cette concession, écrit Nathalie Matthéiem, 'ne désarme cependant pas les opposants américains qui notent que le projet donnerait des droits accrus aux entreprises face aux Etats et que les premiers bénéficiaires du futur grand marché seront […] les multinationales.' Donc, on note les arguments des uns, ceux des autres, et à vous de vous débrouiller avec. Apparemment, il faut vraiment que les multinationales et le pouvoir économique fassent un immense faux pas, comme en Afrique du Sud, pour que cela inquiète le Soir et qu'il songe à les critiquer.

Cela dit, l'édito de la Libre Belgique sur le même sujet était encore bien pire : tellement ruisselant de vœux pieux et de bons sentiments qu'on se serait cru à la messe. Pour résumer, Yves Cavalier est très enthousiaste. Pour lui, ce projet de grand marché américain 'a quelque chose de grand, d'ambitieux et de beau à la fois'. Lorsqu'il le compare à l'Europe, il s'extasie sur l'euro en affirmant que c'est le meilleur moyen de souligner les inégalités et de les combattre. Parce que malgré son enthousiasme, Yves Cavalier a entendu la voix de la contestation. Il tient donc à préciser que 'l'économie et la monnaie ne sont qu'un moyen', et qu'il faut aussi combattre la pauvreté, parce qu'elle est 'le plus grand ennemi de la démocratie'. Il n'a visiblement pas compris que le projet de la ZLEA n'a rien avoir avec la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités, et qu'elle en est même l'antithèse. La conclusion de son édito le prouve : 'Même si le rêve d'une Amérique unie du nord au sud est merveilleux,' écrit-il, 'on ne peut l'appeler de ses vœux que si des garde-fous empêchent la dérive des continents.' Un seul mot me vient à l'esprit pour conclure : Amen.

Retour à la page principale