Emission n° 11 du 10 janvier 2001

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Vous pouvez écouter l'émission dans son intégralité, ou alors lire les textes et écouter les sons ci-dessous.

Playlist :

- Jimi Hendrix: If 6 was 9 (Axis: bold as love)

- Robert Wyatt: Sea Song (Rock Bottom)

- Van der Graaf Generator: Ship of fools (Vital)

Textes et sons:

L'actualité de ces dernières semaines a été très dense, notamment en ce qui concerne l'accueil des réfugiés politiques en Belgique et la politique d'asile, sujet auquel nous consacrerons une large part de cette émission. Il y a eu également des remous en Turquie, dans les prisons en particulier ; nous essayerons de regarder de plus près ce qui s'y est réellement passé, et ce que la presse de chez nous en a retenu. Et puis le monde a un nouveau maître, puisque après un long vaudeville électoral, les neuf électeurs de la Cour suprême américaine ont élu George Bush à la présidence des Etats-Unis. On parlera en fin d'émission de quelques-uns de ses complices. J'aurais également voulu revenir sur le décès de Paul Vanden Boeynants, alias VDB, mais puisque l'adage veut qu'on ne dise pas de mal des morts et que je déteste mentir, il vaut vraiment mieux que je me taise là-dessus.

* * *

Commençons donc par le sujet qui a dominé l'actualité belge pendant toute la période des fêtes. Dans l'attente d'une refonte totale de la politique d'asile, une première petite réforme était prévue pour ce 10 janvier : à partir de cette date, les candidats réfugiés qui ne sont pas immédiatement déboutés ne bénéficieraient plus d'un soutien financier dans l'attente du traitement de leur dossier, mais seulement d'une aide matérielle, à savoir un logement dans un centre ouvert, de la nourriture et des soins médicaux. Or, en fin d'année, l'afflux de réfugiés a fortement augmenté malgré une reprise des contrôles aux frontières du pays. Du coup, nos responsables politiques en ont conclu que les réfugiés étaient bien informés et qu'ils savaient que l'aide financière serait bientôt supprimée, et que c'est pour cette raison qu'ils venaient tous s'inscrire dare-dare. Du coup, pour briser l'élan, les politiques ont décidé d'avancer la mesure d'une semaine, mais rien n'y a fait, l'afflux persistait.

Tous ces candidats réfugiés massés devant la porte de l'Office des Etrangers dès l'aube, dans le froid et la pluie, ça faisait tout de même vachement désordre, c'était un peu le tiers monde importé sur les pelouses vertes du boulevard Albert II. Il fallait donc prendre des mesures, d'autant plus que l'opinion publique, les associations humanitaires et même une partie de la presse commençaient à s'émouvoir de l'accueil bestial réservé à ces être humains. Dans Le Soir, par exemple, Bénédicte Vaes, qu'on a connue moins en forme, semble sincèrement s'émouvoir de cet accueil : dans un édito sur lequel nous reviendrons, elle estime que les scènes vues devant l'Office des étrangers offrent l'image d'une Belgique coupable d'un déni de sens humanitaire. Elle compare aussi avec pertinence deux réveillons à un an d'intervalle. 'Au réveillon de l'an dernier,' écrit-elle, 'de peur du bug de l'an 2000, on avait réquisitionné des milliers de techniciens, dans les transports et les hôpitaux. Cette année, en dépit de l'afflux, l'Office des étrangers a fermé ses portes vendredi pour ne les rouvrir que mercredi.' Bien vu, en effet.

Il fallait donc prendre des mesures, et le gouvernement en a donc pris. Il a fait installer 6 tentes chauffées de l'armée à proximité de l'Office des étrangers. A proximité, c'est-à-dire à 500 mètres, alors que les candidats à l'asile étaient devant la porte pour faire la file. Dès lors, ils devaient choisir : aller se décongeler les mains et les pieds, et ceux de leurs enfants, en perdant leur place dans la file, ou rester sur place à se les geler. La confusion n'a fait qu'augmenter, d'autant plus que le nombre d'interprètes et de fonctionnaires restait insuffisant. Mais les autorités avaient fait un geste, et ça suffisait comme ça. Elles n'ont ni étendu les heures et les jours d'ouverture de l'administration, ni augmenté suffisamment le nombre de fonctionnaires, ni proposé de soins médicaux, de boissons chaudes, de nourriture. Ca, ce sont la Croix-Rouge et Médecins sans frontières qui ont dû s'en charger. Par contre, les autorités ont prévu des logements tout à fait charmants pour ceux qui le souhaitaient, dans les cellules de garde à vue de la police de Bruxelles. Précisons tout de même que la police a eu le tact de laisser les portes ouvertes.

Bref, les mesures qui ont été prises n'ont pas résolu grand-chose, et certainement pas l'immense confusion qui a régné pendant tout ce temps. Pourtant, comme le soulignait d'ailleurs Bénédicte Vaes, quand on veut, on peut. Faut-il donc en conclure que ce chaos était voulu et organisé ? Presque tous les acteurs de terrain et certains politiciens en sont convaincus, et on ne voit pas ce qui peut leur donner tort. Ici, par contre, personne ne se mouille dans la presse. Les journalistes se contentent de citer ceux qui accusent le gouvernement d'organiser le chaos : Le Soir et la Libre citent la plate-forme associative de vigilance pour les réfugiés et les sans-papiers qui parle de 'désorganisation et dramatisation calculée', et la RTBF radio donne la parole à Yvan Mayeur, pour qui, je cite, 'l'ambition est de montrer que c'est le foutoir et le bordel, il faut appeler les choses par leur nom'. Dans les éditos, par contre, on se contente de dire que si jamais le chaos était organisé, ce ne serait pas bien du tout, mais il ne faut pas voir le mal partout.

Dans la saga des expulsés kazakhs, par contre, le mal est si évident que même la presse ne pouvait que le voir. Un petit rappel. On savait depuis quelques semaines qu'une expulsion collective de 33 ressortissants kazakhs allait avoir lieu. Un incroyable hasard du calendrier a voulu que cette expulsion tombe précisément au moment du chaos devant l'Office des étrangers. Malgré les protestations et les recours en extrême urgence, l'avion est parti une première fois pour Almaty, la capitale du Kazakhstan, avant de faire demi-tour pour se poser à nouveau en Belgique, officiellement en raison du mauvais temps qui régnait à Almaty, et que le pilote de l'Airbus a été le seul à percevoir. La Force aérienne a fait savoir, je cite, que 'vu la nature de la cargaison, l'avion n'a pas pu faire diversion vers un autre aéroport et il a décidé de rentrer à Bruxelles'. Le lendemain, rebelote, avec succès cette fois, les Kazakhs ont bien été déposés chez eux. Chacun chez soi et tout le monde est content. L'ennui, c'est qu'à part Antoine Duquesne, il n'y a apparemment pas grand monde qui soit très content. Il faut dire que les conditions de cette expulsion étaient en tous points scandaleuses. Tout d'abord, la Convention européenne des droits de l'homme interdit les expulsions collectives. Malgré les dénégations du chef de cabinet de Duquesne, il semble bien que l'esprit de l'article 4 du protocole 4 additionnel à la Convention européenne des droits de l'homme soit d'interdire toute expulsion collective, même si les dossiers ont été traités individuellement, ce qui n'est d'ailleurs pas vraiment le cas d'après l'expert qu'a consulté le Soir.

Autre objection, un recours était encore en cours devant le Conseil d'Etat lors de la première tentative d'expulsion. Pour Koen Dassen, le chef de cabinet d'Antoine Duquesne, un tel recours n'est pas suspensif de la procédure d'expulsion. N'empêche, on se demande si en cas d'invalidation après coup de la mesure d'expulsion par le Conseil d'Etat, la Belgique enverrait dare-dare un Airbus au Kazakhstan pour repêcher l'heureux élu. De toute façon, LLB précise que la jurisprudence, tant interne qu'européenne, dit le contraire de Koen Dassen. Pour la seconde expulsion, on a attendu cette fois le verdict du Conseil d'Etat, qui s'est réuni au milieu de la nuit. Mal réveillés, les juges ont estimé qu'il y avait vice de forme et ont remballé le dossier. Pourtant, l'avocat, Vincent Lurquin, avait bien pris soin de suivre à la lettre une circulaire sur le recours en extrême urgence signée par Antoine Duquesne himself. Comme quoi, obéir ne rapporte rien.

Il y a aussi et surtout la façon dont ont été traités les expulsés. Sortis de leurs centres fermés de Bruges et de Vottem menottés, ils ont subi des fouilles corporelles minutieuses, et ils sont restés menottés pendant tout le voyage, y compris lors de la première tentative, où ils ont gardé leurs menottes pendant 17 heures d'affilée. Certains avaient même les pieds liés. Un voyage de tout confort, merci d'avoir choisi Force Aérienne Airlines.

Autre point litigieux, abondamment commenté dans la presse, la présence à bord de trois Kazakhs d'origine ouïgoure, une minorité ethnique turcophone qui avait fui la Chine pour le Kazakhstan, mais qui semble être rattrapée par les persécutions depuis le rapprochement entre ces deux pays. Là, dans la presse, il y a quelques baffes qui se perdent, en particulier pour Alain Lallemand, journaliste au Soir, qui s'est clairement fait alimenter pour son article par le cabinet Duquesne. Sous le titre 'La minorité ouïgoure en question', Lallemand aborde notamment le rapport Smits et la question des filières. Devant l'afflux de réfugiés kazakhs, le ministère de l'Intérieur avait en effet envoyé, il y a quelques mois, une fonctionnaire, Katarina Smits, au Kazakhstan pour s'assurer d'une part des raisons de l'afflux, et d'autre part des conditions de vie au Kazakhstan. 'Cette fonctionnaire,' écrit Lallemand, 's'était fait épauler par une personne de souche ouïgoure par son père. Ce 'biais' a donc sensibilisé les Belges à l'existence éventuelle d'un problème. Mais,' poursuit-il, 'il est apparu également que les trafiquants s'étaient emparés spontanément de l'argument 'ouïgour' et le servaient déjà aux candidats à l'immigration belge.' Seulement, Alain Lallemand n'a pas l'air de comprendre qu'on ne s'improvise pas Ouïgour, puisque les Ouïgours ont une langue et des traits différents des Kazakhs. Il décrit également le fonctionnement d'une filière et remarque au passage le 'système original d'hébergement des faux réfugiés dans des familles de la banlieue bruxelloise'. Pour Lallemand, il s'agit donc d'office de faux réfugiés, puisqu'ils sont passés par une filière pour quitter le pays. Laissons donc répondre Gérald Papy, qui se pose dans la Libre Belgique la question de savoir si la fuite en Europe via une filière organisée 'augure nécessairement une tentative d'usurpation du titre de réfugié politique. Pour une personne persécutée pour ses opinions aussi,' ajoute-t-il, 'tous les moyens sont bons pour se soustraire à sa condition…'

Mais c'est dans Le Soir lui-même que la version officielle d'Alain Lallemand est contredite, par Bénédicte Vaes, décidément très en forme ces jours-ci, qui a laissé la parole à des réfugiés ouïgours qui résident en Belgique. Pour ces Ouïgours, la fonctionnaire belge n'a compris que ce que les autorités ont bien voulu lui montrer, c'est-à-dire une minuscule facette. On les croit d'autant plus facilement que l'on imagine bien que Katarina Smits n'avait pas du tout intérêt à chercher la petite bête et à rentrer avec un rapport qui légitimait la demande d'asile d'une partie des réfugiés kazakhs.

Il y a aussi un contre-rapport sur le Kazakhstan, qui a été résumé aujourd'hui par Laurent Dejardin, de l'association des amis du Tibet. Il a brossé le portrait d'un pays qui est le domaine réservé du président Nazerbaïev, qui contrôle une bonne partie de l'économie, les médias, et même la justice, qui est censée rendre des comptes au président en vertu de la constitution. On peut donc parler euphémiquement d'un régime présidentiel fort, avec une corruption généralisée de tout l'appareil d'état. En clair l'état de droit n'existe pas au Kazakhstan. Dans l'extrait qui suit, Laurent Dejardin parle de la situation des Ouïgours au Kazakhstan et de l'influence du rapprochement entre la Chine et le Kazakhstan, avec un grand merci à Fred pour le son.

écouter l'extrait de l'intervention de Laurent Dejardin, 3'18

Dernier point qui a beaucoup choqué dans l'affaire kazakhe : l'évidente mise en scène médiatique du retour des expulsés au pays. Lorsqu'ils ont débarqué de l'avion sur l'aéroport d'Almaty, ils étaient attendus par tout le PAK, le paysage audiovisuel kazakh, rassemblé sur le tarmac. Pour des gens qui ont fui le pays et qui ont accusé leur gouvernement, à tort ou à raison, de les persécuter, il y a des situations plus confortables. Le pire, c'est que ce show médiatique avait bel et bien été organisé à partir de la Belgique, pour montrer de façon éclatante à tous les candidats réfugiés au Kazakhstan le sort qui les attend s'ils choisissent la Belgique comme terre d'accueil, ou plutôt comme terre de détention. Sur ce coup-là, pas moyen de se tromper, même Le Soir l'a compris. Samedi dernier, Jean-Pierre Borloo parlait en première page d'une 'expulsion spectacle', et en page 3 d'un ''Kazakh show' qui se veut dissuasif'. La Libre, le même jour, semblait s'en foutre pas mal, et n'y consacrait qu'un petit article basé sur une dépêche Belga, sans même effleurer le côté spectacle de l'affaire. Nous aurons l'obligeance de laisser à La Libre le bénéfice du doute et d'imaginer que la rédaction était frappée ce week-end-là par une épidémie de grippe qui a diminué ses effectifs. De Morgen, pour sa part, a visiblement un champ de vision plus large. Le quotidien flamand cite un correspondant de l'agence Reuters qui a interrogé à l'aéroport d'Almaty le responsable local, kazakh, de l'Organisation internationale pour les migrations et Katarina Smits, la fonctionnaire qui a rédigé le rapport sur le Kazakhstan. Ils étaient tous les deux ravis de l'attention des médias pour les expulsés. Ils ont déclaré qu'ils avaient tout fait pour faire de cette expulsion 'un grand show', et que le gouvernement belge et l'OIM envisagent de lancer au Kazakhstan une campagne pour montrer que la Belgique est 'dure à cuire' en matière d'immigration. Aucun journal n'a l'air de savoir ce que sont devenus les expulsés après leur rapatriement.

En résumé, la politique d'asile belge a l'air de n'être que ça : une grande campagne de dissuasion à double usage, interne d'une part et externe de l'autre. Interne à destination de l'opinion publique belge, à qui l'on montre que les réfugiés ne sont pas bien reçus, au mieux, et qu'on les expulse manu militari, au pire. Le ministre de l'Intérieur oublie de préciser que c'est une politique qui coûte plus cher à l'état qu'un accueil digne. En effet, on apprend en lisant De Standaard que les CPAS reçoivent beaucoup plus d'argent pour fournir aux candidats réfugiés cette fameuse aide matérielle, que l'équivalent minimex qu'ils leur versaient auparavant. Pour l'aide matérielle, c'est 1.140 francs par jour par personne, contre un équivalent minimex de 20.000 francs par mois. Les charters sont également censés faire bonne impression auprès du public, à condition toutefois qu'on ne lui dise pas qu'une heure de vol d'Airbus coûte au bas mot 600.000 francs. L'expulsion laborieuse des Kazakhs la semaine dernière a donc coûté environ 12 millions de francs rien qu'en heures de vol, de quoi fournir le minimex à tous les expulsés pendant plus d'un an et demi. La campagne médiatique à usage externe s'adresse, elle, évidemment aux candidats réfugiés du monde entier et du Kazakhstan en particulier, avec pour message : Belgique = emmerdes.

Ce sera également le sens de la profonde réforme de la politique d'asile qui aura lieu cette année, et qui a été pensée par Pascal Smet, le nouveau commissaire général aux réfugiés et apatrides. Dans la nouvelle procédure, le Commissariat général et l'Office des étrangers fusionneront pour former l'Agence fédérale pour l'asile, qui sera évidemment dirigée par le même Pascal Smet, ancien conseiller de Johan Vande Lanotte, ministre de l'Intérieur de triste mémoire. Les délais de traitement des dossiers seront raccourcis de façon spectaculaire, à tel point que cette réforme a suscité une fronde de la part du personnel du CGRA. Les fonctionnaires de Pascal Smet ont écrit une lettre ouverte aux membres des commissions de l'Intérieur du parlement pour faire connaître leur désarroi face aux propositions de leur nouveau patron. Ce geste, exceptionnel pour des fonctionnaires, en dit long sur leur malaise : avec la nouvelle procédure, ils craignent d'être obligés de bâcler leur travail. Lors d'une interview accordée à Matin Première, sur la RTBF radio, Pascal Smet a tenu à rassurer, tant sur sa personnalité que sur la future réforme. Pourtant, à l'entendre parler, il y avait de quoi s'inquiéter. Par exemple, pour le travail des fonctionnaires du CGRA, il dit qu'il faudra prendre des décisions rapides pour faire avancer les choses, et il ajoute : 'Pour moi, la qualité, c'est aussi prendre des décisions rapides.' Les gens du CGRA à qui j'en ai parlé n'avaient pas l'air de partager son avis. Sur les conditions bestiales de l'accueil à l'Office des étrangers ces dernières semaines, Pascal Smet disait, toujours dans la même interview : 'Je sais, pour les gens c'est parfois un peu embêtant, mais d'un autre côté, c'est eux aussi qui ont choisi de venir chez nous demander l'asile, ou plutôt - tous les indices le montrent très clairement - chercher l'aide financière et pas vraiment l'asile.' Ce monsieur Smet a même lu dans les journaux que des gosses iraniens de dix ans disaient qu'ils étaient venus pour l'aide financière. Evidemment, s'il croit tout ce qu'il lit dans les journaux, il est probable qu'il croie même à ses propres mensonges. Heureusement, il reconnaît tout de même que certains sont de vrais réfugiés, qui sont pour lui victimes des autres, des profiteurs. Et finalement, il essaye de se montrer presque humain, puisqu'il se dit conscient que l'Europe est riche, que c'est 'une île dans un océan de misères. Mais,' conclut-il, 'je suis aussi conscient qu'on ne va pas résoudre la misère dans le monde en accueillant toutes les misères chez nous.' Tiens, je me demande s'il l'a inventée tout seul, celle-là. Juste pour répondre à ça, un chiffre cité par Bénédicte Vaes, toujours dans ce fameux édito. Il y a en Guinée, l'un des pays les plus pauvres du monde, un demi-million de réfugiés sierra-léonais qui fuient la guerre dans leur pays. Que Pascal Smet se rassure donc, il restera toujours un peu de misère pour les voisins. Dans cette interview, on n'a pas beaucoup vu briller le journaliste, et c'est d'ailleurs une constante dans ce dossier de l'asile. Parfois, lorsqu'ils sont tous seuls, les journalistes critiquent çà et là un des points de la politique menée par le gouvernement. Par contre, dès qu'ils sont en interview face à l'un des responsables de cette politique, que ce soit Pascal Smet ou Antoine Duquesne, la conversation se déroule comme entre deux dames qui prennent le thé l'après-midi. Sans doute une question de tradition à respecter.

Pour conclure, le problème majeur dans toute cette affaire, c'est sans doute le fait qu'en Belgique, la politique d'asile tient lieu d'alibi à une politique d'immigration, comme l'explique Marc Reynebeau dans le magazine flamand Knack. En fait, la Belgique n'a tout simplement pas de politique d'immigration, alors que les réfugiés économiques continueront d'arriver, quoi qu'on fasse pour les en empêcher. Ainsi le veut la loi des vases communicants, résume Reynebeau. Il conclut en disant que la première caractéristique d'une vraie politique migratoire doit être la capacité à regarder plus loin que le bout de son nez en évitant de se baser uniquement sur les besoins intérieurs et de n'importer que des camionneurs polonais bon marché ou des informaticiens indiens. Pour Pascal Smet, pas de problème, on s'en occupe : la politique migratoire sera au centre du sommet de Laeken lors de la présidence européenne de la Belgique. Le seul ennui, c'est que ce sommet n'aura lieu que dans un an.

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En Turquie aussi, les choses ont bougé ces dernières semaines. Fin novembre, je vous avais parlé d'une importante grève de la faim dans les prisons turques. 816 prisonniers politiques étaient décidés à aller jusqu'au bout pour protester contre les nouvelles prisons de type F, qui sont composées de petites cellules de 1, 2 ou 3 personnes au lieu des grands dortoirs actuels où l'entraide et le soutien mutuel sont le seul moyen pour les prisonniers de tenir le coup psychologiquement. Déjà dans les conditions actuelles, les prisonniers sont soumis à des tortures et humiliations constantes, il y a même des exécutions sommaires, alors on imagine ce que ça pourrait donner dans les prisons de type F. De plus, une délégation d'Amnesty International qui a pu visiter le chantier d'une de ces prisons au mois de juin dernier, a émis les plus grandes réserves quant à la conformité de ce genre de prison aux normes internationales.

Lorsque je vous avais parlé de cette grève de la faim, la presse de chez nous n'avait pas encore découvert le sujet, pas assez porteur sans doute. Trois semaines plus tard, alors que la grève de la faim durait depuis près de 60 jours, c'était l'éruption, dans tous les sens du terme. Le 19 décembre, l'armée turque donnait l'assaut sur vingt prisons touchées par la grève de la faim, faisant au minimum 29 morts parmi les prisonniers. Du coup, la presse découvrait l'affaire, pour en parler à grands coups de communiqués officiels turcs et diffuser des images tournées et sélectionnées par l'armée turque. La réaction internationale a été du même acabit, d'une mollesse qui n'a d'égale que la poigne de nos amis turcs. Le communiqué par lequel la Commission européenne exprimait sa préoccupation est tout à fait révélateur. 'La Commission européenne est préoccupée par les événements en Turquie et appelle toutes les parties en présence à faire cesser la violence et à chercher une issue positive au conflit dans les prisons.' Déjà, lorsqu'on entend un communiqué de ce genre sur la situation en Israël, ça choque. Mais là, c'est carrément comme si on demandait aux lapins et aux chasseurs d'arrêter toute cette violence mutuelle et de se mettre à table pour trouver une solution au problème de la chasse.

Comme le souligne le journaliste flamand Ludo De Brabander sur Internet, on a l'habitude de ce genre de mollesse face à la Turquie. L'Europe n'a jamais vraiment réagi à la guerre contre le PKK, qui a déjà fait 40.000 morts. Pire, les incursions successives de la Turquie dans le nord de l'Irak ne lui valent même pas un mot de reproche. Et pour cause, la Turquie reste l'un des meilleurs clients des marchands d'armes d'Europe et d'ailleurs. La Belgique, avec sa nouvelle politique étrangère à la sauce droits de l'homme signée Louis Michel, n'a même pas officiellement réagi à la boucherie dans les prisons. Le même Louis Michel n'a jamais annoncé qu'il n'irait plus jamais se faire dorer la panse sur les plages turques, alors que l'extrême-droite partage le pouvoir en Turquie depuis la mi-99. C'est vrai que s'il devait avoir de la suite dans les idées, le pauvre Louis ne pourrait plus prendre de vacances nulle part. Bref, le carnage en Turquie n'a pas fait beaucoup de vagues.

Pourtant, chez nous, une commission d'enquête s'est rapidement constituée pour aller voir ce qui s'était passé. Elle a été formée par l'organisation People's Rights Watch, et elle comprenait, outre le président de la branche belge de l'organisation, deux médecins, une avocate mandatée par la Ligue des droits de l'homme et deux députées, l'une d'Agalev et l'autre de la Volksunie. Cette commission d'enquête a pu rencontrer des anciens détenus, des familles de détenus, dont certains ont tout simplement disparu lors de l'assaut de l'armée, des avocats de détenus, des représentants de l'association turque des droits de l'homme, des témoins direct de l'assaut, bref, beaucoup de monde. Beaucoup de monde, mais aucun officiel. Pourtant, le ministère belge des affaires étrangères avait envoyé un fax à son pendant turc pour faciliter les choses, mais apparemment ça n'a rien facilité du tout. Il faut dire aussi que les membres de la commission d'enquête se sont plaints également de l'indifférence du consulat belge sur place.

Les conclusions de cette commission remettent en cause le discours officiels sur les récents événements dans les prisons et sont accablantes pour la Turquie. Je vous propose d'écouter quelques extraits de la conférence de presse que les membres de la commission ont tenue le 3 janvier dernier. Tout d'abord un extrait de l'intervention de maître Emmanuel Leclercq, président de People's Rights Watch Belgique, puis Geert Van Moorter, un médecin flamand, et enfin un extrait d'interview d'Isabelle Wirtz, avocate au barreau de Bruxelles mandatée par la Ligue des droits de l'homme pour cette commission d'enquête.

écouter les extraits de la conférence de presse de PRW, 7'28

Une commission d'enquête officielle s'impose en effet concernant cette affaire, mais devant les réactions que suscite la barbarie turque, comment imaginer sérieusement qu'elle existe un jour ? D'autant plus que la presse, elle non plus, ne s'est pas beaucoup émue de cette histoire. Sur la délégation de PRW, pas un mot à première vue dans Le Soir, et seulement un petit article dans La Libre Belgique, un article qui vaut la peine d'être analysé d'un peu plus près. Dès l'avant-titre, le ton est donné : 'PRW, d'extrême gauche, accuse les autorités d'atrocités'. L'article est divisé en trois parties. Dans la première, Geneviève Delaunoy rappelle sommairement l'affaire et explique l'histoire des fax échangés entre les ministères des affaires étrangères. Ensuite, la partie la plus longue de l'article situe, de façon très détaillée et fort critique, l'association PRW. On apprend que son président est un ancien mandataire PSC, reconverti selon ses propres dires dans la gauche radicale. On apprend aussi que PRW regroupe notamment des gens d'Ecolo, du PS, et du PTB, tout en étant indépendant de tout parti. Geneviève Delaunoy rassemble ensuite tout son sens critique pour s'étonner du fait que le nom de l'association ressemble de trop près à celui de Human Rights Watch, mondialement connue. Pire, avant ça, PRW s'appelait Prisons Watch International, alors qu'il existait déjà un Observatoire international des prisons. 'Curieux,' écrit-elle, 'cette similitude dans les noms, qui crée la confusion des genres et brouille la lisibilité des actions sur le terrain.' Autre objet de suspicion : le mandat de la Ligue des droits de l'homme. PRW dit avoir reçu mandat de la LDH, écrit la journaliste. Or, poursuit-elle, renseignements pris, ni le directeur ni le président de la LDH n'ont donné mandat à PRW. Elle explique ensuite que c'est dû au départ dans l'urgence de la commission, et que c'est en fait un seul des 24 administrateurs de la Ligue qui aurait donné son aval, alors que le règlement interne stipule qu'en cas de situation urgente, il faut impérativement que trois responsables décident. 'Malentendu ou désinformation ?' se demande-t-elle.

Finalement, il ne lui restait plus beaucoup de place pour parler du principal, à savoir les conclusions de la commission d'enquête, qu'elle répercute en trois phrases, pas une de plus. Elle qualifie même ces conclusions de 'sévères' ; non pas 'accablantes', ou 'choquantes', mais 'sévères' pour ce pauvre état turc qui a déjà assez de mal comme ça à préserver l'ordre public sur son territoire.

D'un côté, on pourrait se réjouir de voir exceptionnellement une journaliste faire preuve de sens critique. Seulement, une fois de plus, on s'aperçoit que ce sens critique s'exerce à sens unique, puisque les crimes turcs sont rappelés de façon tout à fait laconique et ne sont absolument pas mis en perspective, et que l'article sert finalement plus à tirer sur le messager qu'à répercuter son message. On nous dit ceci et cela, mais attention, attention, bon peuple, le messager est de gauche.

On a également appris récemment que le FMI et la Banque mondiale ont décidé d'octroyer à la Turquie un soutien financier de 11 milliards de dollars, soit environ 500 milliards de FB, afin de conjurer la menace d'une crise financière. En échange, l'état turc doit réformer le secteur bancaire et accélérer les privatisations. Turk Telecom et Turkish Airlines ont déjà été partiellement privatisés, et ce sera bientôt le tour du secteur de l'électricité, tout cela au grand enchantement des investisseurs occidentaux. Une seule absence dans les conditions, le FMI et la BM oublient complètement de parler du poste qui grève le plus sévèrement le budget de la Turquie, j'ai cité la défense nationale. En 1999, plus de 10% du budget turc était alloué à la défense. En l'an 2000, cette dépense représentait 6% du PNB, le pourcentage le plus élevé de tous les pays de l'OTAN. Les mauvais esprits y verront un rapport avec le fait que ce budget sert en grande partie à acheter en masse des équipements militaires fournis par les marchands d'armes occidentaux, Boeing en tête. Ces équipements militaires servent notamment à violer les droits de l'homme au Kurdistan turc, mais bon, il ne faut pas voir le mal partout. Un conseil que suit d'ailleurs la Libre, puisque je n'ai lu aucun article orné d'un avant-titre du genre : 'Le FMI et la BM, institutions ultra-libérales qui défendent les intérêts économiques occidentaux, octroient des financements massifs à un pays coupable de violations massives des droits de l'homme'. Sens critique d'accord, mais il ne faut tout de même pas exagérer.

Pour terminer, soulignons que ce dossier démontre clairement que pour s'informer correctement, il vaut beaucoup mieux prendre la peine de surfer sur Internet que de lire la presse. Comme je l'ai dit, la presse a très peu parlé de cette affaire, et elle l'a mal fait, tandis que pour préparer ce dossier, j'ai trouvé sur le site Indymedia Belgique les sons que vous avez entendu, et une bonne partie des autres informations provenait d'un excellent site flamand, qui s'appelle Uitpers, où un petit groupe de journalistes professionnels écrit des articles qui ne pourraient pas paraître dans leurs organes de presse en raison du sens critique dont ils font preuve. Et sur le site, le sens critique a le défaut de ne pas s'exercer à sens unique.

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Après les expulsés, les sans-papiers, les opprimés et les massacrés, venons-en à un sujet beaucoup plus propre : les puissants. Comme je vous le disais, le monde a un nouveau maître qui nous donne un petit goût de déjà vu, puisqu'il s'appelle George Bush. Il a été élu président des Etats-Unis par la Cour suprême, que Clinton n'avait pas eu le temps de mettre complètement à sa botte. Apparemment, un juge républicain, ça vit longtemps.

Nombreux sont ceux qui sont déçus que l'heureux élu ne soit pas Al Gore, et il faut avouer que ça aurait peut-être été un tout petit peu moins dramatique. Cela dit, j'ai eu largement l'occasion de vous démontrer dans cette émission que Gore et Bush, c'était chou vert et vert chou, pour utiliser une expression stupide. Juste une petite différence : Gore aurait été très hypocrite et aurait eu de grandes ambitions de départ qu'il n'aurait jamais pu réaliser, tandis qu'avec George Bush au moins, on sait qu'on va droit à la catastrophe, il l'avait annoncé dès le départ.

Juste un exemple, pour ceux qui ne sont pas convaincus en ce qui concerne Gore. Le grand cheval de bataille, la grande spécialité de Gore, c'est l'écologie. Il en parle souvent avec enthousiasme, et il a même écrit des bouquins sur le sujet. Pourtant, c'est sous sa vice-présidence et sa direction personnelle que les Etats-Unis, au sommet environnemental de Kyoto il y a quelques années, ont refusé de signer un accord sur le maintien de la diversité des espèces animales, sous prétexte que cela pouvait nuire aux intérêts des familles américaines. On a vu aussi au dernier sommet de La Haye combien l'environnement était un sujet crucial pour les Etats-Unis, toujours avec Gore au pouvoir. Pour achever de vous convaincre, j'ajouterai qu'en 1996, Gore avait obtenu en Californie la privatisation d'un champ pétrolifère, qui avait été racheté par Occidental Petroleum, une grosse boîte pétrolière. Cette privatisation était précisément destinée à faire plaisir à Occidental, qui est comme par hasard une entreprise qui avait généreusement soutenu la campagne électorale des Démocrates. Voilà pour l'écolo.

En plus, avec Gore, on n'aurait vraiment jamais rigolé, il est vraiment trop chiant et trop robotisé pour mettre un peu de piment dans la politique mondiale. Bush par contre, ce n'est pas qu'il soit drôle, mais il est tellement con qu'il est plus drôle que s'il le faisait exprès. Juste pour rire, quelques citations célèbres du prochain président, accrochez-vous : 'Je pense que nous allons de façon irréversible vers plus de liberté et de démocratie, mais ça pourrait changer.' 'Si nous ne réussissons pas, nous risquons l'échec.' 'J'ai eu de bons jugements par le passé, j'ai eu de bons jugements dans l'avenir.' 'L'avenir sera meilleur demain.' Ou encore: 'Ce n'est pas la pollution qui fait du tort à l'environnement, ce sont les impuretés dans l'air et dans l'eau.' Et puis, dans un éclair de lucidité, il a dit un jour : 'Il y a des gens très bizarres qui peuvent se retrouver à des postes sensibles et avoir un impact énorme sur l'histoire.'

Cela dit, il est un peu stupide, mais au moins, il en est conscient et il l'avoue. Pour compenser, il affirme avoir un don pour s'entourer de bons conseillers. Et ça, depuis son élection, il est en train de le prouver. Juste deux exemples pour illustrer.

Tout d'abord, le futur ministre de la défense. Il s'appelle Donald Rumsfeld, et ce n'est pas un inconnu, puisqu'en 1998, une commission mixte de Démocrates et de Républicains qui portait son nom avait rendu son rapport. D'après la commission Rumsfeld, la menace nucléaire est encore très réelle et elle ne fait que croître. Pour Rumsfeld, la Corée du nord et l'Iran pourraient représenter une menace nucléaire pour les Etats-Unis dans cinq ans, ainsi que l'Irak dans dix ans. Pourtant, un rapport de la CIA, trois ans plus tôt, avait conclu qu'aucun pays autre que les puissances nucléaires actuelles ne pourrait menacer les Etats-Unis avec des armes nucléaires dans les 15 années suivantes. Le futur ministre est donc encore plus parano que la CIA, et la construction du fameux bouclier contre les missiles nucléaires paraît acquise dès à présent.

L'autre rigolo du gouvernement Bush, c'est le futur ministre de la justice, John Ashcroft, un pur et dur de l'extrême droite. Voilà encore un pays où Louis Michel ne pourra plus partir en vacances. Ashcroft a aidé Bush a obtenir l'investiture du parti républicain, et Bush lui devait donc un poste de ministre. Le futur ministre s'est déjà illustré en bloquant la nomination d'un juge noir à la Cour suprême de son état, parce que ce dernier avait trop souvent voté contre la peine de mort, et aussi un peu parce qu'il était noir, évidemment. Ashcroft s'est d'ailleurs prononcé à plusieurs reprises contre la déségrégation raciale dans les écoles de son état du Missouri. Pour le reste, il se vante de laisser inspirer son action politique par la Bible, il est très proche de la NRA, le lobby des flingues, et il a toujours voté contre le moindre contrôle de la possession d'armes. Il n'aime évidemment pas les homos, puisqu'ils les considère responsables de leur choix de vie, comme il dit. C'est aussi un farouche opposant aux droits des femmes, et notamment celui de se faire avorter. Inutile de préciser que c'est un fana de la peine de mort, et pour compléter le tableau, le magazine américain The Nation ajoute à la liste des choses qu'il n'aime pas : la contraception, l'énergie solaire, les normes de consommation d'essence pour les voitures, la réforme du système de financement des partis américains, et les traités de désarmement nucléaire.

Sachant tout cela, c'est d'autant plus rigolo d'apprendre que la future ministre du travail, Linda Chavez, a renoncé à son poste pour avoir employé pendant un an une immigrée illégale, il y a une dizaine d'années. Ashcroft a pour sa part soutenu des positions racistes dans des interviews à des magazines sudistes, mais ça, ça ne pose aucun problème.

Rappelez-vous, après la difficile victoire de Bush, pour ne pas dire sa défaite, on avait dit qu'il allait inclure des démocrates et des modérés dans son gouvernement. Pour l'instant, le modéré, c'est Colin Powell aux affaires étrangères, un militaire à la diplomatie. George Bush est en effet très doué pour sélectionner son entourage. Je vous le disais, on va bien rigoler pendant quatre ans.

La rigolade commencera d'ailleurs dès le jour de l'inauguration du nouveau président, le 20 janvier prochain. Tout le pays, et en particulier Washington, devrait être secoué par des manifestations contre tout ce qui cloche dans cette élection : la privation du droit de vote pour une partie des électeurs noirs, le pouvoir économique dans les élections, les magouilles de la dernière élection, et puis tous ce qui va clocher sous ce nouveau gouvernement, en bref, tout ce que soutient John Ashcroft, le facho qui se retrouvera à la justice. Souhaitons beaucoup de fou rires à nos amis américains pour les quatre années à venir.

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