Emission n° 14 du 7 février 2001

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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.

 

Playlist :

- Violent Femmes: Country death song (Hallowed ground)

 

Textes et sons:

Cette semaine, au programme, la guerre des mondes, pas celle mise en ondes par Orson Welles dans les années 50, mais celle qui se déroule tous les jours sur cette planète et qui connaît son apothéose lors des sommets et des contre-sommets. Vous l'avez deviné, nous allons parler aujourd'hui de Davos et de Porto Alegre, les deux rassemblements antagonistes qui se sont terminés la semaine dernière.

* * *

La semaine dernière donc, pour la première fois, un contre-sommet s'est déroulé non pas aux portes du sommet officiel, mais aux antipodes. Alors que tout ce que la planète compte d'individus riches et/ou puissants se faisait risette à Davos, une station de sports d'hiver huppée des Alpes suisses, toute la racaille dite antimondialiste se retrouvait à Porto Alegre, dans le sud du Brésil.

D'un côté, un petit raout particulièrement élitiste, puisqu'il faut impérativement être invité à Davos pour pouvoir y aller, et que les invitations se font d'après la puissance politique ou le chiffre d'affaires. Pour les politiques, il vaut mieux être chef d'Etat ou au moins ministre, pour les hommes d'affaires, il faut brasser des milliards de dollars et être présent dans le monde entier. Bref, des gens tout à fait simples, qui se retrouvent entre eux pour discuter de l'avenir de la planète, qu'ils croient tenir bien fermement entre leurs mains.

A l'autre bout de la planète, c'était la première grand-messe des ONG qui agissent contre la mondialisation sauvage et la libéralisation à outrance. Remplacez le caviar de Davos par des merguez, le champagne par de la bière, et les cocktails feutrés par des rassemblements populaires rythmés par des sambas endiablées, et vous aurez une idée de l'ambiance. Pour la première fois, le mouvement mondial de résistance avait choisi de se rassembler non pas aux portes du sommet des puissants sous les matraques et les gaz lacrymogènes, mais sous un coin de ciel bleu et dans une atmosphère à la fois utopique et studieuse.

Pourtant, certains de ceux qui ne pouvaient pas faire le voyage de Porto Alegre ont tenté d'aller faire entendre leur voix à Davos, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ont été fraîchement accueillis. L'année dernière, le gratin mondial n'avait pas apprécié du tout la contestation du Forum économique mondial, et les forces de l'ordre helvétiques avaient par conséquent mis les petits plats dans les grands pour que la petite fête des maîtres du monde ne soit pas perturbée par une bande de va-nu-pieds. Pendant les cinq jours du forum, Davos était un nid d'aigle inaccessible. Toutes les routes d'accès étaient bloquées par des barrages de police, qui contrôlaient rigoureusement les passants. Même les habitants du patelin se faisaient fouiller de fond en comble. Dans les semaines qui ont précédé le sommet, le personnel des hôtels a dû suivre des entraînements dispensés par la police pour localiser et dénoncer les importuns. Pour contrer les manifestants peu nombreux qui avaient réussi à franchir un premier barrage particulièrement efficace aux frontières de la Suisse, tous les moyens de répression et de contrôle des foules avaient été mis en œuvre. Matraques et boucliers, gaz lacrymogènes, canons à eau, bref, tout le tremblement habituel. La police avait même prévu d'arroser les contestataires avec des lances à purin, mais il paraît que les fermiers locaux ont refusé de les fournir en munitions. L'armée suisse, connue pour son efficacité, était elle aussi mobilisée en nombre. Comme Davos était une ville assiégée, une bonne partie de la contestation s'est délocalisée à Zürich, où l'accueil était similaire. En tout, 121 personnes ont été arrêtées, et certaines d'entre elles ont déclaré avoir subi pendant leur détention de la 'torture blanche', c'est-à-dire des tracasseries physiques et psychologiques plutôt mesquines, comme le fait de se retrouver exposé à de la musique techno à plein volume pour que personne ne s'endorme, ou encore de se voir refuser des ustensiles élémentaires comme du papier WC. En résumé, c'est un peu toute la Suisse qui s'est retrouvée pendant cinq jours en état d'urgence, à tel point que la presse suisse a été apparemment unanime pour condamner un tel déploiement de force. Un journal de droite zürichois a titré sur la présence policière et militaire en estimant qu'elle était digne d'une dictature, tandis qu'un autre estimait que la police avait empiété sur les droits fondamentaux. Pour une fois, les commentateurs avaient donc conscience des excès de ce que l'on appelle en général le maintien de l'ordre, c'est dire si le déploiement devait être exagéré !

A l'intérieur du saint des saints, l'oligarchie mondiale se réunissait donc pour parler économie. Même si les zélateurs libéraux estiment, comme le commissaire européen français Pascal Lamy, que 'le commerce porte les idéaux de liberté', ils se rendent bien compte eux aussi que leur petite assemblée annuelle commence à être mal vue de l'opinion publique et que les conséquences dévastatrices de leur utopie appliquée passent de moins en moins inaperçues. Comme ils avaient compris, à travers les murs de leur tour d'ivoire, que leur légitimité et leurs pratiques sont de plus en plus contestées, ils avaient décidé cette année de jouer l'ouverture en invitant des représentants des grandes ONG mondiales, comme Amnesty et Greenpeace entre autres. D'autres associations, comme Attac, avaient refusé l'invitation pour éviter de servir d'alibi à ceux qui considèrent la croissance économique comme un but en soi, comme l'expliquait un représentant d'Attac dans La Libre Belgique. Le thème du Forum, cette année, c'était d'ailleurs : réduire les fossés, et construire une mondialisation à visage humain. Un peu comme si l'oncle Picsou plaidait pour un impôt volontaire sur la fortune. Malgré ces belles intentions, les intitulés de certaines des conférences restaient dans le plus pur style Davos. Il y avait une causerie intitulée 'G-business : la ruée vers l'or génétique', et une autre qui dévoilait tout sur 'les meilleures pratiques pour le business lié au VIH et au sida'. On le voit, même si ces messieurs de Davos font semblant d'avoir des scrupules, ils ne peuvent pas s'empêcher de voir des marchandises partout.

Mais laissons donc les ploutocrates, comme les a appelés Libération, dans le froid de Davos pour nous intéresser d'un peu plus près à la nouveauté de cette année, le Forum social mondial de Porto Alegre. Pour Bernard Cassen, président de l'association Attac et l'un des initiateurs de ce sommet social, Porto Alegre était même le vrai sommet, avec Davos pour contre-sommet. Ce forum social a réuni, sous la devise : 'un autre monde est possible', un grand nombre d'organisations et de personnalités du mouvement de résistance à la mondialisation, mais aussi des syndicats, des représentants religieux, des organisations de paysans sans terre ; au total, les participants représentaient plus de 120 pays. Tout ce monde s'est retrouvé pour des manifestations, des actions, avec notamment la destruction d'un champ de soja transgénique de la branche locale de la société Monsanto, mais surtout pour des ateliers de discussion sur tous les sujets qui touchent à la résistance à la mondialisation ; au total, il y en a eu plus de 400, un vrai foisonnement dans lequel il fallait faire un tri parfois difficile.

Pour vous expliquer les enjeux de ce Forum, je m'efface volontiers devant Bernard Cassen, du Monde diplomatique, qui est également le président de l'association Attac, qui milite pour l'instauration de la taxe Tobin sur les transactions financières. Bernard Cassen était l'un des initiateurs du Forum de Porto Alegre, et il commence par répondre à la question de savoir en quoi consiste exactement cette globalisation tant décriée.

écouter l'interview de Bernard Cassen, 7'21

A côté de Bernard Cassen se trouvait son ami Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, qui tente de tirer un premier bilan du Forum social mondial de Porto Alegre.

écouter l'interview d'Ignacio Ramonet, 4'03

A noter que ces interviews ont été réalisées par Dirk Barrez, un journaliste de la VRT qui travaille pour l'émission TerZake. Il avait proposé à son employeur de couvrir le sommet de Porto Alegre, mais le sujet n'intéressait par TerZake, et Dirk Barrez a donc décidé d'y aller pour son propre compte. Cette anecdote nous fournit une transition toute trouvée pour parler de la façon dont les médias ont couvert les deux sommets antagonistes, et on s'aperçoit en y regardant de plus près qu'il y a une certaine diversité d'appréciation dans les médias.

Première constatation : si de nombreux médias traditionnels estimaient le Forum de Porto Alegre peu porteur, comme par exemple la VRT, ce n'est pas le cas de la grande presse économique, qui était bien représentée. Le Financial Times, par exemple, avait envoyé deux journalistes sur place, et l'agence Reuters s'était déplacée également. On constate d'ailleurs que plusieurs quotidiens, comme par exemple La Libre Belgique ou De Morgen, ont parlé du Forum social dans leurs pages économiques.

La Libre Belgique, justement, semble avoir choisi son camp, et c'est clairement celui de Davos. A Davos, on discute sérieusement de l'avenir de la planète, et les débats portent sur des sujets très variés, qui vont des orientations économiques de l'administration Bush à la direction d'orchestre, en passant par le yoga. A Porto Alegre, par contre, on ne dit pas que c'est varié, mais plutôt que le menu des débats est un fourre-tout, alors que là, on n'a parlé ni de direction d'orchestre ni de yoga. Pour Nicolas Ghislain, le procès fait à la mondialisation est dans une large mesure dépassé, et les anti-mondialistes mêlent des revendications sociales, fiscales, environnementales, etc., bref, un fourre-tout de domaines qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, en tout cas dans l'esprit de Nicolas Ghislain. Toujours selon lui, les méthodes des opposants à la mondialisation ne sont pas efficaces, puisqu'elles relèvent plus des argumentations caricaturales et des opérations coup de poing que de la participation constructive au débat. Pour les opérations coup de poing, d'accord, mais si monsieur Ghislain n'a entendu que des argumentations caricaturales, il n'a à s'en prendre qu'à lui-même, c'est qu'il n'a clairement jamais écouté les argumentations développées notamment par le Monde diplomatique ou le Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde, pour ne citer que ceux-là. Quant à l'absence de participation constructive au débat, si Porto Alegre n'est pas une initiative assez constructive au goût de ce monsieur, je ne sais pas ce qu'il lui faut. Il ne sait sans doute pas qu'un compte rendu des travaux de Porto Alegre sera présenté prochainement au FMI et à la Banque mondiale ; comme participation constructive, il me semble que ça peut compter. Toujours est-il que Nicolas Ghislain conclut son commentaire en estimant que le mouvement est en passe de s'essouffler. S'il en a décidé ainsi, inutile de le contredire, mais je me permettrais modestement de lui suggérer, pour la prochaine fois, d'aller jeter un coup d'œil sur place pour éviter d'écrire des bêtises dans ses commentaires. Apparemment, La Libre a bel et bien un correspondant au Brésil, qui écrit d'ailleurs des articles bien mieux informés et moins idéologiques, mais il n'a écrit qu'une fraction des articles, assez nombreux d'ailleurs, sur Porto Alegre.

Toujours dans la Libre, après la conclusion des deux sommets, Jacques Zeegers nous livre une analyse qui est tout à fait dans la même ligne, mais il arrive à écrire encore plus de bêtises que son collègue. Par exemple, il se demande si ceux qui dénoncent l'Organisation mondiale du commerce se rendent compte de ce qu'ils s'en prennent à un des rares organismes qui cherchent précisément à mettre un peu plus d'ordre dans le commerce mondial. Je ne sais pas de quel ordre veut parler Jacques Zeegers, mais nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs. Rappelons que l'OMC s'occupe notamment de mener à bien, pour ne citer qu'un exemple, la négociation d'une nouvelle mouture de l'Accord multilatéral sur les investissements. Ce projet de traité international, négocié en grand secret, avait essuyé tant de critiques et d'indignation qu'il avait dû être reporté. En deux mots, il érigeait en loi mondiale le pouvoir des multinationales. Si cet accord était passé tel quel, une entreprise pouvait notamment obliger sous certaines conditions un état à réviser à la baisse sa législation écologique ou sociale, afin de rencontrer moins d'entraves dans ses projets d'investissement. Si c'est de l'ordre que l'OMC met dans le commerce mondial, comme l'affirme Jacques Zeegers, il y a fort à parier qu'une majorité des populations du globe préférerait encore le chaos. Mais ce n'est pas fini : toujours pour Jacques Zeegers, la recherche du profit maximum est un puissant moteur de progrès économique et en même temps un moyen très efficace de lutte contre le gaspillage. Elle serait aussi un moyen nécessaire, mais pas suffisant, pour lutter contre la pauvreté. Inutile de développer une longue contre-argumentation, l'ineptie de ces propos est trop évidente. Juste pour citer un exemple où le remède miracle de la Libre semble contre-productif, rappelons que c'est précisément la recherche du profit maximum qui fait que des millions d'Africains crèvent du sida sans pouvoir se soigner. Mais attention, Jacques Zeegers trouve utile que l'opinion publique réagisse, et il estime salutaire son indignation devant l'injustice et la misère. Seulement, cette opinion ne doit pas se laisser manipuler par ce qu'il appelle des slogans, comme par exemple l'idée d'effacer la dette des pays du tiers-monde, ou celle de taxer les transactions financières. A tous ces 'slogans', Jacques Zeegers préfère les grandes valeurs et les idées nobles comme, par exemple, la recherche du profit maximum.

Le Matin aussi se fourre le doigt dans l'œil en estimant que des deux forums, Davos était le lieu unique de débat, beaucoup plus équilibré que Porto Alegre, qui se serait parfois laissé aller à la caricature. Pour Le Matin, les élites mondiales de Davos tendent la main à l'opposition, tandis que les opposants préfèrent rester entre eux. Une fois de plus, on reproche donc aux opposants à la mondialisation libérale de manquer d'approche constructive au moment même où ils organisent pour la première fois leur propre sommet plutôt que de contester sur place un sommet existant. On peut d'ailleurs noter que Le Matin n'a pas produit lui-même de couverture des sommets, préférant reprendre les commentaires des agences de presse Infosud et AFP. C'est un manquement dont les lecteurs du Matin ont l'habitude, mais il révèle surtout à quel point la presse belge qui se dit progressiste est en retard d'un combat et ne parvient pas à mesurer l'importance de l'évolution actuelle des luttes mondiales. Ni Le Matin ni De Morgen n'accordent apparemment une grande importance aux ravages de la mondialisation sauvage et surtout aux mouvements qui tentent de les combattre. Ils ont beau se dire progressistes, il leur est apparemment très difficile de mordre la main des groupes de presse qui les nourrissent.

Dans Libération, par contre, le ton est plus adapté à la ligne affirmée du journal. Pour Eric Dupin, il serait naïf de miser sur les préoccupations éthiques affichées de dirigeants économiques qui conditionneront toujours leur morale à leurs intérêts. Pourtant, il n'attend pas non plus grand-chose de cette 'citoyenneté globale' qui se développe à Porto Alegre. Pour lui, Davos et Porto Alegre ont en commun de contourner la question de l'action politique, et l'enjeu est d'imposer démocratiquement, par des voies politiques, au néocapitalisme le respect d'une série de normes. La seule chose qu'il semble oublier, c'est que le politique a abdiqué depuis longtemps devant ceux qu'il appelle lui-même les ploutocrates de Davos, et que Porto Alegre est notamment une réaction à cette abdication du monde politique. A noter encore dans le même numéro de Libé, l'interview de Guy Groux, chercheur au CNRS, spécialiste des mouvements sociaux. Guy Groux estime que le mouvement de Porto Alegre n'est pas si radical qu'il en a l'air, et qu'il cultive plutôt un réformisme radical qu'un modèle utopique. Bien sûr, poursuit-il, 'on peut s'interroger sur la légitimité de ce contre-pouvoir : la plupart de ces mouvements défendent l'intérêt général de manière autoproclamée'. Une fois de plus, on lance là une critique qui serait infiniment plus adaptée au sommet de Davos qu'à celui de Porto Alegre, mais apparemment, Davos est entré dans les mœurs et ne choque plus personne.

Pour conclure sur une note positive, on peut se réjouir de la façon dont la RTBF radio a parlé de Davos et de Porto Alegre. D'abord, dans sa chronique matinale, Jean-Michel Mostaert a précisé, fait extrêmement rare, que les militants anti-mondialisation ne sont pas forcément contre la mondialisation en tant que telle, qui est un fait, mais qu'ils oeuvrent pour une société moins inhumaine et surtout plus solidaire. Un contraste salutaire avec une journaliste du journal télévisé qui estimait, il y a quelques mois lors de la contestation du Forum économique de Melbourne, que les opposants protestaient contre le monde tel qu'il est, irréversible. Pour Jean-Michel Mostaert, les militants anti-mondialisation ont beau être taxés de doux rêveurs, ils veulent en fait constituer un contre-pouvoir face à la toute-puissance des grandes entreprises multinationales, et ils ne rêvent pas tant que ça. Pour lui, le leurre, c'est de croire que la mondialisation sans nuances profite à tout le monde, comme l'affirment les grands de ce monde réunis à Davos.

La RTBF radio avait même dépêché un envoyé spécial à Porto Alegre, André Zaleski. Pour lui, Porto Alegre est un succès, et même une réussite extraordinaire, puisqu'on passe là d'une solution de refus à une solution de construction. Il souligne également le fait qu'à Porto Alegre s'est constitué un forum parlementaire mondial réunissant plusieurs centaines de parlementaires issus de plusieurs dizaines de pays, même s'il n'y a pas vu de Belges. Tous ces parlementaires ont exprimé leur solidarité avec les mouvements sociaux et démocratiques réunis à Porto Alegre, ajoute André Zaleski. Il en conclut, pour terminer, que ce qui est en train de se mettre en place, c'est une autre manière de combattre cette mondialisation économique et financière, qu'une grande partie de la population mondiale continue de refuser. Comme quoi, c'est quand on prend la peine de se déplacer sur les lieux de l'événement qu'on en saisit l'essence.

* * *

Comme on l'a vu, pour les ONG invitées à Davos, la question se posait de savoir s'il fallait accepter l'invitation, au risque de se faire récupérer dans une opération de pure image pour le monde économique, ou alors s'il fallait refuser, pour construire une alternative extérieure aux cénacles économiques.

Chez nous aussi, cette question se pose parfois, et les réponses peuvent diverger. A Davos, peu d'ONG avaient accepté l'invitation. En Belgique, et plus particulièrement en Flandre pour l'instant, un groupe d'ONG a par contre accepté de coopérer avec un groupe de multinationales belges pour l'élaboration et le financement de projets de coopération au développement. 6 ONG, dont la branche flamande d'Oxfam Solidarité, ont accepté de se lier à des multinationales comme Bekaert, Union Minière ou Siemens au sein du Corporate Funding Programme ou CFP. Le rôle des entreprises est de fournir le financement et une dose d'expertise lorsque c'est nécessaire, tandis que les ONG sont responsables de l'élaboration, de la sélection et de la mise en œuvre des projets.

A première vue, c'est une belle initiative, mais elle n'a pas manqué de susciter malgré tout quelques remous au sein des ONG en question. Dans une lettre ouverte signée par de nombreux membres des organisations en question, c'est une volée de bois vert qu'encaisse le CFP.

Première critique, les multinationales sont tout aussi responsables que les institutions internationales comme la Banque mondiale ou le FMI des déraillements de la mondialisation. Pour des organisations qui mobilisent leurs troupes pour lutter contre ces dérives, il est mal venu de coopérer avec les responsables de ces mêmes dérives. Pour les signataires de cette lettre ouverte, les entreprises en question ne voient dans le CFP qu'une façon de redorer leur blason à moindres frais. Alors que d'une main, elles font des milliards de bénéfices souvent au détriment du tiers-monde, elles cèdent de l'autre quelques miettes pour se donner bonne conscience et améliorer leur image quelque peu ternie par la contestation.

De plus, les signataires déplorent le choix des entreprises, dont certaines ont un passé plus que chargé en matière de destruction du tiers-monde et de soutien aux dictatures. En collaborant avec ces entreprises, les ONG leur fourniraient une caution morale à moindres frais.

Le CFP serait également un pas de plus dans la privatisation larvée de la coopération au développement, qui deviendrait un business juteux pour les entreprises qui en profiteraient. On se souvient de l'aide liée, supprimée en Belgique il y a deux ans, qui consistait à fournir des crédits aux états du tiers-monde à condition que l'argent soit dépensé auprès d'entreprises belges. Ce système avait mené à des abus inimaginables, et l'on craint que le CFP puisse nous ramener à cette époque.

En bref, c'est toute la crédibilité des ONG engagées dans le CFP qui est remise en cause par des membres de leurs propres bases, qui se plaignent de ne pas avoir été consultés avant de sauter le pas.

Devant ces critiques, qui semblent avoir au moins un bon fond de pertinence, je suis allé interroger Stefaan Declercq, un responsable d'Oxfam Solidarité, et Moniek Delvou, porte-parole du groupe Union Minière, et je les ai confrontés à ces récriminations. Je vous propose d'écouter ce qu'ils ont à dire pour leur défense, à commencer par Stefaan Declercq qui répond à la question de savoir si en participant au CFP, les ONG cautionnent une opération de relations publiques des multinationales.

écouter Stefaan Declercq et Moniek Delvou, 23'24

On l'entend, il n'y avait absolument rien à craindre, puisque les ONG vont saisir l'occasion pour ouvrir le dialogue et faire comprendre aux entreprises qu'elles doivent être gentilles. De toute façon, ce n'est plus vraiment nécessaire, puisque les entreprises du 21ème siècle n'ont plus pour but principal de faire de l'argent, on l'a entendu, mais bien de prendre leurs responsabilités et d'assurer le développement durable. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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