Emission n° 18 du 7 mars 2001
Les sons de l'émission sont en RealAudio. Si vous n'avez pas encore le plug-in RealAudio, téléchargez-le (la version 8 basic, en bas de page au milieu, est gratuite).
Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.
Playlist :
- Les Elles: Miss Alzheimer (Les Elles)
- Diabologum: A découvrir absolument (#3)
- Kraftwerk: Radioaktivität (Radio-aktivität)
Textes et sons:
Cette semaine, l'actualité est un peu molle, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se passe rien, mais simplement que les grands sujets de ces jours-ci sont plutôt d'un consensualisme ronronnant, en tout cas à première vue. Excellente occasion, pour une fois, de vanter les mérites de la grande presse. Sur des sujets comme par exemple la fièvre aphteuse ou la nouvelle réglementation des transferts des joueurs de football, je vous invite à lire Le Soir et La Libre Belgique. Ils ont fait de leur mieux, et je n'ai rien à ajouter.
De mon côté, je vais vous parler aujourd'hui de la sortie du numéro 2/3 de Pour Lire Pas Lu, le petit scorpion déguisé en journal de Pierre Carles. Mais surtout, je vous l'avais annoncé la semaine dernière, la majeure partie de cette émission sera consacrée à l'uranium appauvri. La semaine dernière avait lieu à l'ULB une conférence qui réunissait autour de ce radieux sujet des gens de divers pays et de diverses disciplines. L'occasion de faire quelques interviews enrichissantes.
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Mais commençons par deux bonnes blagues que j'ai relevées dans la presse cette semaine.
Tout d'abord, en Belgique, les déboires de la commission renouveau politique de la Chambre et du Sénat. Il y a quelques semaines déjà, elle tournait au ralenti, et son président, le député SP Dirk Van der Maelen avait envoyé une lettre à ses collègues pour les sommer d'y mettre un peu plus d'ardeur. Il menaçait d'ailleurs de cesser les débats s'il n'y avait pas au moins quinze parlementaires dans la salle. Lundi dernier, la commission a carrément touché le fond. Après vingt minutes, c'est un Dirk Van der Maelen furibard qui a annulé les débats du jour faute de participants. Seuls dix parlementaires avaient apparemment été attirés par le programme du jour, qui comportait des échanges sur la responsabilité ministérielle, les changements de parti en cours de mandat, mais aussi et surtout… sur l'absentéisme parlementaire. Un débat sur l'absentéisme annulé faute de participants, il fallait le faire et ils l'ont fait.
On serait tenté de parler là d'une histoire belge, mais les choses ne vont pas mieux au niveau européen. Je vous ai déjà parlé, dans le cadre de cette émission, du réseau mondial d'écoute Echelon, qui permet aux Américains d'intercepter des coups de téléphone, des fax et des e-mails dans le monde entier. Suite aux révélations sur ce réseau d'espionnage, le parlement européen a mis sur pied une commission Echelon qui enquête sur le sujet et dont les travaux sont toujours en cours. C'est dans le cadre de cette commission que témoignait, il y a un mois, Desmond Perkins, le chef du bureau de cryptographie de la Commission européenne. Il était interrogé sur le système de cryptage qu'utilise la Commission, principalement dans ses relations avec ses 129 bureaux à l'étranger. Lorsque la conversation s'est portée sur les bureaux de Washington et de Moscou, Desmond Perkins a fièrement expliqué qu'il entretient de très bons contacts avec la NSA, la National Security Agency américaine, précisément l'agence qui gère le réseau d'espionnage Echelon. Il a déclaré qu'il avait 'de bons amis' à la NSA, et qu'un de ses parents par alliance y avait longtemps travaillé. Les contacts sont même tellement bons, que selon Perkins, la NSA vérifie régulièrement les systèmes européens pour voir s'ils sont bien verrouillés et bien utilisés. Il a même soumis un jour le système de cryptage européen à la NSA, pour voir si les Américains parviendraient à le décoder. 'J'ai été heureux d'entendre, plus tard, a conclu Perkins avec candeur, que les Etats-Unis avaient été incapables de décrypter notre trafic, malgré deux semaines d'efforts.' Cette dernière phrase se trouvait dans une note écrite de Perkins, qui lui avait été demandée pour éclaircir les choses. Malgré cela, la Commission européenne a formellement démenti les propos de son chef des services cryptographiques, en expliquant qu'il s'agissait d'un malentendu et que Perkins s'était simplement mal exprimé. On comprend effectivement l'embarras de la Commission, mais on a du mal à croire à ses tentatives de rattrapage, d'autant plus que LLB a interrogé un spécialiste du cryptage de l'UCL, qui s'est déclaré 'éberlué', mais seulement à moitié étonné. D'après lui, les GSM de la Commission ne sont pas sécurisés et la sécurité informatique est presque inexistante. Il arrive même à cet expert de recevoir de la Commission des enveloppes doublement scellées, alors que le PC sur lequel la lettre a été tapée n'est pas sécurisé. Connaissant la curiosité maladive des Américains, et leurs compétences en matière d'espionnage, on serait tenté de conseiller à la Commission européenne de faire des économies en supprimant carrément ses budgets consacrés au cryptage.
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Je vous ai déjà longuement parlé de Pour Lire Pas Lu, le petit journal assassin de Pierre Carles, ce journaliste qui a juré la perte du paysage médiatique français. Si vous ne le connaissez toujours pas, allez faire un tour sur le site d'AlterEcho, je me suis déjà suffisamment répété comme ça.
Après un numéro zéro et le numéro un, voici la parution du numéro 2 et 3 en un seul volume. Je ne vais pas vous le raconter en détail, puisqu'il est désormais en vente à Bruxelles, soit au cinéma Nova, soit à l'association La clef des champs, dont vous trouverez les coordonnées également sur le site d'AlterEcho. 60 francs le numéro, ou 100 francs si vous vous le faites envoyer, ce n'est pas ruineux.
Ce nouveau numéro de PLPL est consacré presque exclusivement aux grands patrons, qu'ils soient industriels ou patrons de presse, ce sont d'ailleurs souvent les mêmes. Il est question notamment de la rentrée littéraire des patrons, qui sont très en verve ces derniers temps pour parler d'eux-mêmes et nous livrer les secrets de leur vie privée et de leurs brillantes pensées intimes. Qui dit bouquin dit critique littéraire, et les journalistes lèche-bottes de la grande presse parisienne rivalisent évidemment de qualificatifs dithyrambiques pour encenser la prose des maîtres du monde. Le plus fort à ce jeu-là, c'est l'auteur Jorge Semprun, qui tient une chronique littéraire dans le Journal du dimanche. Dès qu'un individu en vue sort un bouquin, c'est le meilleur que Semprun ait jamais lu. Quelques citations.
Sur un livre de Jean-Marie Colombani, patron du journal Le Monde, dans lequel Colombani lançait des fleurs à Semprun, le même Semprun écrivait : 'C'est ce que j'ai lu de plus pertinent, de plus percutant sur le sujet. Les idées les plus novatrices, les plus justes et ajustées à la réalité. Un livre tonique et courageux.' En 1998, sur un livre d'Alain Minc, Semprun parlait de 'brio, d'une écriture à la fois brillante et pondérée, dense.' Et il poursuivait : 'Par la rigueur de ses analyses, la richesse d'une information parfaitement maîtrisée et l'audace réfléchie de ses propositions, ce livre constitue un apport indispensable d'Alain Minc au débat en cours.' Moins d'un mois plus tard, c'est à propos d'un livre de Jean Daniel, patron du Nouvel Observateur que Semprun évoquait 'la densité, la richesse touffue ou concise des carnets de Jean Daniel, le directeur de l'hebdomadaire le plus intéressant, le plus accompli de la presse française, et la part de Jean Daniel dans cette réussite est décisive.' Trois mois plus tard, c'est Alain Duhamel qui passe à la cireuse : 'Le livre qu'il faut au moment opportun. Un livre clair, précis, riche en analyses historiques et politiques, malgré sa simplicité fortement synthétique. Un livre didactique, une efficace pédagogie, pas de complaisance.' Au suivant, encore quelques mois plus tard : Daniel Schneidermann, journaliste au Monde et sur la Cinquième. 'C'est un travail remarquable, par la rigueur des analyses et l'objectivité de l'écriture. Un petit livre remarquable et qui vient à point, de surcroît. Un livre nécessaire au moment qu'il faut. Souhaitons-lui autant de lecteurs qu'à la bourdieuserie de Serge Halimi, par exemple.' Hélas pour Schneidermann, le vœu de Semprun n'a pas été exaucé, et aucun des livres qu'il a si brillamment chroniqués, avec une verve et une objectivité à la fois riche et modeste, aucun de ces livres donc ne s'est vendu aussi bien que la bourdieuserie de Serge Halimi, par exemple. Encore une dernière pour la route, sur un livre d'Edwy Plénel cette fois, le directeur de la rédaction du Monde. L'article était intitulé 'A lire dans l'heure qui suit', et il se terminait par cette phrase : 'Depuis The Lion and the Unicorn de George Orwell, l'essentiel avait rarement été dit avec la concision, l'élégance et la rigueur d'Edwy Plénel.'
Tout cela et bien plus, à lire donc dans le nouveau numéro de Pour Lire Pas Lu, disponible sur abonnement ou en vente au Cinéma Nova. Il vient au moment qu'il faut, il est indispensable et à lire dans l'heure qui suit.
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Passons maintenant au gros dossier de cette émission, les méfaits de l'uranium appauvri. Je vous l'avais annoncé la semaine dernière, la Coalition pour l'abolition des armes à uranium appauvri organisait la semaine dernière à l'ULB une grande conférence sur le sujet. Une bonne vingtaine d'intervenants étaient alignés sur l'estrade. Parmi eux, des soldats contaminés français, belge et anglais, une veuve de soldat espagnole, des physiciens belge, italien et yougoslave, des médecins irakien, yougoslave et bosniaque, des journalistes belges et une journaliste américaine, un parlementaire européen grec, et j'en passe. Tous ces gens se réunissaient à Bruxelles pour mettre sur pied la Coalition, pour décider des actions à entreprendre et pour informer le public d'un sujet que les officiels n'aiment pas aborder.
L'uranium appauvri, d'abord, c'est quoi ? Pour faire simple, c'est un métal extrêmement lourd et dense, très résistant, qui résulte en tant que déchet de l'enrichissement de l'uranium naturel destiné soit à produire de l'énergie soit à produire des cadavres en masse. Pour une vision plus scientifique et plus éclairée de la chose, je vous propose d'écouter Pierre Piérart, professeur de biologie à l'université de Mons. Il participait à la conférence de jeudi dernier, et il nous explique notamment les dégâts que peut faire l'uranium appauvri, et aussi les raisons pour lesquelles on en met tellement partout.
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écouter l'interview de Pierre Piérart, 6'56
Merci à Arnaud et Nicolas pour l'interview. Voilà donc pour la partie théorique. L'uranium appauvri a été utilisé lors de la Guerre du Golfe, puis en Bosnie et enfin en Serbie et au Kosovo en 1999. Parmi les soldats qui sont rentrés de ces zones de combat, beaucoup ont commencé à se plaindre après quelques mois ou quelques années de symptômes divers et parfois étranges. Rapidement, ils ont commencé à faire le lien avec tous les produits auxquels ils avaient été exposés, surtout lors de la Guerre du Golfe. Polyvaccinations, alertes chimiques, uranium appauvri, tous ces facteurs peuvent expliquer, de façon isolée ou combinée, les symptômes décrits. Cependant, les autorités militaires ne reconnaissent toujours pas la dangerosité de ces expositions. Elles refusent d'ailleurs officiellement de reconnaître l'existence de ce syndrome du Golfe. Un ancien médecin militaire anglais qui avait servi dans le Golfe m'a expliqué que tous ses copains de l'époque sont soit morts, soit malades, soit sont devenus fous à cause d'un syndrome qui n'existe pas. Par contre, il a vu l'acte de décès de l'un de ceux qui sont décédés. Ce document officiel mentionnait comme cause du décès : 'syndrome du Golfe', une cause de décès qui officiellement n'existe pas, pour un cadavre qui est, lui, irréfutable, et sur lequel on a constaté une forte exposition à l'uranium appauvri. Au moins, les autorités militaires ont fini par admettre que leurs armées avaient utilisé des armes à l'uranium, chose qu'elles avaient commencé par nier. Cependant, là, l'évidence était trop forte.
Hervé Desplat a lui aussi fait la Guerre du Golfe. En tant que jeune engagé volontaire, il était responsable d'une batterie de missiles anti-aériens, et après avoir passé des semaines au bord de la zone de bombardements, il est entré en Irak lors de l'offensive terrestre. Pendant toute cette campagne, il a vu plusieurs choses bizarres.
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écouter l'interview de Hervé Desplat, 14'12
Une interview réalisée par Timothée et Nicolas. Rappelons que Hervé Desplat a créé l'association Avigolfe qui regroupe les victimes françaises du syndrome du Golfe. Parmi les symptômes relevés chez les vétérans français, notons encore 10 cas d'impuissance sexuelle et surtout, chose très étrange et inquiétante à souhait, 21 cas d'éjaculations qui brûlent la peau de la partenaire du malade. Il ne faut pas s'étonner par conséquent si de nombreux vétérans, surtout américains, ont eu après la guerre des enfants souffrant de malformations.
Comme les sous-titres passent très mal en radio, je ne diffuserai ici que les interviews en français. Je tiens néanmoins à vous parler de quelques témoignages livrés en anglais. Celui du docteur Albayati, par exemple, un médecin irakien qui vit à Bruxelles. Normalement, c'est le docteur Ammash qui aurait dû venir d'Irak, mais manque de bol, il n'a pas pu obtenir de visa pour venir s'exprimer à Bruxelles. Le docteur Albayati n'a pas vu énormément de cas lui-même, mais suffisamment tout de même pour s'inquiéter de la situation. Ainsi, il a travaillé dans le service de gynécologie et d'obstétrique d'un hôpital de Bagdad. Il s'y est occupé de nombreuses femmes qui venaient du sud du pays, et il a vu des taux de fausses couches et de malformations anormalement élevés. Il a vu notamment un enfant né sans yeux, avec juste des paupières, qui est mort par la suite. Selon le docteur Albayati, l'incidence de cas de cancer augmente chaque année en Irak, en particulier en ce qui concerne les leucémies et les lymphomes. Ainsi, il a connu le cas d'un malade atteint à la fois de deux types de leucémie différents, chose probablement inouïe en médecine. Pour quantifier tout cela, le docteur Albayati affirme qu'on en est aujourd'hui à environ 12 fois le taux de cancers d'avant-guerre dans certaines parties de l'Irak, et ce sont surtout les enfants qui dégustent.
En Bosnie aussi, on a connu plusieurs cas de cancers simultanés. Ainsi, Zeljko Samadzic, qui était garde forestier en Bosnie et qui se trouvait à 50 mètres d'un impact de munition à l'uranium, a eu une tumeur au testicule et une au côlon, totalement indépendantes l'une de l'autre. Son médecin a vu trois cas similaires. Le même médecin cite le cas des équipes qui ont nettoyé les ruines de l'usine Zastava de Kragujevac, bombardée à l'uranium appauvri. 30 de ces nettoyeurs sont morts de 'mort subite', sans autre explication. La chatte du garde forestier a accouché d'un chaton à trois pattes. Ce ne sont là que quelques exemples ; des histoires comme ça, il y en a des centaines. En ce qui concerne les statistiques des cancers, rien que pour la partie serbe de Sarajevo, on est passé de 43 cas en 1995 à 248 cas en l'an 2000, soit un chiffre qui a plus que quintuplé en cinq ans.
Pour résumer l'affaire, les chiffres sont absolument accablants, mais l'OTAN et les autorités militaires de ses différents pays membres nient toute relation entre ces maladies et leurs bombardements. Selon plusieurs intervenants à la conférence, il est probable que l'OTAN niera l'évidence jusqu'à l'absurde. En effet, reconnaître que ce sont les armes de l'OTAN qui ont causé d'innombrables cancers reviendrait à s'exposer à une faillite retentissante. Les conséquences se feraient sentir dans de nombreux domaines.
D'une part, il faudrait remplacer tout l'arsenal contenant de l'uranium appauvri par des munitions similaires contenant du tungstène ou du wolfram, qui sont des métaux tout de même moins toxiques. Premier coût très élevé. En outre, l'industrie nucléaire se verrait privée d'un débouché lucratif pour des déchets dont elle ne sait que faire.
Deuxièmement, il faudrait faire face à de très nombreux procès en dédommagement de tous les soldats tombés malades après les guerres successives de l'OTAN. Quand on connaît les dédommagements astronomiques alloués souvent pour des broutilles aux Etats-Unis, on imagine que l'addition serait particulièrement salée.
Mais aussi, et surtout, il faudrait s'occuper des pays bombardés. Il est probable qu'un cancer ou qu'une vie perdue en Irak ou en Yougoslavie coûte beaucoup moins cher qu'un cancer ou qu'un mort américain - on serait naïf de s'en étonner - mais le hic, c'est qu'il y en a beaucoup plus. Et puis enfin, la moindre des choses, ce serait de réparer les dégâts réparables, c'est-à-dire de décontaminer les zones bombardées là où c'est encore possible. A plusieurs endroits, la nappe phréatique est atteinte et c'est trop tard. Mais il y en a d'autres, où il faudrait évacuer des millions de tonnes de sable ou de terre et de nombreuses carcasses de blindés, dont on ne saurait de toute façon pas quoi faire ensuite.
Au total, comme le disait l'ancien médecin militaire anglais, il y a de quoi mettre en faillite tant les Etats-Unis que la Grande-Bretagne. Quelle que soit l'évidence de la nocivité de l'uranium appauvri, il ne faut donc pas s'attendre à quelque aveu que ce soit. Au Vietnam, les Américains n'ont d'ailleurs jamais explicitement admis la nocivité du fameux Agent Orange, qui continue aujourd'hui de causer des difformités atroces chez les nouveaux-nés.
De toute façon, les aveux implicites ne manquent pas. Si vraiment les militaires avaient la conscience tranquille, comment expliquer les nombreuses intimidations que subissent un bon nombre de ceux qui militent activement pour que la vérité soit connue ? En marge de la conférence, on pouvait apprendre que l'un a eu les quatre pneus de sa voiture crevés à quatre reprises, qu'un autre a reçu la visite des services de renseignement qui ont emmené son ordinateur pour vérifier ce qu'il contenait, qu'un autre encore a appris par un technicien qui venait le réparer que le disque dur de son ordinateur était régulièrement 'visité' de l'extérieur. Là encore, impossible d'être exhaustif, mais l'intimidation est certainement un indice de choses pas nettes qui doivent rester cachées.
Dans ces conditions, est-il possible d'obtenir des données scientifiques officielles rigoureuses et indépendantes sur la question ? La réponse est sans doute non. Les études scientifiques sont toujours commanditées et financées par des instances qui n'ont pas intérêt à ce que l'on trouve des preuves des effets secondaires de l'uranium appauvri. Même les institutions qui paraissent au-dessus de tout soupçon ont parfois des relations plus que troubles. Le week-end dernier, le quotidien De Morgen publiait à ce sujet un article sur le rapport final très attendu d'une mission de l'OMS dans les zones bombardées en 1999 en Serbie et au Kosovo. Un premier rapport intermédiaire annonçait déjà qu'il n'y a pas de lien de cause à effet entre uranium appauvri et incidence des cancers, et qu'il n'y a donc pas lieu d'effectuer des test spécifiques sur la population de ces zones. Par contre, ce même rapport intermédiaire s'intéresse à la santé des Kosovars et s'inquiète du grand nombre de morts dans les accidents de la route au Kosovo. L'article en question est signé Frédéric Loore, un spécialiste de la question, puisqu'il a signé avec Martin Meissonnier et Roger Trilling un livre intitulé 'Uranium appauvri : la guerre invisible'. Il nous explique pourquoi il ne faut pas attendre grand-chose des études de l'OMS, et aussi quelle est la valeur scientifique du rapport qui sera bientôt publié.
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écouter l'interview de Frédéric Loore, 9'18
Pas grand-chose à ajouter à cela, la grande presse manque effectivement de curiosité, ce n'est pas moi qui vais dire le contraire. A noter que la conférence de jeudi dernier a tout de même attiré quelques journalistes, et notamment René Haquin, du Soir. Le dossier qui a paru ensuite dans les colonnes du Soir n'est pas mauvais, mais tout de même un peu condescendant. Pour René Haquin, ce colloque était 'plus émotionnel que scientifique'. S'il y avait effectivement un aspect émotionnel, tout à fait assumé d'ailleurs, il me semble que le côté scientifique ne manquait pas, en tout cas dans les limites de l'absence de moyens attribués à la recherche scientifique indépendante. A lire le dossier du Soir lui-même, on retrouve d'ailleurs certains de ces aspects scientifiques qui ont un peu échappé à René Haquin. Outre l'article principal, il a rassemblé en résumé quelques témoignages individuels. A côté de celui de Hervé Desplat et du forestier bosniaque, on peut lire notamment le témoignage de Zoran Stankovitch, un pathologiste de Belgrade, qui résume une sorte d'expérience in vivo assez macabre mais très intéressante. Il y a cinq ans, un faubourg serbe de Sarajevo avait été bombardé par les alliés. Suite aux accords de Dayton, 5.000 habitants de ce faubourg avaient ensuite été déplacés vers la ville de Bratunac, qui avait, elle, été épargnée par les bombardements. Aujourd'hui, 300 de ces 5.000 habitants de la région de Sarajevo sont morts de cancers, alors que le taux de cancer dans la population d'origine de Bratunac est resté constant. Moi, cet argument me paraît plutôt scientifique, mais apparemment, pour René Haquin, il relève plutôt de l'émotionnel. En bon journaliste du Soir, il attend probablement les résultats du rapport de l'OMS, qui ne risque pas, lui au moins, de faire dans l'excès d'émotion.