Emission n°2 du 11 octobre 2000
Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.
Playlist du 11 octobre 2000:
- DAAU : Nix (We need new animals)
- Les Brochettes : Hato no chushin (Disco novo)
- Moistboyz : It ain't rude (Moistboyz II)
- Peter Hammill : The institute of mental health, burning (Nadir's big chance)
- Violent Femmes : Lies (3)
- Urban Trad : La belle jig (One o four)
- Blonde Redhead: Bipolar (Fake can be just as good)
- Daniel Hélin : Skinette (Fait main à Borlon)
Textes de l'émission:
Cette semaine, l'actualité est extrêmement chargée. Il y a d'abord le gag de la semaine : Lech Walesa a obtenu moins d'un pour cent aux présidentielles en Pologne. Champagne ! Pour le reste, entre la grève des TEC wallons, la passation de pouvoir au Grand-Duché de Luxembourg et d'autres sujets captivants, on ne sait plus où donner de la tête. D'ailleurs aujourd'hui, nous ne parlerons d'aucun de ces sujets-là.
* * *
Souvenez-vous, la semaine dernière toute l'émission parlait des événements qui ont entouré à Prague le sommet du FMI et de la Banque mondiale. Cette semaine, ça a pété pas très loin de là, à Belgrade. Des manifs mouvementées, beaucoup de gens dans les rues, pas mal de dégâts, une petite ambiance contestataire, bref, plein de points communs avec Prague, et pourtant nos médias n'ont pas perçu les deux événements de la même façon. Bien entendu, il y a d'énormes différences. A Belgrade, les manifestations étaient dirigées contre le régime local. Les manifestants étaient beaucoup plus nombreux aussi - vous avez d'ailleurs peut-être remarqué que dans ces cas-là, les médias adorent se gargariser de formules comme "tout un peuple dans la rue" etc. Mais il y a eu aussi beaucoup plus de dégâts : à Belgrade, "le peuple tout entier", "comme un seul homme" a tout de même foutu le feu au bâtiment de la télévision, saccagé et incendié le parlement, parmi d'autres réjouissances tout aussi réchauffantes. Il y a eu aussi pas mal de bagarres avec les policiers anti-émeutes, qui ont très vite compris cependant qu'il valait mieux qu'ils retournent leur veste. A Prague, les manifestants s'étaient contentés de casser des vitrines et de s'empoigner violemment, pour certains, avec les forces de l'ordre. Ca avait suffi pour qu'on les traite d'anarchistes - insulte suprême - et que la RTBF diffuse des images de violence au lieu de se concentrer sur les enjeux de la semaine. A Belgrade, rien de tout ça, et le contraste est particulièrement frappant. Le gouvernement belge a adressé ses félicitations à la population serbe, pour "la façon digne et non violente avec laquelle elle a manifesté", et le Soir salue "l'accomplissement pacifique du changement". La palme revient au JT de la RTBF, je cite : "Un parlement, une télévision et une centrale de police sont encore en feu. Une dizaine de voitures de police ont été incendiées, les pompiers n'ont pu que limiter les dégâts. Les manifestants n'ont pas quitté la rue depuis ce matin, pour eux la fête est à son comble." Et plus loin : "Les abords du Parlement ont pris des allures de Woodstock." Tout brûle, mais c'est la fête; mieux, c'est Woodstock. Après les commentaires sur Prague, ça fait sourire. LLB, plus prudente, parle d'une "insurrection sans bain de sang", ce qui paraît correct. Bien entendu, le changement de pouvoir en Serbie aurait pu être beaucoup plus violent, et on se réjouit du fait qu'une guerre civile ait pu être évitée. Seulement, on constate que lorsque des mouvements populaires contestent ceux qui confisquent la démocratie, la presse utilise deux poids et deux mesures. Lorsque ce sont de gentils confisqueurs de démocratie qui sont ébranlés, comme le FMI et la Banque mondiale à Prague, le mouvement est forcément violent. Lorsque ce sont des méchants qui basculent, comme Milosevic, on salue la non-violence, même s'il y a plus de dégâts que dans l'autre cas. Mais par rapport aux autres dérapages de la presse, celui-là est bien mineur et somme toute pas dramatique.
Autre détail de terminologie, comment parle-t-on du régime de Milosevic ? Sur un point, tout le monde est d'accord : à partir de maintenant, la Serbie vit en démocratie, ce qui reste à prouver. Sous Milosevic, les avis divergent un peu. Pour le Soir, pas de doute, ce qui vient de vaciller, c'était la dernière dictature communiste. Dans un article intitulé "La chute irréversible du dernier des dominos", Pol Mathil estime que le régime de Milosevic était une sorte d'excroissance, de métastase du communisme, la dernière dictature aux racines communistes en Europe. Alors je ne sais pas si j'ai bien lu mes manuels d'histoire, mais pour moi les dictatures communistes sont caractérisées par certains agréments indispensables. Pour commencer, un parti unique, et en corollaire, l'absence d'opposition parlementaire ou du moins officielle. J'ai peut-être raté une virgule quelque part, mais à mon sens les grandes villes de Serbie sont dirigées par l'opposition à Milosevic depuis un bon bout de temps. Deuxièmement, dans une dictature communiste, il y a une économie planifiée et centralisée. Enfin, il m'avait semblé aussi que le communisme était empreint d'internationalisme. Donc, question, Milosevic était-il un "dictateur communiste" ? LLB, une fois de plus est beaucoup plus mesurée et plus exacte. Bien sûr, Milosevic y est qualifié une ou deux fois de dictateur ou de tyran, mais ce n'est pas le fond du propos. La nature du régime est relativement bien expliquée au fil des articles. Pour LLB, on a assisté à la fin de 13 ans de "régime fort", "où se sont mêlés nationalisme et néo-communisme", et qui "comptait sur l'exercice opaque du pouvoir pour dissuader tout contestataire". Plus encore qu'un communiste et un nationaliste, LLB soupçonne Milosevic d'être un opportuniste avant tout. "A vouloir faire semblant de jouer à la démocratie", écrit Geneviève Delaunoy, "Slobodan Milosevic s'est finalement brûlé les ailes". Question économie, c'est aussi dans la Libre qu'on apprend que depuis 1978, la Yougoslavie titiste avait en fait fourni à la Chine "l'exemple d'un communisme flirtant avec le capitalisme, d'un Etat socialiste ouvert au monde occidental". Je me demande si le Soir qualifie encore souvent la Chine, justement, de dictature communiste. Pour la Serbie de Milosevic, en tout cas, il n'hésite pas.
Cela dit, chers auditeurs, n'allez surtout, surtout pas me soupçonner de sympathie pour cet affreux jojo de Milosevic. Il s'agit bel et bien d'un criminel de guerre de la pire espèce, et il est évident que je ne lui confierais même pas ma belle-mère. Mais ça ne justifie pas à mon sens que les commentateurs perdent les pédales.
Et pourquoi, justement, ces commentateurs perdent-ils les pédales quand il s'agit de Milosevic ? Eh bien tout simplement parce qu'il s'agit sinon de faire oublier les bombardements par l'OTAN, en tout cas de les justifier, une fois de plus, a posteriori, et c'est bien nécessaire. Parce que si Milosevic est un criminel de guerre, cela vaut tout aussi bien pour l'OTAN, dont le comportement a été écœurant d'un bout à l'autre. Ca a commencé par les négociations à Rambouillet, où on a acculé Milosevic à la guerre tout en faisant semblant de rechercher la paix avec acharnement. Ca a continué ensuite dans le choix des cibles en Serbie, très souvent civiles, et également dans le choix des armes, notamment des missiles à l'uranium appauvri. On pourrait en dire très long sur les crimes de l'OTAN, mais il faudrait des jours entiers. De toute façon, d'autres s'y sont consacrés, et si ça vous intéresse, j'ai deux livres à vous conseiller à ce sujet. Le premier est de Noam Chomsky, et il s'appelle "Le nouvel humanisme militaire - Leçons du Kosovo". Le second se concentre plus encore sur le rôle des médias dans cette affaire. Il porte un titre explicite : "L'opinion, ça se travaille", et il est signé Serge Halimi et Dominique Vidal, du Monde Diplomatique. [A signaler également : "Que nos valeurs sont universelles, et que la guerre est jolie"] Tout ce que vous lirez là sur les méfaits de l'OTAN, vous ne le lirez pas dans la presse dominante. Tout cela n'est en effet apparu au grand jour qu'après coup, quand la meute des journalistes était déjà en train de déchiqueter un autre morceau. Ce qui n'apparaît pas dans le feu des projecteurs ne s'inscrit pas dans la mémoire médiatique. On l'a encore amèrement constaté cette semaine. Le week-end dernier, dans un édito en première page du Soir - fait rare en soi - Pierre Lefèvre écrit quelques passages particulièrement détestables. Je cite : "L'Europe, et avec elle cette communauté internationale gardienne de l'harmonie entre les peuples, ne peuvent davantage se satisfaire de cette porte qui se referme. Il leur faut maintenant aider ce pays ruiné, meurtri et isolé à garder le cap, à se reconstruire et à retrouver sa place dans le chœur des démocraties européennes." Et ça continue plus loin : "On sait ce qu'il en a coûté de ne pas oser la guerre en Bosnie ou de l'oser mal au Kosovo. On ne peut laisser la révolution d'aujourd'hui orpheline. Il faut maintenant oser l'avenir de la Serbie et y mettre le prix." Je résume : la communauté internationale est la gardienne de l'harmonie entre les peuples, et on a mal osé la guerre au Kosovo. Mal oser la guerre, qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? Oser à mauvais escient, a pas oser assez ? Nous laisserons à Pierre Lefèvre le bénéfice du doute, mais le contexte est douteux. Ce qui choque surtout, c'est qu'il appelle la communauté internationale à aider ce pays ruiné et meurtri. Milosevic n'y est évidemment pas pour rien, mais ce qui a surtout ruiné et meurtri ce pauvre pays récemment, ce sont les violents bombardements par cette même communauté internationale, pourtant gardienne de l'harmonie entre les peuples. C'est là aussi que cet édito illustre pour la énième fois un scénario maintes fois éprouvé. On bombarde en prenant bien soin de tout casser, on vire le méchant dirigeant, on fraternise avec le gentil peuple opprimé et puis surtout, surtout, on entame la reconstruction. Mot magique, car entouré de petits 's' barrés d'un trait vertical, si vous voyez ce que je veux dire. La reconstruction, c'est tout l'intérêt des guerres comme celle-là. Le mécanisme est simple, c'est celui de la socialisation des coûts et de la privatisation des profits. On y assiste lors des guerres, mais aussi en dehors, comme par exemple lors de l'Euro 2000, ou lorsque l'Etat renfloue une banque. Dans le cas de la guerre, voilà comment ça se passe. D'abord, il y a la guerre. Ca coûte des sous à la collectivité, et même des tonnes de sous, dont une bonne partie se retrouvent dans les poches des marchands d'armes, qui ont évidemment pris soin de convaincre les décideurs de la nécessité de la guerre. Donc, on détruit un maximum. Ensuite, c'est la paix, et la Serbie, dans ce cas-ci, revient un peu plus tard dans le giron de ce qu'on appelle les nations civilisées. Là, il faut reconstruire. Soit, on fournit des crédits au pays qu'il faut reconstruire, auquel cas c'est à lui en fin de compte de payer sa reconstruction. Soit, les pays riches font carrément de généreux dons. Dans ce cas-là, ce sont les contribuables de ces pays riches qui payent l'addition. Quoi qu'il en soit, dans les deux cas, ce sont les entrepreneurs des pays riches qui voient leurs actions monter en flèche. Bouygues, notamment, est un spécialiste des juteux marchés de la reconstruction, mais il n'est évidemment pas le seul. A chaque étape, c'est une communauté qui paye et des individus qui s'en mettent plein les poches.
Mais vous me direz : et le rôle de la presse dans tout ça ? Elle en a un, rassurez-vous, et elle le joue spontanément parce qu'elle le trouve beau et noble. Son rôle consiste à faire oublier la guerre et appeler à la reconstruction. On a pu lire pas mal d'appels à la reconstruction rapide et massive de la Serbie ces jours-ci. Dans LLB, c'est particulièrement frappant. Voici la légende qu'elle place à côté d'une photo où l'on voit un Serbe devant le fameux pont détruit de Novi Sad qui baigne lamentablement dans la rivière : "L'union européenne promet de relever financièrement la Yougoslavie, notamment en participant à la reconstruction des infrastructures détruites par les bombardements de l'Otan." On remarquera que dans cette phrase, ce sont à peu près les mêmes pays qui soufflent le chaud à travers l'Union européenne, et le froid à travers l'Otan. On trouve une division sémantique très semblable dans le Soir, dans un édito de Christophe Lamfalussy : "Il y a plus d'un an, les pays européens, alliés aux Etats-Unis, bombardaient la Serbie afin d'extirper l'armée yougoslave du Kosovo. Aujourd'hui, l'heure est venue d'aider le peuple serbe." Là, c'est l'autre bord qu'on divise : on a bombardé la Serbie, et on aide le peuple serbe. Toutes ces astuces sont bien maigres pour masquer l'évidence : les pays de l'Otan cassent ce qu'ils peuvent pour reconstruire plus à leur goût, et en plus ça fait tourner l'économie. Tout bénéfice. Mais attention, les journaux ne sont pas dupes. Ces méchants Serbes d'hier sont peut-être devenus gentils, mais il ne feront tout de même pas l'économie d'un bon petit examen de conscience. Pour Pierre Lefèvre, "ce pays devra regarder son passé en face, accepter la vérité de son ambiguë complicité avec la pensée et les meurtres de Milosevic". Pol Mathil renchérit, toujours dans le Soir, en rappelant que "Milosevic n'était pas seul, ni au Kosovo, ni à Srebrenica, ni à Belgrade. Il ne doit pas être seul à payer la note." LLB, toujours un petit peu plus modérée, estime que "les Serbes sont prêts, dans leur majorité, à reconnaître leur responsabilité pour avoir porté Milosevic au pouvoir et entraîné de cette façon les Balkans dans la guerre". A mon avis, et au risque de vous surprendre, ils ont tout à fait raison. Seulement, que les pays de l'Otan balayent d'abord devant leur propre porte, à commencer par leurs éditorialistes.
Je n'en ai trouvé qu'un seul pour le faire cette semaine, même si je n'ai évidemment pas pu lire toute la presse. Il s'agit de Laurent Arnauts, qui signe dans le Journal du Samedi un édito très équilibré, dont je vous livre quelques extraits pour terminer : "L'Occident doit se garder de crier victoire trop vite, et trop fort. D'abord, parce que ce n'est pas sa victoire, mais celle d'un peuple qui, dans la rue, risque bien plus que les improbables héros d'une guerre presse-bouton." Arnauts rappelle ensuite à quel point cette guerre a pu être sale, et à quel point, de l'aveu même de l'armée britannique, les armes dites intelligentes s'étaient en réalité montrées stupides. Il rappelle aussi l'utilisation des armes à l'uranium appauvri. A propos de la propreté de cette guerre, il indique très justement que "les mensonges de l'Otan à cet égard s'effilochent de plus en plus, mais dans l'indifférence générale." Pour terminer, il répond de façon cinglante à ces éditorialistes aveugles qui invitent le peuple serbe à un examen de conscience : "Les Yougoslaves ne seront pas les seuls à devoir se livrer à une douloureuse introspection. Car lorsqu'il s'agira de traduire Milosevic en jugement - ce qui est indispensable, quoi qu'en diront peut-être ses compatriotes au nom d'une future 'réconciliation nationale' - on ne pourra faire l'économie de juger avec la même intransigeance les erreurs de la communauté internationale. Et ce, depuis les origines lointaines du conflit, au moment de l'explosion de l'ex-Yougoslavie de Tito. Jusqu'aux violations du droit de la guerre par les forces de l'Otan, en passant par la longue irresponsabilité qui a présidé aux menées des puissances occidentales et russe dans la région. Le cynisme des Etats, lorsqu'il est collectif, sera-t-il plus facile à vaincre que Milosevic ? Le doute est, hélas, permis."
* * *
Balayer devant sa propre porte. Voilà une chose que les puissants font rarement. Pourtant, même aux Etats-Unis, certains s'en occupent. J'ai récemment trouvé sur le site Indymédia Belgique un texte envoyé par une grosse organisation de critique des médias américaine. Il s'agit de FAIR, une organisation qui se bat pour l'honnêteté et l'exactitude dans les médias américains. J'ai traduit et adapté ce texte, qui offre des parallèles troublants entre les élections yougoslaves, qui viennent d'avoir lieu, et les présidentielles américaines, qui auront lieu en novembre. Croyez-moi, il y a matière à réflexion. Ecoutez plutôt:
" Impatient d'écarter Milosevic du pouvoir, le gouvernement américain a fait parvenir des millions de dollars à des projets médias en Yougoslavie. Il y a pas mal d'hypocrisie dans l'air. Et on pourrait souhaiter un tantinet de réciprocité. Le Washington Post notait récemment : "Les accusations d'achat d'influence par la Chine lors des élections présidentielles américaines de 1996 ont suscité à Washington une tempête politique qui n'est toujours pas complètement terminée. Cependant, dans une certaine mesure, cet épisode n'est rien à côté de l'interférence politique des Etats-Unis en Serbie." Pour l'année fiscale qui vient de se terminer, le montant annoncé des aides aux ennemis de Milosevic s'élevait à 25 millions de dollars. Pour l'année qui suit, ce budget d'élève à 41,5 de dollars. Sans compter toutes les aides non officielles ou secrètes. On nous dit que cet argent des contribuables américains est nécessaire à cause des obstacles iniques qui empêchent les candidats de l'opposition de communiquer avec le public yougoslave. Le Washington Post rapporte que "la majorité de ces montants va à des programmes de la 'société civile', comme par exemple ceux qui soutiennent les médias indépendants. Les officiels américains déclarent que tout ce qu'ils veulent faire, c'est équilibrer les chances." Et si les autres nations adoptaient une approche similaire pour équilibrer les chances des candidats aux Etats-Unis ? Après tout, les campagnes sont fortement biaisées par l'accès aux gros capitaux et aux médias de masse. Pour ceux qui ne portent ni œillères ni lunettes roses, la nécessité de restaurer l'équilibre des chances pour les candidats américains devrait être évidente. Les candidats qui s'opposent réellement à l'establishment se retrouvent face à un déséquilibre immense du pouvoir médiatique à partir du moment où ils s'attaquent aux bastions d'influence de Wall Street. Si l'on veut instaurer la démocratie dans les faits autant que dans les discours, c'est le moment idéal pour exiger des changements fondamentaux. Pour commencer, aux Etats-Unis, les médias indépendants auraient grandement besoin d'aide en ces dernières semaines de la campagne présidentielle. On pourrait commencer par injecter rapidement de l'argent dans les magazines politiques et les radios communautaires non liées aux intérêts financiers, souvent trop petits et en manque de fonds. Il faudrait au minimum plusieurs millions de dollars. En octobre, les grandes chaînes de télévision diffuseront en prime-time une série de débats entre George Bush Junior et Al Gore. Juste eux deux. Ces débats sont financés par des sociétés comme Anheuser-Busch, une marque de bière qui paye 550.000 dollars pour sponsoriser les rencontres historiques entre Gore et Bush. Peut-être existe-t-il quelque part au monde un gouvernement - ou peut-être une brasserie étrangère - qui pourrait dépenser un demi-million de dollars pour une série indépendante de débats télévisés qui inclurait Ralph Nader, le candidat du parti vert, dont nous reparlerons tout à l'heure. Les grands politiciens et patrons de presse américains ne seraient sans doute pas très contents de ce genre d'intervention. Discrètement encouragé par les grands médias, le gouvernement américain a surtout été très fort pour exiger des autres nations qu'elles fassent comme il dit, et non comme il fait lui-même. Ces dernières semaines, l'intervention politique en Yougoslavie a été on ne peut plus flagrante. D'après le New York Times, l'argent de Washington et de ses alliés européens est passé aux adversaires de Milosevic "parfois en aides directes, parfois en aides indirectes comme des ordinateurs et du matériel de radiodiffusion, et parfois dans des valises bourrées de billets passées en douce dans le pays". Pour rééquilibrer les distorsions médiatiques aux Etats-Unis, il faudrait réfléchir à la façon de générer un influx d'argent comparable en faveur de nos médias indépendants. Les ordinateurs manquent souvent, et on a toujours besoin de matériel de radiodiffusion. Et bien entendu, les valises bourrées de billets sont toujours les bienvenues. Confrontés aux pénuries qui ont causé la fermeture d'innombrables périodiques, de nombreux rédacteurs en chef de publications indépendantes ne savent que trop bien que la liberté de la presse est limitée - d'un point de vue pratique - par l'ampleur des moyens financiers. Les grands groupes médias peuvent se vanter de bénéfices énormes tandis que les petits médias se battent pour leur survie. Dans les faits, la plus grande partie de la censure dans notre société ne vient pas de l'hostilité du gouvernement mais de la pression financière. Dans un article du 20 septembre écrit depuis Belgrade, le NYT décrivait une situation toute différente : "D'après un coopérant américain bien informé, les officiels des organismes d'aide américains ont dit aux journalistes et aux médias indépendants 'de ne pas regarder à la dépense,' parce que l'argent n'allait pas cesser d'affluer." Le même journal expliquait que pour certains candidats yougoslaves également, les soutiens ont été généreux. " Peu d'efforts sont faits pour dissimuler le fait que c'est de l'argent occidental qui paye la majorité des sondages, de la publicité, des publications et des autres frais de la campagne de l'opposition - certainement une façon de donner aux leaders de l'opposition une meilleure chance de faire passer leur message dans un système quasi autoritaire où la télévision en particulier est fermement aux mains du gouvernement. " Aux Etats-Unis, la télévision n'est pas fermement aux mains du gouvernement - elle est fermement aux mains des grandes sociétés. Vous verrez peut-être Ralph Nader à la télévision de temps en temps, mais comparé à Bush et Gore, c'est un étranger sur les ondes. Les gouvernants des capitales étrangères qui veulent suivre l'exemple de Washington pourraient envisager d'envoyer quelques millions de dollars à Nader, et vite. "
Si vous ne comprenez pas bien l'enjeu de ce texte, rassurez-vous, c'est normal, c'est parce que vous n'êtes pas bien informés. Ce n'est pas que vous vous informez mal, c'est plutôt qu'on vous informe mal. Voilà ce qui se passe. Les Etats-Unis, grands donneurs de leçons en matière de démocratie, ne sont pas une vraie démocratie, mais plutôt un système à deux partis uniques. Hors des Républicains ou des Démocrates, point de salut. A tel point qu'à l'étranger, et sans doute souvent même aux Etats-Unis, on a l'impression qu'il n'y a que deux candidats à l'élection présidentielle, Al Gore et George Bush. Or il y en a plus, au moins deux de plus. Il y a Pat Buchanan, un ancien journaliste de CNN d'extrême droite, qui se présente pour le parti de la Réforme; rappelez-vous, c'était le parti de Ross Perot, le troisième candidat d'il y a quelques années. Et puis il y a Ralph Nader, du Green Party, les écolos de là-bas. Vous ne saviez sans doute pas non plus qu'il y avait un parti écolo en Amérique, mais ce n'est pas une honte puisqu'on ne vous l'avait jamais dit. Ce qu'on ne vous a pas dit non plus, c'est qu'une grève d'une semaine, des ouvriers, des étudiants et des professeurs vient de se terminer hier aux Etats-Unis. Plusieurs manifestations ont également eu lieu. Toute cette agitation avait pour but de faire admettre Ralph Nader aux débats des candidats à la présidence. Pourquoi est-ce si important ? Tout simplement pour briser le système, très verrouillé, des deux partis uniques. Ces deux partis ont la particularité de s'opposer alors même qu'ils ont plus de points communs que de différences. Tous deux sont pour la peine de mort, pour une armée forte, pour faire semblant de renforcer la sécurité sociale tout en la démantelant, etc. Il n'y guère que sur l'avortement qu'ils s'opposent réellement. Pour une fois qu'il y a un candidat valable qui propose des choses à la fois radicales et sensées, le danger est évidemment grand. Certains d'entre vous se souviennent peut-être de la participation de Ross Perot au débat présidentiel. Il était arrivé là parce qu'il avait beaucoup d'argent pour financer sa campagne et parce qu'il ne représentait aucun danger pour les valeurs établies. Comme il y a aujourd'hui un candidat potentiellement dangereux, on a renforcé les critères de participation au débat pour en écarter Ralph Nader.

Mais qui donc détermine ces critères ? C'est là qu'on voit toute la perversité insidieuse du système. Les débats présidentiels sont organisés par la bien nommée Commission des débats présidentiels, qui se dit impartiale et indépendante. Seulement, elle est composée de six membres, dont trois appartiennent au parti républicain et trois au parti démocrate. Dans ces conditions, pas étonnant qu'elle adapte les critères de participation au débat. Actuellement, il faut 15% d'intentions de vote dans les sondages pour participer. Nader ne les a pas, puisqu'il n'a pas les fonds pour exposer préalablement ses positions au public. Pourtant, selon un sondage, qui n'est évidemment pas pris en compte par la commission, plus de la moitié des électeurs sont pour la participation de Nader aux débats télévisés, puisqu'ils aimeraient sans doute bien savoir ce qu'il propose. Mais la commission des débats en a décidé autrement, pour protéger les candidats des partis uniques des intrus indésirables. Et indésirable, Ralph Nader l'est certainement.
Même si on entend très peu parler de lui, c'est loin d'être un inconnu. Il est célèbre aux Etats-Unis depuis des décennies en tant que défenseur des consommateurs, dans le sens très large du terme. Il a commencé en tant que journaliste en dénonçant entre autres le manque total de sécurité des voitures américaines. Il a notamment obligé toute l'industrie automobile à revoir de façon radicale la sécurité de ses véhicules, gagnant au passage un grand procès en diffamation contre General Motors. Il a ensuite fondé Public Citizen, une organisation citoyenne qui comportait plusieurs agences s'occupant notamment d'observer et de critiquer les politiciens, les grosses sociétés, le commerce mondial etc. tout en proposant des solutions plus justes en matière sociale, énergétique ou judiciaire. En matière de citoyenneté, on peut donc dire qu'il a fait ses preuves. Son programme pour l'élection présidentielle est radical, sans être du tout extrémiste. Ainsi, il propose un meilleur contrôle sur les armes, et non pas leur interdiction, il propose une réduction du budget de l'armée de 20%, il propose l'arrêt de la course aux armements contre nous-mêmes, comme il dit, ainsi que l'abolition du système de pots-de-vin légalisés, c'est-à-dire du financement des campagnes électorales par les entreprises. Ce ne sont là que quelques-uns des points de son programme, mais ça suffit pour comprendre qu'il ne soit pas toléré dans les débats dits démocratiques. De l'avis de la plupart des observateurs, il ne mettrait pas 5 minutes à ridiculiser les candidats établis. Et donc, le système américain laisse jouer en toute quiétude le vieux cercle vicieux des élections : pas de milliards, pas d'audience, pas d'audience, pas de débat, pas de débat, pas d'audience. Très simple et redoutablement efficace.
Bien entendu, notre chère presse ne vous a pas mis au courant de tout ce qui se joue un peu à l'écart des projecteurs. D'après son site web, la RTBF n'a jamais prononcé le nom de Nader dans son JT. Le Soir lui a consacré un seul article au ton très léger pour dire qu'il était en conflit avec MasterCard pour avoir parodié une de leurs pubs. C'est tout. Mieux que ça, la semaine dernière, à la veille du premier débat entre Gore et Bush, LLB consacrait un article au débat alors qu'il devait encore avoir lieu. L'occasion idéale de parler de ce qui se trame en coulisse, mais non, Philippe Paquet s'est contenté de parler des anecdotes qui ont émaillé les précédents débats et de peser les chances de l'un et de l'autre. Pas un mot sur le caractère totalement antidémocratique de la comédie des débats, et de toute cette élection d'ailleurs.
A l'heure où je vous parle, les deux protagonistes, tous deux fils de grands politiciens et qui portent tous les deux le nom et le prénom de leur père, j'ai nommé George Bush et Al Gore, sont en train de fignoler leur stratégie pour le deuxième de ces trois débats, qui commence dans quelques heures. Vous lirez donc dans votre presse de vendredi des analyses insipides sur le veston et la cravate qu'ils avaient choisis et sur les petites phrases assassines qu'ils se sont décochées. La presse désignera même un vainqueur, celui qui aura le plus convaincu qu'il est un beau-fils idéal. Mais cessons donc de faire du mauvais esprit. Messieurs, que le meilleur gagne !
* * *
Il y aurait beaucoup de choses à dire aussi sur les émeutes dans les territoires occupés par Israël. Seulement, à part les faits, la presse n'en dit pas grand-chose, en tout cas pas grand-chose de significatif. On se risque à des analyses prudentes, sans jamais toucher le fond du sujet. La plupart des commentaires renvoient dos à dos Israéliens et Palestiniens et refusent de rappeler quelques faits élémentaires. Notamment, le fait qu'il existe depuis plusieurs décennies une résolution des Nations Unies, dont personne ne conteste pourtant ni la légitimité ni l'autorité, résolution qui exige le retrait d'Israël dans ses frontières d'avant 1967. Le fait aussi que dans cette affaire, toutes les armes lourdes et toutes les richesses sont concentrées dans un camp, l'autre étant dénué des ressources les plus élémentaires. Le fait qu'Israël pratique vis-à-vis des Palestiniens une politique qui rappelle en de nombreux points celle de l'Afrique du Sud vis-à-vis des Noirs avant l'avènement de Mandela, une politique qui est tout aussi fortement ancrée dans l'ethnicité. Le fait que pour les émeutes actuelles, la provocation, l'étincelle, est venue du côté israélien, qui pourrait dès lors au moins adopter un profil bas. Le fait enfin que les morts tombent presque tous du même côté, et pour cause. Des pierres et des cocktails molotov d'un côté, face à des chars et des hélicoptères de l'autre. Israël s'indigne de l'enlèvement de trois de ses soldats, alors que l'armée tire à balles réelles sur des gamins.
Un article m'a frappé dans ce conflit cette semaine, dans LLB. Il s'intitule "Dérapage verbal dans les capitales arabes", et il est très instructif. La Libre cite l'Egyptian Mail, qui tient effectivement des propos très limites, presque négationnistes sur les Juifs. Ce qui hérisse surtout la Libre, c'est que ce journal "n'hésite pas à comparer Sharon à… Hitler". Bien évidemment, la comparaison est totalement excessive et même ridicule, mais je ne me souviens pas avoir entendu tiquer la Libre de cette façon lorsque les états-majors occidentaux et leur presse comparaient Milosevic à Hitler. Pourtant, il y en a deux qu'on pourrait comparer avec des arguments déjà plus sensés, et ce sont justement Milosevic et Sharon. Milosevic, c'est récent, donc on se souvient : il est directement responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes. Sharon, c'est déjà plus ancien, mais les mauvais esprits se souviennent néanmoins qu'il fut responsable de la mort de plusieurs milliers de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila dans le sud du Liban, pour ne citer que ce seul méfait. Avant de s'indigner de comparaisons hasardeuses, voire scandaleuses, il vaut mieux d'abord…. vous l'avez deviné : balayer devant sa propre porte.
* * *
Pas grand-chose à dire non plus sur le grand sujet belge de la semaine, les élections communales. Elles ont malheureusement eu en Flandre le résultat que l'on connaît, et globalement, la presse a correctement analysé, à mon sens, cette progression malgré tout inattendue de l'extrême droite. Quand les choses sont bien faites, il faut pouvoir le dire aussi, et c'est de bon cœur. Evidemment, la presse francophone a beau jeu de critiquer son pendant flamand pour avoir offert un forum au Vlaams Blok, et cette critique n'est pas injustifiée. Simplement, j'aurais bien voulu voir la réaction de cette même presse francophone confrontée à des scores comparables des fascistes francophones. Personne en effet n'imagine que les scores ridicules des nazillons francophones sont à mettre au crédit de l'attitude vaillante de la presse francophone. De plus, par rapport à la presse flamande, les médias francophones perdent la confrontation dans tous les autres domaines, donc ces derniers feraient bien de faire preuve d'un rien d'humilité. A part ça, c'est évident et la presse l'a dit, il y a bel et bien une "haiderisation" de la Flandre. Les électeurs du Blok se recrutent désormais également dans une certaine bourgeoisie frileuse et égoïste, et de ce côté-là les problèmes sont encore beaucoup plus difficiles à résoudre que dans l'électorat populaire, puisque ce sont les mentalités qui sont pourries, et non les conditions matérielles sur le terrain.
Dans un édito du Soir, Bénédicte Vaes estime qu'il faudrait écouter cette fois les spécialistes universitaires de l'extrême droite, qui déconseillent de mettre à l'agenda politique les thèmes dont les fascistes font leurs choux gras. C'est très bien, mais ne faudrait-il pas aller plus loin, et au contraire les mettre précisément à l'agenda, en prenant sur ces thèmes le contre-pied radical du Vlaams Blok ? Démontrer qu'il y a plus de sentiment d'insécurité que d'insécurité réelle, par exemple. Prendre sur toutes les questions qui touchent aux étrangers et à la dignité des personnes des positions totalement opposées à celles des fascistes. Ce serait aussi l'occasion de forcer certains partis hésitants à jouer cartes sur table : un peu pour ou tout à fait contre les idéologies puantes. On a compris que ce n'est pas en présentant des versions édulcorées de ces idéologies qu'on engrange des voix. Il serait temps de comprendre que d'autres recettes s'imposent. En tout cas, les journaux francophones demandent effectivement des mesures fortes, et ils ont raison. Un seul problème, souligné par certains politiciens qui ont été clairs sur ces questions depuis toujours : toutes les grandes mesures qu'on prendra désormais seront ressenties, et à juste titre, comme des aménagements des règles démocratiques pour contrer un seul parti. Pour les partis qui s'y convertiraient sur le tard, la suppression de l'obligation de vote ou l'octroi du droit de vote aux étrangers ne seraient que des recettes destinées à sauver leur peau, et pas des politiques découlant d'une conviction profonde. C'est effectivement ennuyeux mais qu'à cela ne tienne, sauvons la démocratie et on verra après.
* * *
"Le Canada Dry de l'info est né" : c'est le Journal du Samedi qui l'annonçait en une ce week-end. Il s'agit de Metro, le premier quotidien gratuit de Belgique. On vous l'a peut-être glissé entre les mains cette semaine dans un lieu public, c'est un petit journal avec beaucoup de photos et peu de textes. En gros, c'est une série de dépêches reprises presque telles quelles, avec de grandes photos en couleurs, et le tout manque cruellement d'âme. Ce qui ne manque pas, évidemment, ce sont les pubs ; bon, il n'y en a pas encore des masses, mais le but est d'arriver à 70% d'espace publicitaire, avec quelques dépêches dans les petits trous qui subsisteront. 70%, en effet ; de toute façon, vous ne pensiez pas que c'était réellement gratuit ? Beaucoup de gens s'indignent, mais finalement, Metro n'est-il pas l'aboutissement final de l'évolution que subit une partie de la presse ? De plus en plus de pub, de moins en moins d'argent dépensé pour la partie rédactionnelle, des produits de plus en plus aseptisés, tout ça devait bien finir par accoucher de Metro. D'ailleurs, ce n'est sans doute pas un hasard si c'est Daniel Van Wylick, le rédacteur en chef de la Dernière Heure/Les Sports qui s'indigne dans le Journal du Samedi. A mon avis, il sent bien que la seule chose qui sépare son canard à lui de ce petit torchon gratuit, c'est le prix de vente. Du coup, il se met à flipper et il veut poursuivre les promoteurs de Metro en justice pour concurrence déloyale. Il avoue donc bel et bien être en concurrence avec Metro, même si pour lui les deux journaux n'ont rien à voir, puisque selon lui, la Dernière Heure fait du journalisme d'investigation, de proximité et d'analyse. Reste à en convaincre ses lecteurs.
Les autres réactions sont tout aussi amusantes. Il y a celle d'un porte-parole de la STIB, qui est concerné, puisque la STIB et la SNCB sont associées au projet. Si ces deux sociétés de transport acceptent que Metro soit distribué dans les gares, dit-il, "il paraît évident que l'on ne peut aider de la sorte un journal qui aurait une tendance éthique, philosophique ou politique marquée", en d'autres termes un journal qui véhicule des valeurs. Evidemment, c'est très personnel, mais pour moi, un journal constitué de 70% de publicité véhicule bel et bien des valeurs. Au-delà de celles qui sont contenues dans chaque pub individuelle, il y a surtout celle qui est transmise par la pub en général : achetez et vous serez heureux. Il y a aussi l'indignation de l'Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique (AGJPB), qui annonce qu'elle n'attribuera pas de carte de journaliste aux collaborateurs de Metro, au motif qu'avec toute cette pub, ceux-ci ne pourront disposer de suffisamment d'indépendance dans leur couverture de l'information. Espérons de tout cœur pour les journalistes professionnels que leur association ne va pas tenir sa promesse et donc retirer leur carte à tous ceux qui manquent d'indépendance dans ses rangs. Sinon, la prochaine assemblée générale de l'AGJPB pourra sans problème avoir lieu dans une cabine téléphonique.