Emission n° 12 du 17 janvier 2001
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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.
Playlist :
- Velvet Underground: Guess I'm falling in love (instrumental version) (Another view)
- Soft Machine: Noisette (Noisette)
Textes et sons:
Cette semaine, nous allons essayer de parler de choses qui n'intéressent pas ou peu la presse conventionnelle. Il y a d'une part le bilan dix ans après la guerre du Golfe, qui était censée instaurer un nouvel ordre mondial. On ne sait pas bien si c'est réussi ou pas, mais en tout cas, ce n'était pas exactement l'idée qu'on se faisait de l'ordre mondial. L'autre sujet, c'est encore et toujours l'immigration et la clandestinité, mais vues aujourd'hui à travers les émeutes racistes qui ont secoué la petite bourgade d'El Ejido, dans le sud de l'Espagne, il y a un an. Un rapport d'enquête accuse les autorités locales et dénonce les conditions de vie imposées aux immigrés.
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Ce mercredi 17 janvier, il y a exactement 10 ans que partait le premier missile américain en direction de Bagdad. Le mur de Berlin était tombé peu de temps auparavant, et les Etats-Unis estimaient qu'il était grand temps d'installer ce qu'ils appelaient un nouvel ordre mondial, comprenez un nouveau bordel mondial qui devait leur profiter. Pour la première fois donc, les Etats-Unis allaient, sous couvert d'un mandat des Nations Unies, faire respecter, les armes à la main, la justice dans ce monde impitoyable. Pour la première fois aussi, la guerre allait être propre, si propre même que les caméras de télévision allaient la filmer de minute en minute sans qu'un seul téléspectateur ne se salisse. Dans leur euphorie de vivre pour la première fois une guerre en direct, les médias ont complètement oublié d'assumer leur rôle, qui est de prendre toute information avec un grain de sel et de montrer ce qu'il y a derrière la façade. Ces médias ont même tellement bien fait le jeu du discours officiel occidental, pour ne pas dire propagande, que le président de l'époque, George Bush senior, s'était déclaré très satisfait de la façon dont la presse avait couvert cette guerre. Ce n'est qu'après coup que les médias ont eu une certaine prise de conscience de tous les mensonges qu'ils avaient relayé. La jeune fille qui pleurait les bébés arrachés à leurs couveuses par l'envahisseur irakien était en fait la fille d'un officiel koweïtien qui racontait une histoire inventée par une agence de communication américaine. L'armée irakienne n'était pas du tout aussi terrible qu'on l'avait fait croire. Les frappes, nouveau mot pour les bombardements, n'étaient pas aussi chirurgicales que sur les images sélectionnées pour le grand public. Etc. etc., j'en passe de bien meilleures. Bref, c'était la première fois que les médias se retrouvaient confrontés à ce nouveau type de guerre, et pour leur coup d'essai, ce fut un coup foireux.
Après la guerre, l'Irak est resté sous embargo et a subi des contrôles internationaux sur ses programmes d'armement. Dix ans après le début de la guerre, cet embargo dure toujours, et il tue toujours de nombreux enfants en bas âge. Dix ans après le début de la guerre, Saddam Hussein est toujours en place, alors qu'un des buts avoués de toutes les opérations alliées était de le déboulonner coûte que coûte. Toutes ces horreurs n'ont donc pas servi à grand-chose. Dix ans après le début de la guerre, des avions américains et anglais continuent régulièrement à bombarder des objectifs en Irak, dans un silence médiatique assourdissant. Bref, ce n'est pas par pur souci de cérémonie qu'une commémoration de ce dixième anniversaire s'impose. Même si c'est de façon larvée, la guerre contre l'Irak dure toujours.
Devant cette situation, une très large plate-forme d'ONG et de personnalités exige notamment la levée immédiate de l'embargo contre l'Irak et l'arrêt des bombardements. Les signataires de cette pétition précisent que l'embargo a déjà coûté la vie à plus d'un million de personnes, et que deux responsables de l'aide humanitaire des Nations Unies à destination de l'Irak ont successivement démissionné, estimant que les mesures appliquées à l'Irak sont contraires à la Charte des Nations Unies.
Une conférence de presse a eu lieu ce mardi pour expliquer ces exigences, et comme on pouvait s'y attendre, la presse ne s'est pas ruée sur l'occasion, mais heureusement AlterEcho y était pour pallier cette absence. Parmi les intervenants à cette conférence de presse figurait notamment le journaliste Michel Collon, qui a pour sa part déclaré la guerre totale aux médiamensonges. A propos des médias et de leurs mensonges pendant la guerre du Golfe, il a écrit un ouvrage intitulé 'Attention médias ! - Les médiamensonges du Golfe - Manuel anti-manipulation'. Et c'est effectivement d'un manuel qu'il s'agit, d'un manuel qui devrait figurer au programme dans toutes les écoles de journalisme. Dans ce bouquin, Michel Collon décortique en détail le discours médiatique avant, pendant et après la guerre, et il en dégage tous les mensonges, plus flagrants les uns que les autres. Je ne vais pas vous le raconter en détail, c'est trop foisonnant, mais sachez que ça vaut le détour. Justement, ce livre reparaît à l'occasion de l'anniversaire de la guerre, toujours aux éditions EPO. L'occasion de faire avec l'auteur un bilan de ces dix années, de parler de la nouvelle édition de son livre, et puis aussi d'un sujet tout à fait actuel qu'il connaît bien, l'utilisation de l'uranium appauvri, qui commence à poursuivre l'OTAN. Mais tout d'abord un bilan de ces dix années.
écouter l'interview de Michel Collon, 22'46
Pour terminer sur l'uranium appauvri, le débat qui secoue ces jours-ci le landerneau médiatique, ce n'est pas en lisant la presse que vous apprendrez grand-chose, puisqu'on s'enlise dans les contradictions entre les vétérans qui accusent et l'OTAN qui se défend. L'OTAN s'emploie d'ailleurs habilement à semer la confusion entre le risque radiologique et le risque toxicologique de l'uranium appauvri. Le risque dû aux radiations est presque nul, par contre il est très dangereux d'aspirer ou d'avaler l'uranium appauvri pulvérisé qui résulte des explosions de ces munitions. L'OTAN en profite pour embrouiller les choses, et le manque de curiosité et les à-peu-près de la presse font le reste. On pouvait lire, par exemple, cette semaine dans le Soir, que l'uranium appauvri est 'plus de deux fois plus lourd que le plomb et plus d'une fois et demie plus lourd que l'acier', ce qui voudrait donc dire que l'acier est plus lourd que le plomb. En fait, c'est exactement le contraire. C'est donc avec de tels arguments scientifiques que le Soir prétend nous informer sur l'uranium appauvri. Dans ces conditions, autant ne rien lire du tout. Pourtant, on apprend quelques détails intéressants. Dans le même article, on apprend qu'on aurait détecté sur le terrain, en Yougoslavie, des traces d'uranium 236, qui n'a rien à voir avec l'uranium appauvri, puisque c'est la variété qui est utilisée dans les bombes nucléaires, tiens tiens. Lors des mêmes mesures, on a détecté d'autres choses tout à fait 'normales', comme des résidus de césium venus de Tchernobyl. Bref, rien d'anormal, estime la Libre Belgique, mais rien de très rassurant non plus à mon avis. Pour terminer sur une petite note cynique, citons l'argument du patron de l'OTAN pour refuser un moratoire sur les armes à l'uranium appauvri : 'Nous ne sommes pas actuellement engagés dans des hostilités,' a-t-il expliqué d'après La Libre. 'Il n'y a donc pas d'utilisation de ces munitions à uranium appauvri.' Pour lui, il existe donc un moratoire de facto. Un peu comme si le ministre de la santé refusait de tester la viande de bœuf en disant qu'il suffit de ne pas en manger. Mais quand c'est l'OTAN qui le dit, ça passe comme une lettre à la poste. A l'ouest, rien de nouveau.
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Autre sujet qui n'a pas connu un grand retentissement cette semaine dans la presse, le rapport de la commission d'enquête du Forum Civique européen sur les événements d'El Ejido. Si ce nom ne vous dit rien, laissez-moi vous rafraîchir la mémoire. Il y a presque un an, en février 2000, des émeutes racistes éclatent à El Ejido, une petite ville du sud espagnol, près d'Almeria. La cause officielle des émeutes était l'assassinat d'une jeune Espagnole par un immigré marocain, mais ce sont clairement des motifs racistes qui étaient en cause. Pendant trois jours, d'honnêtes citoyens et de bons pères de famille d'El Ejido ont poursuivi les immigrés, batte de base-ball à la main, et ont cassé leurs maigres habitations précaires en bâche plastique. La police n'est intervenue qu'après trois jours, après avoir assisté placidement à ce spectacle surgi tout droit de l'Allemagne des années 30.
Pour comprendre comment pareille chose avait pu se produire, et pour éviter les récidives, le Forum Civique européen a mis sur pied une commission d'enquête internationale qui est partie étudier sur le terrain la situation à El Ejido. Cette commission en a rapporté des conclusions horrifiantes quant aux conditions de travail des immigrés clandestins et au système qui organise leur exploitation. Par rapport aux événements à proprement parler, la commission formule contre les responsables locaux, et notamment le maire d'El Ejido, des accusations très graves. Les émeutes auraient été organisées d'avance, pour des raisons notamment politiques. Pour mieux comprendre les conclusions du rapport, j'ai interrogé Ascen Urriarte, membre du Forum Civique européen et de la commission d'enquête. J'ai commencé par lui demander quelques précisions sur le Forum Civique européen.
écouter l'interview d'Ascen Urriarte, 21'38
La commission d'enquête propose notamment une présentation officielle du rapport aux institutions européennes et internationales, une refonte totale des politiques européennes d'immigration et de production agricole, et bien entendu un soutien financier aux associations de victimes et d'immigrés sur place pour compenser les dommages subis et leur permettre d'être représentés face aux instances officielles. Visiblement, les problèmes d'immigration et de clandestinité se posent dans toute l'Europe, et il paraît évident que l'Union européenne ne pourra plus faire très longtemps l'économie d'un profond débat refondateur sur sa politique d'immigration.
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Quelques petites annonces pour terminer cette émission. Je vous avais dit la semaine dernière que l'inauguration de George Bush à la présidence américaine ne se passerait pas sans protestations. Si vous non plus vous n'êtes pas d'accord avec la peine de mort et si vous aussi estimez qu'un homme qui a signé 152 ordres d'exécution ne devrait pas se retrouver à la tête du pays le plus puissant au monde, venez faire entendre votre voix ce vendredi 19 janvier à 17h30 à Bruxelles. Amnesty International appelle à une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis, tout près du métro Arts-Loi, contre la peine de mort, ou alors pour que tous les partisans de la peine de mort se l'appliquent en priorité à eux-mêmes, qu'ils voient un peu ce que ça fait.
Et puis, Michel Collon en parlait dans son interview, ce samedi aura lieu à l'auditorium du Passage 44 le Forum Festival Irak. Les festivités commencent à 16 heures par une table ronde qui réunira Hans Sponek, ancien coordinateur humanitaire de l'ONU à Bagdad, Pierre Galand, président du Centre national pour la coopération au développement, Yasmine Yawat, de la communauté irakienne aux Pays-Bas et le docteur Colette Moulaert, de l'organisation Médecine pour le tiers monde. Il y aura également Christine Abdelkrim, auteur du livre 'La sale guerre propre', dont le titre ne nécessite aucune explication. A partir de 19 heures, spectacle musical avec plein de musiciens, évidemment. Le seul que je connais, c'est Julos Beaucarne, mais ça en dit plus long sur moi que sur les musiciens du spectacle. C'est donc ce samedi 20 janvier au Passage 44.